Gel des recrutements des fonctionnaires: quid des 10 000 emplois par an promis par Ali Bongo ?

Ali Bongo Ondimba © DCP

La mesure portant sur le gel des recrutements de personnels au sein de la fonction publique a été prolongée le jeudi 21 juin dernier en Conseil des ministres. Loin d’être sans conséquence, de nombreux observateurs craignent une augmentation sans précédent du taux de chômage, estimant même qu’elle constitue un véritable pied de nez aux 10 000 emplois par an promis par Ali Bongo lors de son discours à la Nation du 31 décembre 2017.

Confronté à une importante crise conjoncturelle, le gouvernement gabonais avait décidé en juillet 2017 de suspendre les recrutements des fonctionnaires pour une période de 12 mois. Un an après, cette mesure a été prolongée pour une durée de 3 ans, de quoi susciter des interrogations sur la réelle volonté des hautes autorités, notamment pour ce qui est de l’engagement du président de la République à l’emploi des jeunes.

Afin d’apaiser les inquiétudes des uns et des autres, l’exécutif (Président de la République et Gouvernement) a, d’abord par la voix du porte-parole de la Présidence de la République, Ike Ngouoni Aila Oyouomi, précisé que la création d’emploi n’est pas l’apanage de l’Etat ou du secteur publique. «C’est une évidence que de le dire c’est le secteur privé et l’entreprise qui créent des emplois. L’État est là et agit comme partenaire pour créer un cadre propice à leur épanouissement à l’entrepreneuriat à l’initiative privée afin que ces entreprises soient en mesure de créer des emplois en nombre et en qualité suffisant dont notre pays en besoin», avait-il déclaré lors de sa conférence de presse lundi dernier.

Ensuite, le porte-parole du gouvernement, Guy Bertrand Mapangou, est revenu lui aussi sur les mécanismes qui seront mis en place pour redynamiser la création d’emploi. «L’Etat appliquera l’exonération temporaire sur les cotisations pour toute création nette d’emplois cette mesure sera naturellement réservé à l’embauche des nationaux dans tous les secteurs d’activité pour se faire, l’employeur bénéficiera de 50% d’exonération des charges sociales dès la première embauche de 75% à la deuxième embauche et de 100% à la 3e embauche», a-t-il indiqué dans son interview accordée cette semaine au quotidien L’Union.

Toutefois, dans un pays où le taux de chômage des moins de 25 ans atteint déjà les 40%, ces mesures ont du mal à passer au sein de l’opinion nationale, qui les considère insuffisantes voir peu productives pour résoudre cette équation. La mise en oeuvre de celles-ci soulève d’ailleurs deux interrogation. L’application  de ces exonérations temporaires sur les cotisations sociales peuvent-elles contribuer à inciter les entreprises à recruter? Ne s’achemine t-on pas vers une précarisation du travailleur gabonais qui se verra contraint d’abandonner le droit à une retraite décente à la fin de sa carrière au profit d’un accès à l’emploi aujourd’hui?

Au demeurant, le gouvernement en tentant de se sauver de la noyade, s’accroche à  un serpent à deux tête. Il prend le risque soit de se faire mordre par le venin de l’improductibilité puisque n’ayant aucune garantie de voir les entreprises se plier à cette exigence, soit provoquer une nouvelle montée de tension sociale. Et la sortie de Dynamique unitaire ce vendredi 29 juin 2018 est de nature à ouvrir les hostilités à quelques mois d’une échéance électorale cruciale pour le pays.

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