Gabon : suspension des activités transitaires, un camouflet pour le Directeur général des douanes ?

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Hubert Oboulougou, expert du secteur bancaire et ancien haut cadre de la Banque gabonaise de développement © D.R.

La décision du Directeur général des douanes Dieudonné Lewamouho Obissa visant à suspendre les activités transitaires fait grincer les dents. L’argument soulevé pour soutenir ladite décision dont le fondement aurait pour origine la réglementation de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale passe mal auprès de l’opinion. Nous publions in extenso, une analyse de Hubert Oboulougou, diplômé de sciences comptables et financières, expert du secteur bancaire et ancien haut cadre de la Banque gabonaise de développement (BGD)


« Nous l’écrivons il y a quelques jours plus tôt que la conformité des dossiers des transitaires était l’oeuvre d’une commission locale qui siégeait pour leur donner un accord provisoire d’exercer. Ensuite, la direction générale des douanes se chargeait de les soumettre à la commission y relative de la CEMAC, établie à Bangui en république centrafricaine. Cette dernière, est seule habilitée à donner un agrément définitif aux transitaires exerçant dans la sous-région ou à invalider l’avis d’accord préalable de la commission locale.

La direction générale des douanes ne peut donc feindre d’ignorer l’état des dossiers de ces commissionnaires en douane, dès lors que c’est elle qui est l’interlocuteur auprès de la commission de la CEMAC, au nom de tous les transitaires. Il va de soi que, la direction générale des douanes ne peut donc étaler sa méconnaissance des procédures ou mieux sa mauvaise foi publiquement, en suspendant de toutes activités des opérateurs qui exercent depuis belle lurette. L’argument utilisé visant à s’appuyer sur la règlementation CEMAC est donc fallacieux, à moins de nous dire que l’actuel directeur général ignore la procédure.

Les hangars de stockage de biens non encore dédouanés à Owendo manquent aujourd’hui de place. Le mot d’ordre donné par la direction générale des douanes est pourtant de voir ces entrepôts être désengorgés. Comment peut-on alors vider ces magasins en suspendant les transitaires la possibilité de liquider des dossiers même en cours ? On ne peut vouloir une chose et son contraire. Et, tout le monde sait que l’impact au niveau des recettes douanières du mois en cours sera on ne peut plus catastrophique.

Le directeur de cabinet du ministre de l’Economie, Monsieur Pierre Claver Mfouba a heureusement bien compris le danger d’une telle note et la nécessité d’agir au plus vite. Les pièces fournies justifiant sa demande de déblocage de certains transitaires sont bien, comme nous l’expliquions « l’attente réponse CEMAC ». Aussi, peut-on s’étonner que l’adhésion au syndicat SPAD y figure comme élément fourni. Car, nombre de structures touchées par la mesure sont bien membres du SPAD mais, avec des arriérés de cotisation.

Il ne revient pas à la direction générale des douanes d’exiger le paiement des cotisations des membres d’un syndicat dont l’adhésion est libre et non obligatoire. L’ombre d’une collision flagrante entre ce syndicat et la direction générale des douanes devient à ce point gênante. En cas de volonté de création d’un nouveau syndicat, la direction générale des douanes va-t-elle donc se battre pour ne pas reconnaître son existence ? Où alors va-t-elle aussi user de la même pression semblable à un agent de recouvrement mandaté par le syndicat SPAD pour exiger la mise à jour des cotisations de cet autre syndicat ?

Que veut finalement la direction générale des douanes ? Un soulèvement populaire ? La crise née de la rareté des denrées alimentaires en provenance du Cameroun met en cause la prolifération des contrôles routiers dont douaniers. La banane s’est faite rare ces derniers temps, la tomate, l’oignon, les fruits et légumes, etc laissant les principaux marchés de la capitale avec des étales vides. Aucun soulèvement populaire n’ayant pu être enclenché du fait de cette pénurie, fallait-il en créer une autre plus ardue via les transitaires ?

Dans un contexte où on ne sait plus qui travaille pour qui dans ce Gabon, le directeur du cabinet du ministre de l’Economie, Monsieur Pierre Claver Mfouba, homme de dossiers, pondéré et travailleur gagnerait à lever cette mesure pour tout le monde, comme il vient si bien de le faire pour certains. Dans un pays croulant sous le poids des difficultés diverses comme le Gabon, il y a une manière qui sied dans le traitement réservé aux opérateurs économiques de premiers plans. On ne peut donc tolérer la création des pénuries artificielles ou des courtes périodes de monopoles pour engraisser certains opérateurs au détriment d’autres.

Car in fine, c’est le bas peuple qui continue de payer un lourd tribut. Le premier ministre Julien Nkoghe Bekale a intérêt à bien veiller sur les agissements de l’un de ses directeurs généraux qui ne leurrent personne. Ceux qui sont en prison ne semblant pas donner des leçons à ceux encore en liberté, dans leur zèle habituel et cynique vis-à-vis des populations gabonaises, esclaves souvent de leurs comportements cruels et blâmables. En effet, si nos commerçants venaient à manquer de tout, le respect de nos institutions volera en éclat, car « ventre affamé n’a point d’oreille 

Hubert Oboulougou »

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