mardi,24 novembre 2020
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Gabon: quand la Primature se rend coupable d’entrave à la liberté d’opinion

Par le biais d’un communiqué de presse parvenu à Gabon Media Time, la Primature s’est vautrée dans l’obstruction en pondant une communication dans laquelle, elle accuse, sans preuve, la presse d’être à l’origine d’une cabale dirigée contre l’actuel chef du gouvernement Rose Christiane Ossouka Raponda. Une gaucherie d’une maladresse inouïe de la communication gouvernementale, qui par méconnaissance ou par excès de zèle, peutêtre, vient de se rendre coupable du délit d’entrave à la liberté de la presse consacrée par la Constitution. 

Dans un communiqué parvenu à la rédaction de Gabon Media Time, la Primature s’est offusquée de ce que « depuis quelques jours, une recrudescence des attaques par voie de presse et sur les réseaux sociaux orientées contre la personne du Premier ministre, Chef du gouvernement, Rose Christiane Ossouka Raponda » avant de se lancer dans une litanie des compétences d’Ossouka Raponda et de son parcours politique, comme si cela suffisait à annihiler les évidences dont les Gabonais sont de plus en plus conscients et les difficultés abyssales avec lesquelles le nouveau Premier ministre, certainement par méconnaissance des usages de la communication institutionnelle, tente d’apprivoiser la Primature. 

Rose Christiane Ossouka Raponda oubliet-elle qu’elle est Premier ministre et qu’en tant que numéro 2 de l’exécutif, ses sorties, actions activités sont épiées ? Que justifie une telle sortie de la Primature ? Jean Paul Marat disait « La liberté de tout dire n’a d’ennemis que ceux qui veulent se réserver la liberté de tout faire. Quand il est permis de tout dire, la vérité parle d’elle-même et son triomphe est assuré ». 

Il est connu de notoriété publique que le rôle de la presse, sa liberté et son indépendance sont consubstentiels et primordiaux à l’expression de la démocratie pluraliste. L’arrêt de principe de la CEDH Goodwin c/ Royaume Uni du 27 mars 1996 avait consacré l’idée selon laquelle les journalistes sont des « chiens de garde de la démocratie » dès lors qu’ils fournissent des informations sérieuses sur des questions d’intérêt général. Pour parler prosaïquement, le rôle de la presse est de permettre l’essence de la démocratie et la critique des actions et activités des personnalités politiques. Rose Christiane Ossouka Raponda est une personnalité politique. 

C’est au regard du caractère fondamental de cette liberté et au nom de notre attachement le plus absolu dans la force des principes, que notre constituant va consacrer dans son titre préliminaire DES PRINCIPES ET DROITS FONDAMENTAUX, un article 1er dont l’alinéa 2 dispose « les libertés de conscience, de pensée, d’opinion, d’expression, de communication… sont garanties à tous, sous réserve du respect de l’ordre public ». Une liberté d’expression admise conventionnellement comme corollaire de la liberté de la presse.

D’ailleurs la loi n°19/2016 du 09 août 2016 portant Code de la communication, a, dans l’une de ses dispositions, précisé le cadre et le contexte dont les velléités de restreindre la liberté de la presse apparaissent clairement. En effet, fondé sur des dispositions dudit Code, l’article 11 dispose que « Toute censure en matière de communication en dehors des cas prévus par la loi, constitue une violation des droits de l’homme ». Et l’article 1 du présent article de préciser « Toute intervention tendant à restreindre ou suspendre directement ou indirectement, la liberté de la presse écrite, de la communication constitue une  entrave à la liberté de communiquer ». 

En pondant ce communiqué, la Primature dorénavant dirigée par Rose Christiane Ossouka Raponda, sans réticence tord le cou à la liberté d’opinion et partant à la liberté de la presse. Des principes édictés par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 article « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ». 

Le Chef du gouvernement Rose Christiane Ossouka Raponda est chef de l’administration civile et militaire. Lorsque la Primature dont elle a la charge se plaint de ce que le Premier ministre est l’objet d’une cabale, cela pourrait sonner aux oreilles des tenants de la haute hiérarchie civile et militaire comme un appel à la mise en branle des leviers du pouvoir, aux fins de restreindre la liberté d’expression qui se manifeste par voie de presse, c’est-à-dire à travers ses canaux, notamment les journaux papiers, la presse en ligne et audiovisuelle. 

Cette liberté de la presse, fruit d’âpres négociations et obtenue au forceps au cours de la Conférence nationale de 1990, assemblée de toutes les forces vives de la Nation qui avait pour but de mettre fin au monopartisme et de prôner le retour au multipartisme en vigueur dès 1960, année de l’indépendance du Gabon jusqu’à 1967. Cette liberté reconnue par la Constitution par le truchement des textes internationaux à valeur constitutionnelle tels que la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen du 26 août 1789, la Déclaration universelle des droits de l’Homme du 10 décembre 1948, la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples du 26 juin 1981 et enfin, la Charte nationale des libertés du 26 juillet 1990. 

Consacrée aussi bien par les textes à valeur internationale contenus dans le préambule de la Constitution auxquels le peuple gabonais a solennellement affirmé son attachement et qui constituent avec la Constitution ce qu’il est convenu d’appeler le bloc de constitutionnalité, la liberté de la presse doit être respectée au Gabon. 

Rose Christiane Ossouka Raponda en a conscience et doit l’accepter car cette liberté est garantie et pérennisée par Ali Bongo Ondimba, président de la République, cheville ouvrière de l’Etat de droit et garant du respect de la Loi fondamentale.  Sauf à croire que par ce communiqué, le Premier ministre offre une présentation inaugurale de sa méthode et de la teneur des relations qu’elle souhaite nouer avec le presse locale. 

 

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Pharel Boukikahttp://gabonmediatime.com/
Titulaire d'une Licence en Communication, d'une Licence en Economie et Gestion et d'un Master en droit Privé, mon appétence pour le journalisme est mise en exergue au quotidien à travers mes analyses sur Gabon Media Time dont je suis le Rédacteur en Chef.
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