Le Gabon: la seule voie royale pour la résolution de l’impasse

Arthur N'doungou, Commissaire National à l’Union Nationale © D.R

« Le moment où le petit enfant prend conscience du pouvoir de ses pleurs n’est pas différent de celui où il en fait un moyen de pression et de gouvernement. » Paul Valéry



De toutes les épidémies, la plus contagieuse est l’exemple. Le séisme algérien va t-il encore servir d’exemple sempiternel aux tenants du pouvoir, cette apparence utopique sur laquelle s’arc-boutaient le Gouvernement et les institutions de la République ? Certes, le calque du système Bouteflika a depuis le 24 octobre, sous les quolibets d’un peuple éreinté, permis de manœuvrer, flatter, faire preuve de cynisme et jouer les forts en thème pour accéder au rang supérieur mais l’esprit de l’homme n’a- t-il point de bornes en ses aberrations, au risque de rallumer des années de braises ?

C’est curieux comme jusqu’au bout les tyrans les plus convaincus respectent vaguement les formes, comme s’ils voulaient donner l’impression de ne pas brutaliser toutes les procédures, tandis qu’ils roulent ouvertement par-dessus tous les usages. On dirait que la puissance ne leur suffit pas, et qu’ils prennent un plaisir supplémentaire à forcer leurs oppositions d’accomplir une dernière fois, en leur faveur, les rituels du pouvoir qu’ils sont en train d’abattre.

Je comprends pourquoi ceux qui peuvent vous faire croire à des absurdités, peuvent vous faire commettre des atrocités. On ne le rappelle pas souvent assez, voilà ce qui se passe, ce qui se passe dans notre pays depuis 2009 mais surtout depuis ce 24 octobre 2018 qui maquille une vérité grotesque : la perclusion du détenteur de la charge de Président de la République ou son impotence. Cette apothéose de cynisme monstrueux est sans égale et nous le savons, pourquoi ? Simplement parce que nous venons tous de la même source. Nous sortons tous de la même matrice. Nous sommes tous des Gabonais modifiés par le temps et nous savons de nos us et coutumes qu’il n’existe pas de bouclier contre le mensonge, ni la crainte des Dieux ni la damnation n’ont jamais empêché le mensonge ou le parjure. Certes, nos institutions savent mentir, mais elles mentent comme les Français savent les langues étrangères, ils n’ont jamais un très bon accent. alors il n’est plus certain que tout soit certain.

Je note par ailleurs qu’il n’est pas de fléau pire que l’anarchie. C’est elle qui perd les États, qui détruit les maisons, qui, au jour du combat, rompt le front des alliés et provoque les déroutes. Les cas de la Libye, de la Syrie doivent nous éclairer et nous élever car nous ne pouvons  découvrir de nouvelles terres sans consentir à perdre de vue le rivage pendant une longue période  conseillait un sage.

Nous avons la chance de constater que la structure actuelle, celle décrite par la COFACE en janvier 2019 satellisée au socle ancien, celle du PSGE non abouti du fait de leurs concepteurs et celle dépeinte par M. Zacharie Myboto, a échoué. Pourquoi ne pas essayer une autre structure ? Nous ne vivons pas simplement une crise. Nous vivons une mutation de notre nation. Les jeunes auront à bâtir ce monde nouveau, et non perpétuer l’ancien, c’est à cela qu’il faut dorénavant s’accorder : la nouvelle République et pour cause, cette situation humiliante politiquement mais surtout catastrophique économiquement qui nous garrote simplement parce qu’une institution, la Cour Constitutionnelle, s’est accommodée de l’exemple algérien pour empêcher la vacance du pouvoir et l’exécution de l’article 13, déchirant son serment, étouffant le droit et trahissant la République.

Sous quelque gouvernement que ce soit, la nature a posé une limite aux malheurs des peuples. Au-delà de ces limites, c’est ou la mort, ou la fuite, ou la révolte. Par ailleurs, je n’ignore rien des difficultés et des dangers inhérents au chemin vers une nouvelle République, mais je n’en pense pas moins qu’elle est notre seul espoir. Bien des exemples montrent que cet espoir n’est pas vain alors je nous y exhorte. Si l’on ne construit pas un monde de partage des richesses, c’est un monde de conflits multilatéraux qui nous attend.

Admettons alors tous sans distinction aucune que l’avenir de notre pays et son dynamisme économique durable dépend de notre capacité à fédérer tous ses talents.  Les petites abeilles se tiennent bravement devant l’ennemi, parce qu’elles ne combattent pas pour elles-mêmes, mais elles sentent en elles leur peuple pour lequel elles combattent, cette raison suffit à elle seule pour nous unifier qui que nous soyons et d’où que nous venons, notre seule emblème aujourd’hui est “pupilles de la Nation, enfants de la République“.

Que vous ayez fréquenté l’école ou que vous soyez analphabète, que vous viviez sur le boulevard ou sur la ruelle, que vous vivez à Batterie IV ou dans la baie des cochons, que vous habitez dans les quartiers huppés ou dans les mapanes, vous prendrez des coups tout comme moi. Nous sommes tous dans le même bateau et nous recevrons tous les mêmes coups du même clan et demain, si quelque chose de terrifiant advenait. Tous nous avons subi le clan, dans ce pays, l’oppression politique imposée par le clan, l’exploitation économique et la dégradation sociale sont de son fait et de son pouvoir.

Inexorablement depuis dix (10) ans, le fossé se creuse plus rapidement entre ceux dont les enfants ont un avenir et ceux dont la descendance en est privée. D’innombrables talents sont ainsi gaspillés, recevant la rage en lieu et place du diplôme.

On en oubli trop souvent mais nos actes ne sont éphémères qu’en apparence. Leurs répercussions se prolongent parfois pendant des siècles. La vie du présent tisse celle de l’avenir.

Si la haine répond à la haine, comment la haine finira-t-elle ? A cette question, je dis que ni la haine ni l’amertume ne peuvent guérir la peur ; l’amour seul le peut. La haine paralyse la vie ; l’amour la libère. La haine embrouille la vie ; l’amour la rend harmonieuse. La haine l’assombrit ; l’amour l’illumine, notre nouveau crédo : « tous ensemble comme l’indivisibilité de cette nation dans l’amour du prochain ».

Le malheur en politique n’est pas seulement de ne plus croire aux paroles, c’est aussi de suspecter les silences.  » A cette idée, un homme, M. Zacharie Myboto dans son style idiopathique, sobre et limpide est sorti du bois pour appeler à notre patriotisme, au patriotisme de l’alliance, à l’élévation de soi devant la nation en danger car le retour à la bestialité est possible dans une société comme la nôtre devenue en raison de sa désorganisation profonde et celle des mentalités, des crises d’hystéries généralisées, tout cela du fait des crises économiques, sociales et politiques.

Cette parole d’un homme a une grande valeur, simplement parce que cet homme qui est parvenu à l’hiver de sa vie a été un des maillons forts de ce système et qu’il n’a plus rien à perdre  et rien à demander. C’est un appel Républicain aux pupilles de la nation qui nous commande de laisser certaines choses disparaître. De s’en défaire. De s’en libérer. Nous devons clore des cycles, non par fierté, par orgueil ou par incapacité mais simplement parce que ce qui précède n’a plus sa place dans nos vies. Faisons le ménage, secouons la poussière, fermons la porte, changeons le disque. Cessons d’être ce que nous étions et devenons autrement comme ceux qui se sont essayés avant nous en fumant le calumet de la paix.

C’est ce chemin qui nous est préconisé. Ce chemin est constitutionnel avec des accommodements eux aussi constitutionnels. Il va nous falloir être ce cratère brûlant d’où va jaillir la flamme vers la nouvelle République et le renouveau qui, comme en République Démocratique du Congo et maintenant en Algérie, devienne la cause commune de toutes les nations africaines. Nous devons continuer à ouvrir la brèche, nous n’avons besoin des conseils et des autorisations de personne encore moins de l’extérieur.

Le Gouvernement ou encore les institutions de la République, les partis politiques, les confessions religieuses et la société civile doivent s’y coller et se manifester pour analyser la machine de notre société, pour démontrer comment ses différentes parties devraient être reliées entre elles et pour en trouver les défauts et les solutions. La question de la modernité ou du passage vers la nouvelle République ne peut plus être éludée encore moins relever aujourd’hui de la seule attitude critique. Il ne s’agit plus de restaurer et de reconduire un rapport de forces et de pressions dont nous vivons la faillite. On n’exporte pas la démocratie dans un fourgon blindé alors il ne s’agit plus des couronnements par les décrets de minuit. Il ne s’agit plus des hommes que les crises politiques élèvent au pouvoir, à l’effet de cerfs-volants qui ne montent dans les airs que tirés par la ficelle du clan au pouvoir. S’il existe une issue à cet état de décomposition, seule nous y conduira une pensée neuve de l’homme et de la culture. C’est seulement ainsi que les grandes réformes peuvent être produites. »  Carl Gustave Jung ne disait-il pas que : « Les crises, les bouleversements et la maladie ne surgissent pas par hasard. Ils nous servent d’indicateurs pour rectifier une trajectoire, explorer de nouvelles orientations, expérimenter un autre chemin de vie. »

Penser donc à une alternative, ce n’est pas s’engager dans l’utopie. C’est dans ces conditions, en effet, que notre peuple comme d’autres d’ailleurs entrera dans une phase nouvelle où les questions essentielles, celles de l’écologie, de la qualité de vie qui a des déterminants objectifs et mesurables : les revenus, la richesse, le niveau d’éducation, le niveau de santé ou encore le degré de confiance qu’ont les habitants dans leur système judiciaire (sécurité collective), de la répartition égalitaire de nos richesses, s’imposeront désormais à tous comme des questions communes. En somme faire du partage le remède de la misère et de l’égalité pour tous.

C’est ainsi que la paix se réalisera un jour non parce que les hommes deviendront meilleurs mais parce qu’un nouvel ordre, ces nouvelles nécessités économiques nous imposeront l’état pacifique.

Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est plus assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, emporte l’éclosion d’attroupements, de chapelles comme durant l’antiquité lorsque les soldats romains avaient pour rituel de lever leurs boucliers devant leur général afin de lui signaler qu’ils s’opposaient à ses ordres. Ainsi donc en a décidé le peuple pour défendre la constitution et son tripotage contre ceux qui en ont empêché l’étendue mais avec la massue de la raison et le glaive de la loi populaire. Le peuple est le juge suprême de la façon dont les gouvernants remplissent leur mission puisqu’il est la personne qui leur a donné le pouvoir et qui garde à ce titre, la faculté de les révoquer et nous y sommes si nous n’y prenons garde.

Il y a une bourgeoisie de gauche et une bourgeoisie de droite. Il n’y a pas de peuple de gauche et de peuple de droite. Il n’y a qu’un peuple. Alors, rappelez-vous, tout État, tout État a un ennemi principal : sa propre population. Si le climat politique commence à se détériorer dans votre propre pays et que la population commence à devenir active, alors il y a en lui un cosmos en gestation. Mais un cosmos en gestation qui n’est rien d’autre qu’un chaos et ce ne sont pas les atermoiements, les menaces et les lois liberticides et scélérates qui empêcheront cette vacance pour quelque cause que ce soit.

A ces différents partis, ces communautés, ces pelotons, ces groupes qui défendent la constitution et exigent la vacance pour quelque cause que ce soit, je vous le dis et vous le confirme  « soyez insatiables, soyez fous. Ce n’est pas dans le statu quo qu’on prépare un avenir meilleur. »

Arthur Ndoungou,

Commissaire national à l’Union nationale

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