Gabon: s’achemine-t-on vers une République exemplaire ?

Les membres du gouvernement Nkoghe Bekale face à Ali Bongo © D.R

Avec l’annonce, par le Porte-Parole de la présidence de la République, que des sanctions exemplaires seraient prises envers toute personne qui serait citée comme responsable dans « l’affaire Kévazingo », et après les mesures prises par le Gouvernement à l’endroit de 12 hauts fonctionnaires des Douanes, de l’administration du ministère de l’Economie, et du ministère des Forêts, notamment les directeurs de cabinet et secrétaires généraux des deux départements ministériels, l’on semble aller vers le choix d’une administration vertueuse. Une République exemplaire est-elle en gestation ?

Tout en respectant la présomption d’innocence, les décisions prises en milieu de semaine dernière par le Gouvernement sont un bel exemple de lutte contre la corruption, une belle démonstration du changement de paradigme tant souhaité. Elles sont une grande conquête dans la démarche consistant à réprimer le grand banditisme économique !

La répression du grand banditisme économique servira, si elle s’affirme, à préserver l’indispensable crédibilité du discours du Gouvernement. Elle est un impératif pour l’établissement de la bonne gouvernance, car la corruption est gravement préjudiciable à la fois à l’économie et à la stabilité du pays. Selon un professeur d’économie de l’Université Omar Bongo, « ces premières décisions, même si elles ne sont prises qu’à titre conservatoire, sont à saluer, et il est bon qu’Ali Bongo et Julien Nkoghé Bekale veuillent ainsi instaurer et mettre en exergue l’exemplarité ». Dans ce sens, le Gouvernement est sans ambiguïté. Sans les citer, le communiqué lu par le Porte-Parole de l’équipe gouvernementale suggère que « les membres du Gouvernement qui seraient impliqués dans cette affaire en tirent les conséquences ».

Ainsi, si l’on regarde les administrations dont les fonctionnaires ont été suspendus de leurs fonctions (directeur de cabinet et secrétaire général du ministère des Forêts, directeur de cabinet et secrétaire général du ministère de l’Economie, directeur général des Forêts, directeur général des Douanes,…), on peut affirmer que c’est à Guy-Bertrand Mapangou et à Jean-Marie Ogandaga que les principales autorités-le Premier ministre sans doute, le Président de la République aussi vraisemblablement-demandent de tirer les conséquences de cette affaire qui fait des vagues dans l’opinion et qui fait des ravages dans l’image du Gouvernement qui était bonne jusque-là, sinon meilleure que sous le gouvernement précédent.

Plus rien ne se passera comme auparavant ?

En décidant de sanctionner ce qui semble s’apparenter à de la légèreté, sinon à la complicité dans l’accomplissement d’actes délictueux, le Gouvernement montre sa détermination à lutter contre tout comportement déviant. « La République exemplaire » tant souhaitée est peut-être en train de se mettre en place. Depuis un certain temps, Ali Bongo montre bien sa détermination à lutter contre la corruption et l’enrichissement illicite. En plaçant un magistrat considéré comme intègre, Nestor Mbou, à la présidence de la Commission nationale de Lutte contre l’enrichissement illicite (CNLCEI), et en nommant un autre haut magistrat à la tête du Gouvernement, le chef de l’Etat a sans doute voulu par ces actes dire que plus rien ne se passera comme auparavant.

Selon un magistrat à la retraite, « le président de la République et le Premier ministre ont, en tout cas, à juste titre, pris en compte l’impact dévastateur de cette affaire dans l’opinion. C’est ce paradigme qui est à privilégier pour renforcer l’Etat de droit et pour asseoir la République exemplaire. Une lutte efficace contre la corruption et son frère jumeau, l’enrichissement illicite au détriment de l’Etat, semble être l’instrument le plus approprié pour arriver à cet objectif d’exemplarité et empêcher tout retour en arrière ». Lorsque l’enquête diligentée par le Gouvernement aura rendu ses conclusions définitives, on saura alors, à ce moment-là, la position réelle de l’Exécutif, à moins que la sortie du ministre d’Etat Guy-Bertrand Mapangou vienne anticiper les choses…  

Laissez votre commentaire