Gabon: Quid du pouvoir d’Ali ?

Arthur N'doungou, Commissaire National à l’Union Nationale © D.R

Dans une tribune que publions ci-dessous, Arthur N’doungou, cadre de l’Union nationale parti politique de l’opposition radicale dirigé par Zacharie Myboto, revient sur une question qui taraude les esprits à savoir depuis l’accident vasculaire cérébral d’Ali Bongo Ondimba survenu le 24 octobre 2018 en Arabie Saoudite à savoir : Quid du pouvoir d’Ali ? Lecture.

GABON LIBREVILLE

Dans ces moments de troubles divers, il n’existe qu’un seul mal: la désunion, nourrice de tout complot et de tout comploteur.

Toujours aucune perspective de rapprochement entre la position des tenants du pouvoir et celle des ¾ du peuple qui aspirent au changement de République. C’est sur un blocage consécutif à des positions inconciliables que les perspectives s’annoncent très sombres au risque de précipiter, à terme, la nation dans une déstabilisation aux contours encore insaisissables et périlleuses.

Je sais souvent qu’une société qui s’éloigne de la vérité, déteste ceux qui la disent ou la réclament, alors écrire me sert d’exorciser la peur et la haine ; un moyen de surmonter les préjugés et la douleur, d’offrir mes pensées à la nation et à ceux qui dans la pénombre tirent les ficelles, et même si personne ne les lit ou ne les comprend, elles ne sont plus piégées au fond du moi.

Nous sommes aujourd’hui pris entre deux étaux : celui d’une armée d’ombres, une coterie de jeunes, l’ajev qui prône l’âgisme comme le Mogabo avant elle, ou trône un guru, véritable maestro qui tire sa légitimité non de la faiblesse des institutions mais plutôt des hommes qui les administrent et celui d’un empire d’élitistes supposés de l’ordre ancien has been devenu, apathique de jour en jour et garrotté par le premier cercle, tous les deux , tenants du pouvoir du fait de leurs activités exercées au sein de l’appareil d’état.

Pourtant nous sommes nombreux à pressentir que nous n’avons en fait, sous ces deux visages, qu’un seul et même ennemi. Un ennemi qui veut nous soumettre par le grenouillage et la peur, la gestion de nos petites et de nos grandes peurs, à une abdication définitive et quasi volontaire sur un sujet d’actualité : la vacance du pouvoir du fait de l’empêchement définitif, envisageable aujourd’hui au regard des faits, du détenteur de la charge de Président de la République pour quelque cause que ce soit…

Depuis qu’ils forment leur duo, nos villes sont autant de furoncles, elles sont des barricades hérissées de tessons de haine, un méchant eczéma sur notre territoire, abus de biens sociaux, conflits et prises illégales d’intérêts, prédations multiples des ressources publiques, emprisonnements arbitraires, Viols, grand banditisme, enlèvements, tortures, crimes rituels  ou exécutions sommaires, tout y passe tout autant que le délire paranoïaque et belliqueux qui prétend nous en défendre. Voilà ce que vit notre pays ou, les valeurs humanistes ont complètement déserté notre cité sous le poids d’un marasme économique sans précédent et, si rien n’est fait pour arrêter la progression inexorable de cette destruction intentionnelle ou calculée, notre avenir et surtout celui des générations futures symboliseront de façon sinistre l’enterrement de tout espoir de paix et de développement coulé en une chape de béton. Tandis que ces deux clans mettent en scène leur combat, il est aisé d’observer que leurs positions respectives ne font que se renforcer.

Dans une guerre entre deux partis, celui qui renforce sa position le fait automatiquement au détriment de l’autre. Ce n’est pas le cas ici. Ce qu’ils gagnent de territoire, de pouvoir, c’est à nous, aux hommes, aux femmes, « civils », « autochtones », ou à la nation qu’ils le prennent. Le combat qu’ils prétendent se livrer l’un l’autre est vraiment une guerre menée contre nous. Une guerre de conquête dont nos lieux de vie et notre esprit est le champ de bataille, celui de leurs expériences.

N’est-ce pas terrifiant, de penser que si nos ennemis n’apparaissent jamais en personne, ce n’est pas parce qu’ils se cachent, mais qu’ils ont la capacité de faire de chacun de nos corps l’antenne-relais de leurs intentions ? Pour nous condamner à accomplir, dans notre travail, le processus de notre propre destruction et donc de notre nation? Ne sommes-nous pas, un cas avéré, et hautement contagieux, de possession? De possession collective ?

Une gigantesque opération, non pas secrète, mais à ciel ouvert, de manipulation mentale, d’influences comportementales par les médias aux ordres, la propagande, les intrigues et les conspirations externes et internes. N’est-ce pas par l’esprit que nous sommes enchaînés ? Les choses que nous nous empêchons de faire ou de penser, ne sont-elles pas d’abord arrachées à la racine par un conditionnement permanent, écrasant, de notre pensée ? Le décalage entre nos discours, nos valeurs et nos actes est tel qu’il révèle de notre part, une soumission et par voie de conséquence, une collaboration insidieuse. Quelle force peut nous conduire à un tel déni, et nous condamner à une telle impuissance, si ce n’est un genre d’envoutement, une espèce d’addiction ou une absence de dignité ?

C’est par notre fragilité et parfois notre précarité (surtout matérielle), par notre corps que cet esprit existe, c‘est par nos actes qu’il prospère et par nos paroles qu’il s’exprime. Cet ennemi, ne le cherchons pas trop loin, ne lui prêtons pas les traits du diable. Il s’est bien souvent glissé en nous. L’esprit d’avidité, de revanche, de compétition, de négation, cette absence de lutte pour nous sortir de cette ornière, cette tristesse hargneuse qui se réjouit de chaque nouveau malheur, nous le connaissons tant que nous avons même parfois bien du mal à nous en dissocier. Et ce n’est pas la furie barbare de quelques uns, mais la torpeur de tous, cette paresse ennuyée, cette indifférence nonchalante et dépressive, cette apathie hantée de gestes mécaniques et presque détachés, qui entraîne notre nation et nous dans la chute (le gouvernement N°2 de Nkoghé en est l’illustration parfaite et la restructuration du PDG l’exemple parfait).

En sus, ces images qui militent pour la théorie du complot : les audiences accordées aux ambassadeurs, aux maires, les visites des Présidents des pays amis, le discours à la nation de 7 minutes finement monté d’un Président qui ne fait nullement mention des évènements du moment (Coup d’état manqué, grève des lycéens et collégiens, kévazingogate, outrage aux bonnes mœurs avec le scandale des filles vierges,  Le paiement des retraites), renforcent davantage une situation inédite et surréaliste. Autre étrangeté, que dire de la purge qui a balayé au fil du temps sa camarilla (autant ses hommes de mains que ses amis qui lui ont permis de conserver le pouvoir en 2009 et 2016) Démolie et éclaboussée, impensable jusqu’à ce dernier remaniement qui vient d’expurger les toutes dernières toiles d’araignée qui encombraient encore le grenier.

Nous le savons et n’avons rien oublié, le monde entier aussi : depuis son intronisation en 2009 et surtout depuis que 3M lui a offert une impunité totale, Ali a présidentialisé à outrance la pratique institutionnelle. Il était partout, il était tout. Il présidait, il gouvernait, il inspirait, il recevait, il dirigeait, il mettait en oeuvre, il contrôlait, il nommait, il tranchait. Il ne se contentait pas d’avoir des idées, il voulait le monopole de l’idéation. Chaque moment était à son compte un événement, chaque intuition devenait une initiative, chaque arbitrage, un ordre, chaque décision, un spectacle médiatique. Ali avait toujours affiché une irrépressible fringale de pouvoir.

Il est dans toute observation un point d’orgue, un moment de flottement où les odeurs et les envies se mélangent, comme si ce moment-là comportait une interrogation, porteuse de doutes et en même temps des certitudes mais, toute certitude qui se retire de notre conscience l’alourdit d’une nouvelle interrogation. Alors osons. Sur la base des constats ci-avant évoqués et des étrangetés comportementalles d’un homme supposé guéri et en pleine forme, qui gouverne le Gabon si ce n’est plus lui?

En matière de révolte, aucun de nous ne doit avoir besoin d’ancêtres. Devant tout pouvoir qui exige soumission et sacrifices de toute nature, la tâche du peuple est l’irrespect, l’effronterie, l’impertinence, l’indiscipline et l’insoumission. Rebelle et désobéissant, et bien que convaincu du caractère désespéré de sa tâche, il se doit d’incarner la résistance devant le Léviathan et ses porteurs d’eau. Ne sommes-nous pas arrivés au point où la subversion est le dernier espoir, la légalité n’étant plus qu’une imposture.

Arthur N’doungou,

Commissaire National à l’Union Nationale

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