Gabon: une opposition désunie et inaudible !

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Des acteurs politiques de l'opposition gabnaise © GMT/D.R.

Existe-il encore une opposition au Gabon ? C’est la question que doivent se poser les sympathisants de cette branche de la politique gabonaise au regard  de l’aphonie dont elle semble être frappée depuis plusieurs mois en dépit, pourtant, du flot incessant de circonstances à travers lesquelles cette dernière aurait pu s’appuyer pour monter au créneau. Comme elle ne peut se prévaloir d’une prétendue rareté d’opportunités ne lui permettant pas de sortir de son mutisme, au regard d’une actualité socio-politique des plus abondantes, l’opposition gabonaise se doit d’expliquer à ses militants les raisons de cette impuissante et inexplicable inertie. 

L’opinion a pu constater la courageuse bataille juridico-politique et cette surmédiatisation du collectif Appel à agir, plateforme qui regroupe des personnalités de l’opposition et de la société civile, lesquelles sont allés au front  contre l’épineuse question de la capacité du chef de l’Etat Ali Bongo Ondimba à assumer les devoirs de sa charge.  Dans cette agitation, la même opinion n’a pas manqué de faire le constat amèr de l’inaction des partis politiques de l’opposition, inaudibles sur une question éminemment importante qui cristallise l’opinion.

Quand léthargie et passivité s’érigent en crédo 

 Alors que l’actualité du pays est dominée par des sujets de grande envergure comme  l’état de santé du Président de la République, le bilan très mitigé du Plan de relance économique, le chômage de plus en plus criant, ou encore la problématique de la mort inexpliquée des carpes dans l’Ogooué, et maintenant dans la Ngounié, l’opposition, blafarde, cloîtrée dans un silence des plus assourdissants, s’est vautrée pernicieusement dans les méandres de l’inutilité. 

Tout se passe comme si cette opposition était vide, sans bases, dénuée de fondements et d’idéologie politique, désunie par essence, à telle enseigne que même lorsque les circonstances lui donnent une opportunité de mener une offensive contre le camp adverse, elle semble être fatalement frappée du sceau de l’incapacité. Les seules périodes pendant lesquelles, les acteurs de l’opposition gabonaise sont actifs, sont celles relatives aux joutes électorales qui coïncident étrangement avec la question du franc prévu à cet effet. Une bien curieuse posture lorsqu’on milite pour un changement profond de sa Nation. Ce serait alors un fait inédit pour une opposition qu’elle  parvienne à peser dans l’échiquier politique par son inaction

Dans les grandes démocraties, on désigne par opposition les partis politiques ou les mouvements n’appartenant pas à la majorité parlementaire et donc qui s’y opposent. L’opposition est d’abord et avant tout un contre pouvoir. Un contre pouvoir qui permet d’éviter que la majorité, une fois parvenue au pouvoir, n’ait la tentation de mener une politique portant atteinte aux droits et libertés fondamentales. Pour cela, l’opposition dispose d’un angle d’attaque rudimentaire en politique qui est la remise en cause de la responsabilité gouvernementale. 

Récemment, à la faveur d’une conférence, l’échec du Plan de Relance Économique (PRE) initié par l’Etat en 2017 a été rendu public à travers une présentation détaillée secteur par secteur. Une opposition utile et engagée se serait naturellement appuyée sur ce bilan pour interpeller le gouvernement et le mettre devant ses responsabilités. Celle du Gabon, est restée sourde, muette et passive à foison confortablement installée dans son indigent siège de la léthargie.   

Une désunion qui sabote le processus d’alternance  

Non content de traîner ce statut de boulet, cette opposition est souvent sujette aux dissensions et guerres de leadership entre partis politiques. Cette situation de désunion s’est notamment observée lors des dernières élections législatives et locales de 2018. Il est important de noter que l’opposition incarne la possibilité d’une alternance politique. Elle participe par conséquent à l’existence du pluralisme politique, qui est une des bases de la démocratie. Ce pluralisme permet de choisir ses gouvernants et de s’ériger en contre-poids par le biais des élections législatives notamment. 

A l’orée des élections locales et législative d’octobre 2018, l’opposition proche de son leader naturel, Jean Ping avait appelé tous les militants et partis de sa coalition à boycotter ces élections quand d’autres avaient décidé d’y participer. Une position qui avait fracturé leur base électorale et tracer le  chemin de la victoire du parti au pouvoir. Entre autodestruction et désunion, l’opposition gabonaise a offert l’année passée aux Gabonais, la conviction de ce que leur guéguerre intestine passe avant l’objectif d’une prise de position visant à incarner une véritable alternance positive.  

Il est bien loin, le temps où l’Union du peuple gabonais (UPG) dirigée en son temps par son très charismatique président Pierre Mamboundou Mamboundou, commentait de manière exhaustive les principaux points saignants de l’actualité. Il faut d’ailleurs souligner que cet exercice démocratique servait d’aiguillon au gouvernement en matière d’élaboration des politiques publiques. Si Moukagni Iwangou, un de ses disciples, s’était essayé à l’exercice, depuis son entrée au gouvernement c’est motus et bouche cousue. Sans doute s’est-il accommodé de ce proverbe issu du roman de l’écrivain Janis Otsiémi, « La bouche qui mange ne parle pas ». 

Dans une démocratie en construction comme le Gabon, l’opposition bien qu’elle peut trouver l’excuse de ne pas avoir accès aux médias publics, se doit d’être inventive surtout dans un monde où des solutions alternatives en matière de TIC existent. D’où d’ailleurs la nécessité d’un renouvellement de la classe politique pour mettre un coup de pied dans cette fourmilière quelque peu sclérosée. 

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