Gabon: Pour conjurer le mauvais sort, l’abbé Ondo Mintsa suscite une neuvaine de prière

l’abbé Ondo Mintsa à l'initiative d'une neuvaine de prière pour conjurer le mauvais sort © D.R

Ce samedi aura lieu à la Chapelle St Laurent au siège du Secours Catholique 106 rue du Bac à Paris, la célébration d’ouverture de la neuvaine pour « la libération du Gabon et la réconciliation nationale ». Quelques heures avant cette manifestation, nous avons rencontré l’abbé Ondo Mintsa en France, l’initiateur de ce projet, pour un entretien exclusif. Lecture !

GABON LIBREVILLE

Abbé Bruno Ondo, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Il n’est pas toujours évident de parler de soi. Mais pour faire simple, je vais aller à l’essentiel : Gabonais, originaire d’Oyem dans le Woleu-Ntem, je suis prêtre membre du presbyterium d’Oyem vivant actuellement en France. Outre Mitzic où j’ai débuté mon ministère, j’ai eu la joie de servir à Booué dans l’Ogooué-Ivindo, à Bitam et pour un laps de temps à Minvoul et Bissok. Je connais à peu près tout le Gabon pour l’avoir visité à différentes occasions et j’aime profondément mon pays. Expert en droits de l’Homme et action humanitaire, je suis membre actif de la société civile africaine en France pour la promotion de la démocratie, des droits humains et de la culture de la paix. Voilà en résumé qui est l’Abbé Ondo Mintsa !

Pourquoi initiez-vous « une neuvaine de prières pour la libération du Gabon et la réconciliation nationale » ?

 Au-delà de mon engagement militant pour les droits de l’Homme, la justice et la paix, j’essaie de maintenir l’équilibre avec ma vie intérieure. C’est ainsi qu’il m’arrive très souvent de consacrer certains week-ends pour me ressourcer dans un monastère. Lors de ma dernière retraite spirituelle, je suis sorti du monastère avec la résolution d’inviter le Peuple à organiser une révolution spirituelle dans le pays pour briser toutes les abominations en cours dans le pays et briser les chaînes mystiques, mentales qui accablent le peuple gabonais aujourd’hui. En somme, le sombre tableau actuel du pays ne peut laisser personne indifférent et j’estime que les dimensions spirituelle et mystique ont toute leur place dans les clameurs du Peuple gabonais aujourd’hui. Sachant que « prier ce n’est pas demander mais se mettre entre les mains de Dieu », disait mère Theresa, par cette neuvaine, j’entends remettre le Gabon entre les mains de Dieu. Voilà pourquoi j’invite à une grande mobilisation du peuple de Dieu qui est au Gabon sans distinction aucune. Ensemble, nous allons allumer la flamme de l’espérance pour notre mère patrie, le Gabon !

Quel est le déroulement de cette neuvaine de prières ?

 La neuvaine c’est avant tout une prière que nous faisons pour une intention précise, pour dénouer une situation, durant neuf jours. Pour la présente neuvaine, notre intention c’est « la libération du Gabon et la réconciliation de ses filles et fils ». Comme toutes neuvaines, les fidèles devront donner en offrande sincère une privation en guise de sacrifice durant cette période, en fonction des situations individuelles. Pour le déroulement proprement dit de la neuvaine, nous avons réalisé un petit support disponible sur le groupe Facebook « Neuvaine pour la libération du Gabon » auquel tout le monde peut adhérer.

Sachant que le diable n’a pas de religion, que le mal qui ronge le pays n’a pas de groupe et que la prière n’a pas de frontière, il n’est nul besoin de préciser ici que ce n’est pas une affaire particulière des catholiques mais de tous. Voilà pourquoi nous avons réalisé un support qui tienne compte de tous. Mais le diable qui ne cesse de semer le venin de la division ne manquera pas de susciter des divisions et des replis de tous genres autour de cette neuvaine sans compter les persécutions et autres attaques dont certains feront l’objet. Tout ceci est normal dans un combat spirituel lorsque le diable se sent menacé. Aux fidèles du Christ de ne point reculer ou lâcher prise. Toutes ces agitations que vous observerez sont celles d’un coq qui vient d’être égorgé ! Inondez notre toile, notre page Facebook, de témoignages que vous vivrez au long de ce combat spirituel ! Inondez vos paroisses d’intentions de messes pour « la libération du Gabon et la réconciliation nationale », ainsi que vos groupes et assemblées de prières ! Vivez cette neuvaine en famille avec vos enfants ! De nos yeux, nous verrons la gloire de Dieu se manifester dans notre pays grâce à la puissance de la prière.

Face à la crise dans laquelle le pays est plongé actuellement, le président d’Ensemble pour la République (EPR) a proposé le 12 janvier à Libreville, la tenue d’un « dialogue national réellement inclusif ». Votre réaction ?

Depuis 2011, une bonne partie de l’opposition gabonaise et, à raison, réclame une conférence nationale souveraine. Actuellement, après les dernières élections présidentielles de 2016, d’autres formations politiques ont proposé la même chose. Malheureusement on a vu les différents camps s’asseoir, chacun dans son corps de garde pour s’entendre dire des choses. Et il nous a été demandé d’appeler tout cela des dialogues. Tout dialogue est un vrai moment de communion entre égos qui ont fait le choix de s’accepter, de s’écouter et de se mettre au service de la vérité, de la justice et du bien commun. Il dépasse donc de simples frustrations électorales. Mieux, sa place de choix serait avant des échéances électorales au risque de s’installer définitivement dans des apories imposées par la logique des vainqueurs ou du plus fort.

Par ailleurs, l’histoire de l’humanité devrait parfois nous servir de rétroviseur pour avancer vers l’avenir. Dans cette histoire, nous découvrons qu’à l’issue de chaque conflit, chaque guerre, les ennemis d’hier finissent toujours par s’asseoir et se parler. Aucun peuple n’a jamais évolué dans la division, la dispersion et la haine. Toutefois, inviter au dialogue c’est bien mais créer les conditions d’un vrai dialogue, inclusif, c’est encore mieux. Le prêtre est par essence un apôtre de la réconciliation. Mais toute réconciliation suppose une remise en cause, l’aveu de ses fautes et la ferme résolution de ne point recommencer. La paix des canons, imposée par la force et la terreur n’a jamais été une solution et personne ne peut aimer son pays et y alimenter la haine. Pendant que les uns réclament la pacification du pays, les autres affûtent les armes et aliment la répression, l’injustice, le déni de vérité et l’accaparement des biens du pays. Avons-nous conscience que nous finirons tous sous peu dans une tombe et que tout ce que nous aurons amassé et même le pouvoir resteront à défaut de finir dans les termitières ? Tellement de belles choses sont dites par les génies de ce pays mais il est temps de passer à l’action.

Me Louis Gaston Mayila et certains de ses pairs de l’opposition militent pour « une transition de deux ans pour mettre le pays sur les rails ». Tandis qu’un autre avocat, Me Paulette Oyane Ondo propose, elle, prône la mise en place de la transitologie pour bâtir un autre Gabon à l’aune de nos attentes. A votre avis, ne serait-il pas temps de s’asseoir autour d’une table pour rebâtir les fondamentaux de notre vivre ensemble ?

Toutes les propositions de sortie de crise ont le mérite d’exister et ont pour dénominateur commun la recherche du bien du pays. De ce fait, elles sont toutes louables. A l’opposé, je m’interroge sur le bien-fondé des injures proférées à l’encontre de ceux qui proposent d’autres alternatives. Je suis conscient de l’héritage de la pensée unique passé parfois dans nos gènes, mais il ne me vient pas à l’esprit d’avoir un compatriote prix Nobel de la stratégie. La preuve est palpable : le pays traverse une crise inédite et les lignes ne semblent pas bouger dans le bon sens. Alors il faut oser le pari de l’unité, taire nos égos, surseoir nos agendas pour sauver la patrie.

Comme je l’ai dit plus haut et dans mon audio invitant à la neuvaine, beaucoup de choses, de belles choses ont été dites par nos brillants compatriotes. Mais à quoi sert-il de dire sans faire ? Il est très urgent aujourd’hui de créer les conditions d’un changement de paradigme pour passer de la critique stérile, de la réflexion creuse, des commentaires inutiles, à l’action transformatrice pour un Gabon plus humain, plus juste, plus démocratique et plus fraternel. Hélas, beaucoup de nos acteurs politiques semblent avoir d’autres agendas. Mais j’ai foi au génie de ce peuple et, surtout, en la force vivifiante de l’Esprit Saint qui brisera toutes les résistances mises en place par les forces occultes et ténébreuses.

S’il vous était donné de décliner un plan stratégique pour la restauration du pays, quel serait votre axe central ?

Aujourd’hui des plans stratégiques, des slogans et d’autres gadgets politiques sont fièrement commandés dans des cabinets d’experts. Tout ceci c’est pour faire beau et se vendre. Pour faire un plan stratégique visant la restauration du Gabon, notamment sa dignité, son indépendance et son développement, il me paraît important de rappeler que la superficie du Gabon fait quasiment la moitié de la France qui dispose de plus de 65 millions d’habitants alors que le Gabon n’en compte même pas 2 millions. Ce qui signifie que notre pays peut accueillir 30 millions de personnes sans se marcher dessus. Mais la faiblesse démographique qui n’est guère un atout, a conduit les dirigeants de ce pays à sacrifier les citoyens au profit des matières premières. Ce fut le règne de l’argent roi. Ainsi, pour nos dirigeants et nos partenaires, le Gabon c’est avant tout son pétrole, son bois, son manganèse mais jamais, sinon accessoirement les Gabonais(es).

La conséquence logique de cette situation c’est que le Gabonais n’est point au centre des priorités de son gouvernement. Regardez, à titre d’exemple, ce qui se passe dans les aires protégées du Gabon, notamment les conflits entre nos concitoyens et les éléphants. Le législateur a prévu, à juste titre, des mesures répréhensibles contre les citoyens dans leurs conflits avec les bêtes qui menacent pourtant leurs productions agricoles, leurs habitats, leur sécurité. Mais quelles sont les mesures compensatoires, d’accompagnement pour les populations vivant dans ces zones et victimes des méfaits de la cohabitation avec les bêtes ? On protège l’animal et on laisse les citoyens à la merci de la nature. Les enseignants et autres agents de l’Etat peuvent passer toute l’année à grever sans problème mais jamais ceux du pétrole, du manganèse ou du bois.

Ne se sentant pas citoyen, acteur majeur de son économie et de son pays, le Gabonais se résout à être simple spectateur de son histoire, de son avenir. Pour y remédier et provoquer une révolution copernicienne, il faut remettre l’homme au cœur de la politique et du développement. Ainsi, l’après pétrole du Gabon pourra se construire essentiellement sur la promotion de la qualité humaine. Ceci passe par la mutation de nos offres de formation et d’enseignement et la valorisation réelle du potentiel humain. A travers le développement des pôles technologiques et scientifiques, le Gabon pourra amorcer dignement sa transition et passer de la croissance noire à la croissance verte.

Nous devons tous être conscients de la prédominance de la matière grise sur les matières premières : Nous sommes aujourd’hui si pauvres malgré nos importantes richesses naturelles qui profitent à ceux qui ont investi sur les matières grises. Il est donc logique d’inverser la tendance qui permettra de résoudre durablement le mal du Gabon tant sur le plan politique, économique que social. En somme, le principal pilier pour tout vrai développement durable c’est l’homme. Avec ce postulat, toutes les crises trouvent leurs solutions.

Certaines personnes considèrent que vous êtes devenu un acteur politique. Qu’en dites-vous ?

Dans son sens propre ou premier, la politique c’est avant tout l’art de gérer la cité. De ce point de vue, je me considère comme faisant effectivement de la politique parce que je suis citoyen, c’est-à-dire habitant actif de la cité, impliqué dans la vie de la cité. Ainsi, on peut affirmer sans risque de se tromper que tout citoyen est politique mais pas politicien.

Cependant, s’il s’agit de politique comme stratégies et moyens d’action pour accéder et exercer le pouvoir, j’avoue ne pas avoir cette prétention aujourd’hui même si plusieurs amis aussi bien gabonais que français me l’ont souvent proposé. Pour participer à la construction de notre maison commune, la patrie, il n’est point besoin de devenir nécessairement acteur politique. Comme dans un chœur, chacun doit exécuter le mieux possible sa partition pour garantir l’harmonie de la chanson. Il est vrai que tout le monde s’imagine déjà Ministre dans ce pays. Mais tout le monde ne peut pas l’être non plus. L’important aujourd’hui c’est de se dire que si je suis balayeur de rue, que je le fasse le mieux possible pour honorer ma patrie. Que chacun à son niveau pose la brique digne du Gabon de ses rêves.

S’agissant de mon statut ecclésiastique souvent sous-entendu dans cette question, je voudrais juste rassurer que plusieurs prêtres dans l’histoire politique du monde ont exercé et exercent encore des mandats électifs dans certains pays. Au Gabon, certains se sentent mal de voir un prêtre parler des problèmes de la nation tout en accusant le silence de l’église. C’est normal et Dieu lui-même affirme que « mon peuple périt faute de connaissance ». Si le prêtre ne se met pas au service des opprimés, des plus faibles, de la justice, la paix, à quoi lui sert-il d’exercer le sacerdoce puisque ces questions sont au cœur de la doctrine sociale de l’Eglise ?

L’abbé Bruno Ondo, pourquoi l’Église catholique est-elle si engagée auprès du peuple au Congo Kinshasa et très discrète au Gabon ?

La plupart des médias qui m’interrogent ces derniers temps reviennent tous sur cette question. Et dans le même temps, beaucoup de nos compatriotes et amis du Gabon ne cessent de m’interpeller  à ce sujet. Il faut déjà retenir que chaque église particulière est faite d’une histoire, d’hommes et de femmes évoluant dans un contexte et à une époque donnée. Notre église au Gabon n’a jamais été très engagée sur des questions politiques. Ceci s’explique aussi du fait que le clergé autochtone ne s’est réellement constitué qu’après le passage du Pape Jean-Paul II devenu saint aujourd’hui. Ceux qui étaient là, nos missionnaires, à quelques exceptions près, ont priorisé l’évangélisation, les constructions des églises, écoles etc. Aujourd’hui, entre autres défis à relever, notre jeune clergé a besoin de se faire son identité et décliner son horizon en phase avec les soifs profondes et légitimes des fidèles du Christ qui sont au Gabon.

Loin de moi l’idée de défendre et justifier notre silence, j’essaie juste de nous inviter à comprendre ce qui pourrait expliquer ce qui nous est reproché aujourd’hui contrairement à l’église catholique en RDC. Cependant, il ne vous est pas sorti de la tête que l’Archevêque de Libreville a rompu le silence il y a quelques jours en invitant toute la nation à plus de vigilance et à être bâtisseurs de paix.

Enfin, je considère tout de même que l’église du Gabon n’est pas silencieuse dans la mesure où je suis membre de cette église. Tout comme moi, à mon petit niveau, plusieurs autres prêtres, dans leur paroisse, interpellent et invitent au respect des valeurs évangéliques. Je comprends que vous auriez souhaité que ces paroles soient portées par nos évêques. Cela s’entend et je reste persuadé que cela ne saurait tarder.

Votre mot de fin !

Je voudrais tout d’abord dire merci à votre journal qui est venu jusqu’à moi pour m’accorder cette interview. Je vous souhaite beaucoup de courage sur les sentiers de la vérité souvent semés d’embûches.

Pour conclure, je voudrais revenir sur l’essentiel de mon action aujourd’hui, à savoir mobiliser une armée d’intercesseurs pour sortir le Gabon notre pays des griffes du démon à travers cette neuvaine qui débutera le 26 janvier prochain et s’achèvera le 3 février. Beaucoup de fidèles se sont déjà manifestés pour vivre ce moment de prière : aux USA, en France dans plusieurs villes, en Belgique, en Italie, au Luxembourg et au Gabon. Vous serez tenté par le découragement et vous affronterez beaucoup d’obstacles, de tentations. « Résistez avec la force de la foi » nous dit Saint Paul. Moi-même je fais déjà l’objet de beaucoup d’attaques et intimidations de la part des esprits qui se sentent menacés. Le Christ n’a pas reculé devant sa croix et derrière chaque croix se cache la résurrection.

Des élèves en transes dans des écoles, l’accroissement des décès (notamment de jeunes et des personnes issues des forces de sécurité et de défense, de médias), des pratiques dignes de Sodome et Gomorrhe, l’intensification de la violence, l’amour exacerbé de l’argent et du pouvoir, le fétichisme, la magie noire, sans être exhaustif, sont autant d’éléments et d’indicateurs d’accaparement du Gabon par les forces occultes. Pourquoi choisir de périr alors que nous avons un Sauveur et Libérateur ? Levons-nous et levons les mains au ciel, brisons la tête folle d’orgueil du serpent venimeux au nom de Jésus et que le Dieu des armées vienne combattre à nos côtés. Peuple de Dieu qui est au Gabon, sachons surtout que les vraies prières passent par les œuvres. En effet, « Dieu qui nous a créées sans nous, ne nous sauvera pas sans nous » dit Saint Augustin. Ensemble, rallumons la flamme de l’espoir pour notre nation et devenons des citoyens dignes du Christ dans nos milieux professionnels, en famille afin que le malin ne se serve plus de nous pour asservir notre peuple.

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