samedi,27 novembre 2021
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Gabon : Reporters sans frontières condamne le retrait des kiosques de Moutouki

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Faisant suite au retrait brutal des kiosques de l’hebdomadaire Moutouki du 16 janvier 2020, décidé par la Haute autorité de la communication (HAC) après la publication  d’un article intitulé “Petit Prince Consort” mettant en relief des accusations de corruption et d’enrichissement illicite contre Noureddin Bongo Valentin, l’ONG Reporters sans frontières (RSF) a tenu à condamner ce qu’elle  qualifie de « décision arbitraire » de la part de l’autorité de régulation des médias. In extenso le communiqué de l’organisation internationale. 

« Reporters sans frontières (RSF) condamne une décision arbitraire après le retrait des kiosques d’un journal, suite à un article critique sur le fils du président Bongo. RSF réaffirme le besoin d’ une réforme profonde de l’organe de régulation, qui s’est mué en instrument de censure en multipliant les sanctions contre les médias. 

Les 7000 exemplaires de l’hebdomadaire Moutouki datés du 16 janvier ne seront pas restés longtemps dans les kiosques gabonais : dès le lendemain, la Haute autorité de la communication (HAC) a ordonné leur retrait. En cause, un article intitulé “Petit Prince Consort” faisant état, entre autres, d’accusations de corruption et d’enrichissement illicite contre Noureddin Bongo Valentin, fils de l’actuel président Ali Bongo, nommé coordonnateur aux affaires présidentielles et visé par plusieurs plaintes déposées par des organisations de la société civile.

La HAC s’est auto-saisie, estimant que l’article contenait des insinuations “malveillantes, suspicieuses et tendancieuses”  relevant de “l”acharnement, la calomnie et l’injure”. Dans un communiqué, elle affirme que l’article “porte atteinte à l’honneur et à la dignité” du fils du chef de l’Etat. Elle ajoute que les journalistes doivent toujours “s’assurer que l’information qu’ils diffusent est juste et exacte, et éviter d’exprimer des commentaires et des conjonctures.”  A noter que le directeur de publication n’a pas eu l’occasion de témoigner de la bonne foi de sa démarche, car la HAC ne l’a pas auditionné. 

“La HAC commence cette nouvelle année comme elle vient d’achever la précédente : en sanctionnant systématiquement les médias critiques du pouvoir, dénonce Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF.  En plus du caractère arbitraire de sa décision, elle n’a même pas pris le soin d’entendre le journaliste ni de lui adresser des observations comme elle a la possibilité de le faire. Cette sanction politique, prise dans le seul but de protéger les intérêts du clan présidentiel, est  loin de s’inscrire dans le cadre des missions d’un organe de régulation indépendant”.

Depuis sa création, la HAC, désormais surnommée  la “hache” par une partie de la presse gabonaise, a ordonné de nombreuses suspensions arbitraires de médias et a adopté une politique extrêmement répressive envers ceux qui critiquent le pouvoir. Les journaux du groupe de presse Oloumambe, dont fait partie Moutouki, ont déjà été suspendus à sept reprises pour une durée cumulée d’un an et demi. La multiplication et la disproportion des sanctions infligées par l’autorité de régulation a poussé RSF à demander à plusieurs reprises la réforme de cet organisme, censé garantir la liberté de la presse plutôt que de la museler.

Le Gabon occupe la 115e position sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2019.

Arnaud Froger

Responsable du bureau Afrique ». 

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