Gabon: la Société nationale immobilière ouvre son expertise au grand public

Deux semaines après le lancement du Guichet d’accompagnement à l’auto-construction, qui a pour objectif d’assister les personnes désireuses de se lancer dans la construction avec des fonds propres, le directeur général de la Société nationale immobilière (SNI) Hermann Kamonomono a, au cours d’un entretien accordé à Gabon Media Time, tenu à édifier l’opinion sur ce nouveau produit et son ambition pour cette entreprise bras séculier de l’Etat en matière de politique du logement.  


Gabon Media Time: Le mardi 4 septembre dernier, vous avez lancé le guichet d’accompagnement à l’auto-construction, alors quelle est la particularité de ce service et quel sera son impact sur la problématique du logement au Gabon ?

Hermann Kamonomono: Je vais simplement dire que le Guichet d’Accompagnement à l’Auto-Construction est  tout d’abord la matérialisation de l’objectif que nous nous sommes fixés dès ma nomination à la tête de la  SNI. Car, il était essentiel d’ouvrir notre expertise au grand public. Cette ouverture est née d’un constat : la SNI a longtemps été considéré comme une société fermée, dont les missions étaient peu connues hormis la construction de logements.

Aussi, disposant d’une expertise et d’une expérience avérées dans la réalisation de projets immobiliers, nous avons pensé que celles-ci pourraient  être mises à disposition de ceuxlà, qui souhaitent construire un logement à leur rythme, sur fonds propres et qui sont détenteurs d’un Titre Foncier afin qu’ils se fassent accompagner par nos experts.

Le deuxième constat étant qu’au Gabon, nous n’avons pas de structures adaptées pour assister les compatriotes qui veulent se lancer  dans la réalisation de projets immobiliers individuels. En effet, beaucoup ont souvent la volonté de construire, mais la première difficulté à laquelle ils font face est l’acquisition d’une  parcelle, puis, pour ceux qui réussissent à en obtenir une avec Titre Foncier, la deuxième difficulté est le manque de  cette petite disposition”  qui pourra  leur permettre de passer de la volonté de construire à la construction elle-même.  Donc nous avons pensé que si la question du logement restait un problème au Gabon, elle ne devait pas seulement  se résorber à travers un vaste programme de construction comme défini par l’une des missions de la SNI, mais aussi à travers sa capacité à  appuyer les concitoyens dans la réalisation d’un projet immobilier.

Aussi,  tous les Gabonais désireux de se lancer dans la construction d’une maison ou tout autre bâtiment peuvent  se rapprocher de la SNI d’abord pour la conception d’un Plan de maison, parce que tout commence par là.  

En réalité, c’est le plan qui permet de commencer à rêver. Par ailleurs, l’un des slogans retenus pour le Guichet  d’accompagnement à l’auto-construction c’est “oser rêver”. En effet, de plus en plus de compatriotes ont du mal à décoller  car ils ne savent même pas quel est le type de maisons ils souhaitent construire,  ou encore, où trouver un maçon, et quelles sont les étapes à suivre pour débuter des travaux de fondations.

Toutes ces questions peuvent  ralentir le processus d’accès à la propriété et peuvent prendre plusieurs années. A travers nos services, ils pourront gagner du temps, de l’énergie et de l’argent.

Nos services s’adressent dans un premier temps  aux détenteurs de Titres Fonciers. Puis, pour ceux qui n’en n’ont pas,  ils peuvent acquérir une parcelle directement à la SNI car nous mettons à disposition des terrains avec Titres Fonciers, ce qui d’un point de vue est déjà plus sécuritaire dans ce sens ou ce document à un caractère définitif, donc  irrévocable et inattaquable. Ensuite, une fois propriétaire, nous les assistons à travers la mise à disposition de nos experts, et de nos architectes qui étudieront leurs besoins, afin de leur fournir une offre sur-mesure.

Enfin,  les plans de maisons que nous fournissons sont complets et comprennent : les  plans de distributions et d’aménagement, façades, plan d’électricité, plan de plomberie et perspectives.

A  cette étape, nous pouvons au besoin réaliser pour eux de la Maîtrise d’Ouvrage Déléguée. Ce service leur sera proposé après signature d’une convention sur 4 ans pour  la réalisation de leurs logements à la suite de l’élaboration d’un devis quantitatif et estimatif.

Cette expertise aurat-elle un coût ?

Effectivement, l’expertise aura un coût mais un coût que nous avons voulu dérisoire. Je me suis entretenu, il y a quelques mois avec le Président de l’Ordre des Architectes qui a approuvé l’idée  et qui a également fait quelques suggestions.  Car, je voulais m’assurer que les coûts proposés par la SNI ne soient pas en total déphasage avec ceux proposés par les architectes.

Il y a par exemple des plans de maison que les citoyens pourront obtenir à travers le “GAAC”  à 150.000 FCFA et qui sur le marché coûtent près de 1.500.000 FCFA.

À qui ce service est-il adressé de manière concrète?

Il s’adresse aux particuliers, mais également aux PME qui souhaitent réaliser des bâtiments.

L’entreprise compte de nombreux travaux qui sont à l’arrêt  depuis votre prise de fonction quelles sont les stratégies mises en place pour permettre une relance?

Ce que nous avons fait  dans un premier temps, était de chercher à comprendre ce qui s’est passé pour qu’on arrive à une situation où tous les projets sont arrêtés. Puis, de faire le point des travaux  effectivement réalisés.

Nous avons donc procédé à l’évaluation financière  de l’existant, afin de pouvoir en tirer toutes les conséquences.

Après cette évaluation, nous avons lancé l’audit de la structure qui s’est étendu sur 5 mois, l’objectif étant de comprendre son fonctionnement global. Et,  nous avons dans le même temps, entrepris de reprendre contact avec toutes les entreprises adjudicatrices du programme 3808 logements. Celles-ci pour la plupart avaient obtenu des avances de démarrage, mais du fait de l’arrêt prématuré du projet, ces avances sont restées entre leurs mains.

Pour le programme 3808 logements, il faut noter qu’il s’agit de 42 milliards de Fcfa décaissés au titre des avances de démarrage et sur les 42 milliards environ la moitié seulement a été utilisée.  Nous avons fait le point avec chaque entreprise pour établir le différentiel,  qui a été évalué à 18 milliards, montant resté par devers ces sociétés, hormis celles avec qui nous avons des contentieux plus importants. Et, il nous fallait similairement mettre en place des stratégies de relance des travaux,  et cet audit préalable était primordial pour relancer les différents chantiers, car il nous ait apparu inimaginable de ne point faire un point global sur ce programme, notre vision étant : Apprendre du passé pour améliorer l’avenir.

Le Bureau Veritas à qui nous avons porté plainte a certifié conforme  des factures réglées pour les travaux non-réalisés. Alors, soit il n’était pas sur le terrain pour vérifier l’authenticité des travaux effectivement réalisés,  soit il existe des arrangements qui ont été faits. En somme, tout ceci freine la capacité de L’État à réaliser ses objectifs et ce n’est pas uniquement concernant les logements sociaux, c’est pour cela qu’il est impératif que l’on change de manière de travailler si on veut faire avancer les choses.

En parlant de facturation en juillet dernier vous avez annoncé que le projet des 3800 logements avait eu des irrégularités dans la facturation et le suivi des travaux. Aujourd’hui où en est la procédure ?

Absolument, nous avons déjà porté plainte à plusieurs structures qui devront s’expliquer sur le sujet. Il  y a des entreprises qui ont obtenu de très gros contrats , et dont les travaux réalisés sur le terrain ne reflètent en aucun cas  le montant payé. Pour ces cas , il est évident que les inscriptions étaient exagérées, et à ce niveau ayant procédé à une confrontation avec l’ensemble des parties prenantes du programme , il ressort que toutes les entreprises  ont pratiqué des méthodes de surfacturation.

Pour d’autres , elles l’ont fait de façon légère. Qu’à cela ne tienne, ces pratiques doivent cesser, car il  faudrait que les entreprises aident l’État et ses véhicules que nous sommes, à rester droit dans leurs bottes et à ne considérer que les travaux effectivement  réalisés.

En parlant de surfacturation,  il est nécessaire d’aborder le point lié aux  sociétés commises pour le suivi des travaux et qui ont été rémunérées pour leurs services. Ces dernières ont été d’une légèreté déconcertante, pour exemple : les rapports en notre possession soumis par une douzaine de sociétés sont identiques à la virgule près.

L’entreprise a t-elle pris des mesures pour que ce type de pratiques soient annihilées ?

Oui nous avons mis en place un nouveau service, contrôle et suivi des travaux, nous allons être plus sévères avec toutes formes de légèreté dans le suivi des programmes et surtout des travaux.

Nous allons nous assurer que si un employé de la SNI  est pris en flagrant délit de collaboration délictueuse avec une entreprise en charge d’un ouvrage, des sanctions seront prises conformément au code du travail allant jusqu’au licenciement. Nous avons d’ailleurs entrepris à l’encontre de certains employés des procédures de licenciement , mais nous utiliserons toutes les voies légales mises à notre disposition. Car il faut que cela cesse !

Votre entreprise a signé un accord de financement avec l’établissement financier crédit solidaire du concernant les logements de Likouala, comment avancent les travaux?

Les travaux avancent assez bien, il faut dire que c’est une convention de financement pour la finalisation des travaux. C’est un lot du programme de 3808 , que nous avons entrepris de relancer lot par lot.

Celui de Likouala comprend 4 immeubles de 56 appartements et un duplex . En faisant l’évaluation des travaux restants à réaliser, nous nous sommes rendus compte qu’il nous fallait 1 milliard 700 millions pour  son achèvement, alors, nous avons effectué certaines démarches auprès des institutions financières de la place..

N’ayant aucun crédit auprès de CSG, et  contrairement à d’autres tels que Bgfi, UGB  Bicig avec qui nous avons des encours, nous avons choisi de travailler avec cette banque et avons entrepris des négociations pour établir des modalités de financement et les garanties.

Nous leur avons  préalablement signifié que dans notre démarche il n’était pas souhaitable d’engager l’État financièrement donc nous ne pouvions pas brandir une garantie souveraine par contre, nous pouvons établir un mécanisme simple de financement  basé sur le dépôt d’une garantie sous forme de DAT.

Ce que nous avons fait à hauteur  du tiers de la somme et ils nous ont prêté la totalité du montant  sur 12 mois. Les remboursements du crédit débuteront au terme de ces 12 mois.

C’est une mécanisme simple et sécurisé. Étant donné  la commercialisation de ces logements qui débutera incessamment,  nous pourrons rembourser le CSG avant la fin de l’échéance, car la  structuration du crédit est faite de façon à ce qu’il y ait un crédit promoteur que nous avons couplé avec un crédit acquéreur. Ce qui signifie tout simplement que  tous ceux qui viennent à la Sni pour acheter un logement auront un crédit du CSG pour financer leur logement. Aussi, ils devront ouvrir un compte auprès du CSG qui va payer la Sni pour le coût de la maison , quant à eux,  ils vont rembourser le CSG à leur rythme, par conséquent il y a une sorte de compensation.

Chaque lot à ses difficultés , c’est pourquoi nous comptons  donc diversifier nos stratégies. Par ailleurs, nous avons un projet pilote de vente en l’état de certains logements inachevés notamment dans les provinces du Woleu-Ntem, du Haut Ogooué, du Moyen-Ogooué et de la Ngounié. C’est sur la base d’une expertise préalable que les coûts des maisons seront évalués.

Les perspectives de la Sni? Les projets ou réformes ?

Nous avons trois grands axes : Tout d’abord, nous allons redonner à la SNI ses lettres de noblesse et la ramener au centre des grandes réalisations en matière de politique étatique du logement enfin, nous allons nous assurer que la SNI forte de son expérience de 42 ans puisse mettre à profit cette expérience à destination des Gabonais.

Pour les années à venir,  nous avons comme objectifs de relancer l’ensemble des chantiers à l’arrêt d’ici deux ans et entreprendre des grands projets en matière d’amélioration de l’habitat au Gabon. Nous sommes en étroite discussion avec des partenaires internationaux pour la construction d’un plus grand nombre de logements  car le moment est venu de faire décoller ce secteur.

Sur le plan interne, nous allons réformer la SNI, mettre en place un cadre de gouvernance adapté à notre structure, et continuer à former nos employés. Nous ambitionnons à terme la certification de l’entreprise car nous voulons que la SNI soit une référence sous-régionale sur le marché en matière de bâtiment et de construction.

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