Gabon : Moukagni Iwangou soupçonné d’extorquer des fonds aux chefs d’établissements supérieurs privés

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Facture de 1,5 million payée au cabinet du ministre avec cachet du directeur de cabinet de Moukagni Iwangou © D.R/GMT.

Le vice serait-il en train de l’emporter sur la vertu au ministère de l’Enseignement supérieur ? C’est ce que l’on serait tenté de dire au regard des informations qui nous parviennent de ce département tenu par Jean De Dieu Moukagni Iwangou. En effet, plusieurs chefs d’établissement ont été sommés de payer 1,5 million par filière au cabinet du ministre, après avoir versé 1,2 million FCFA au Trésor public pour les frais de fondation, d’ouverture et de création de cycles et filières. Si la question de la légalité de la commission d’évaluation des établissements se pose avec acuité, celle de la mise à mort d’entreprise en construction laisse perplexe. Contacté à ce propos sur plusieurs jours par appels et sms, le ministre de l’Enseignement supérieur botte en touche.


L’affaire fait grand bruit au sein des établissements supérieurs privés de la capitale. Depuis la diffusion de la liste des 24 écoles supérieures privées appelées à améliorer leur copie, sur les 57 identifiés en octobre dernier par la commission d’évaluation des établissements, c’est un véritable cauchemar que vivent certains responsables desdites écoles. Ainsi, sur les 24 établissements dont les dossiers ont été retenus sous réserve d’un accompagnement d’une commission désignée par le ministère de l’Enseignement supérieur afin de remplir certaines formalités relatives à leurs conformités, nombreux ne savent plus à quel saint se vouer.

Du nonrespect de ses propres procédures et des textes réglementaires 

C’est un fait inédit pour le souligner. Le magistrat hors hiérarchie qui se présente comme un homme d’ordinaire pointilleux sur le respect des lois et textes en vigueur, Jean de Dieu Moukagni Iwangou aurait-il manqué de rigueur dans la gestion du dossier sur l’évaluation des établissements d’enseignement supérieur privés ? C’est ce qu’il semblerait. En effet, annoncés le 6 août dernier, les travaux de la commission ordinaire portant sur l’évaluation des établissements privés d’enseignement supérieur n’ont pas été suivis d’un texte encadrant le fonctionnement ou la désignation des membres de ces assises.

 A aucun moment ni les chefs d’établissement ni les partenaires sociaux n’ont été édifiés sur la nature des critères prédéfinis par la loi concernant l’habilitation à fonder un établissement supérieur et l’habilitation à ouvrir un établissement supérieur privé. Conséquence, nombreux sont les responsables des écoles supérieures privées qui ont été surpris par la décision du ministère de l’Enseignement supérieur lequel n’a d’ailleurs pas procédé aux visites prévues dans lesdits établissements pour y vérifier les installations et autres plateaux techniques. Comment le ministère de l’Enseignement supérieur a-t-il pu se rendre compte de l’existence réelle des établissements sans visites préalables ?

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Outre cette négligence, le ministre de l’Enseignement supérieur semble avoir balayé d’un revers de la main certains aspects de la loi N°21/2011 portant orientation générale de l’éducation, de la formation et de la recherche qui désigne le Conseil national de l’Education, de la Formation et de la Recherche (Cnefor) comme étant la plus haute instance nationale en matière d’éducation, de la formation et de la recherche. Elle a pour mission d’évaluer la mise en œuvre des offres de formation, des projets d’infrastructures et d’équipements, dans l’enseignement, la recherche et la formation.

Pire,  la désignation des membres de la commission habilitée à accompagner les établissements dans leur mise en conformité s’est faite sur des critères fallacieux et au détriment de la Direction des grandes écoles qui regorge pourtant de cadres expérimentés. Ainsi, un conseiller technique du ministre de l’Enseignement supérieur n’ayant pas d’expérience professionnelle dans le milieu de l’enseignement supérieur ni dans l’administration se voit confier la charge de contrôler la validité des établissements. Sous quels critères ? Seul Moukagni Iwangou  saura y répondre.

1,5 million pour le cabinet du ministre et 1,2 million pour le trésor public

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Facture du paiement des frais d’ouverture de la filière auprès du cabinet du ministre de l’Enseignement supérieur © D.R.

Autre fait important à souligner, les responsables d’établissement ont été confrontés à un double paiement des frais de création. En effet, après la diffusion de la liste des établissements non habilités à fonder, le ministère de l’Enseignement supérieur s’est lancé dans une sorte de traque contre les établissements pour les rançonner. Selon certaines indiscrétions, il leur a été demandé de payer 1,5 million de FCFA par ouverture de filière au cabinet du ministre. « Vous devez payer 1,5 million par filière auprès du Dcaf (Directeur central des affaires financières, NDLR) au cabinet du ministre. Et ils vous remettent une quittance issue d’un facturier que l’on vend chez le boutiquier », a déclaré une source proche du dossier.

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Quitance du trésor public relative aux frais de fondation, d’ouverture et de création de cycle et filière © D.R.

Pourtant, tous les chefs d’établissement se sont acquitté de leurs frais de fondation, d’ouverture et de création de cycles et filières qui s’élèvent à 1,2 million de FCFA. Une somme qui a été directement versée au Trésor public. De plus, alors que le Trésor public encaisse un versement unique pour l’ensemble des filières, le cabinet de Moukagni Iwangou exige des versements variant en fonction du nombre de filières proposées par les écoles supérieures privées. Ce qui sous-entend qu’une école qui a 10 filières, devra verser 15 millions de FCFA au cabinet du ministre, en plus de la somme de  1,2 million déjà déposée au Trésor public. 

Pour cet observateur, cette situation n’est plus ni moins qu’une affaire de gros sous que tenterait de se faire le cabinet du ministre de l’Enseignement supérieur, Moukagni Iwangou. « On marche sur la déontologie administrative depuis le début. Il n’y a aucun respect des textes en vigueur. Quel est le texte réglementaire qui crée la Commission mise en place par le ministre de l’Enseignement supérieur ? », s’est-il interrogé, avant d’ajouter que malgré l’habilitation à fonder, « les établissements ne sont pas sûrs d’ouvrir ».

Pour un autre observateur averti, Moukagni Iwangou serait « un habitué du genre ». L’homme ne serait pas à sa première manœuvre dans les malversations.« Il semblerait qu’en 2014, le ministre de l’Enseignement supérieur se soit illustré par une fraude lors de son élection contestée à la tête de la Fédération gabonaise de football. Accusé par son adversaire d’alors, d’avoir truqué le scrutin par une fraude massive », a-t-il confié. 

Contacté par Gabon Media Time, Jean de Dieu Moukagni Iwangou n’a pas voulu répondre à nos questions, ni par appel téléphonique ni par Whatsapp où nos messages ont bel et bien été lus. Comment expliquer une telle situation venant de celui qui a toujours mis un point d’honneur aux choses bien faites et ce, dans le respect strict de la loi ? Le vice l’a-t-il emporté sur la vertu ? L’on ne saurait y répondre. Affaire à suivre. 

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