Gabon: le récit effroyable d’Armel Mouendou et d’Alain Mbela après 10 mois de séquestration

Alain Mbela Obiang et Armel Mouendou Mbina © GMT

Après avoir été kidnappés puis séquestrés pendant près d’un an, Armel Mouendou Mbina plus connus sous le nom de « Grand Kallet » et Alain Mbela Obame sont revenus le samedi 24 novembre dernier sur leur longue période de captivité. Une histoire pour le moins terrifiante qui met en lumière des graves violations des droits de l’Homme perpétrées par certains éléments des forces de sécurité et de défense.

C’est devant la presse nationale et internationale que les deux victimes ont tenu à édifier l’opinion sur le déroulement de leur kidnapping mais aussi les conditions de leur détention secrète. Pendant près de 2 heures, ils ont expliqué tour à tour avoir vécu une véritable calvaire qui a duré une dizaine de mois et qui a laissé des séquelles non seulement sur le plan sanitaire mais aussi psychologique.

Revenant sur les conditions de son rapt,  Armel Mouendou Mbina relate qu’il avait la veille eu une altercation avec un individu qui tentait de l’interpeller. Il s’était rendu donc au commissariat du quartier Nzeng-Ayong pour déposer une plainte contre x, chose curieuse les agents lui avaient opposé une fin de non recevoir déclarant que « nous savons qu’il y a des kidnappings tous les jours mais c’est organisé par le gouvernement. Par conséquent votre plainte n’aura pas de suite », a-t-il relaté.

Par la suite, il se rendra à la police judiciaire où « un haut gradé » lui aurait conseillé de « se rendre à l’intérieur du pays pour se faire oublier ». Grand Kallet comme le surnomme ses proches révèle que ce dernier lui aurait dit « qu’il y a des milices organisées qui procèdent à des kidnappings et que la police ne pouvait rien faire ».  C’est le 2 janvier en soirée que des hommes armés vont le prendre en chasse de son quartier, Derrière la Pédiatrie, au commissariat de Sogatol où il tentait de se rendre pour avoir la protection de la police et c’est donc « au niveau d’IAI que mon moteur a lâché, ils m’ont menotté, puis cagoulé et ils m’ont conduit à la Cité de la démocratie puisque la cagoule n’était pas bien fixé».

Il a expliqué que le silence observé après leur libération avait pour objectif de collecter des informations sur chacun des ravisseurs indiquant détenir les noms et grades de tous les éléments ayant participé à cette affaire. « Il nous mouillaient puis nous frappaient avec des tuyaux de plomberie. Ils sont revenus un jour pour me dire que je devais faire une déclaration dans laquelle j’avouais avoir reçu de l’argent de Jean Ping pour acheter des armes et ils devaient me nommer conseiller d’ambassade. Et nous sommes restés comme ça on nous réveillait à 2 heures du matin jusqu’à 6 heures pour nous poser les mêmes question », a-t-il confié.

« Le colonel est revenu nous dire que si je vous ai arreté c’est parce que le pouvoir en place m’a donné l’ordre de vous éliminer physiquement. Je prends à témoin la communauté internationale sur les menaces qui pèsent sur nous partant de Jean Ping, Enrique Mamboundou, Alain Mbela Obame, moi et les autres résistants. Si un problème nous arrive nous sommes sous la responsabilité du gouvernement parce qu’il nous ont menacé que si nous parlons ils vont nous assassiner », a révélé Armel Mouendou Mbina.

Lors de cette rencontre, ils ont également indiqué que plusieurs corps seraient à la manoeuvre de ces crimes et violation des droits de l’Homme notamment des militaires de la Garde républicaine, de l’armée et de la marine nationale. il a déclaré que « pendant 2 semaines je suis resté menotté, la bouche scotchée avec un bandeau noir au yeux je pouvais respirer uniquement par le nez. C’était un sergent chef de la marine qui était le bourreau ».

« Même le colonel qui a commandité notre arrestation le premier jour l’ai pas d’abord reconnu  lorsque j’ai vu sa photo sur les réseaux sociaux j’ai su qui il était. Nous avons constitué un dossier qui sera déposé chez la présidente de la Cour constitutionnelle, une plainte sera déposée chez le procureur de la République », ont-il martelé.  

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