Gabon: pourquoi Magloire Ngambia n’a pas comparu devant la Cour criminelle spéciale

Le collectif des avocats de Magloire Ngambia © D.R

Appelé à la barre à l’occasion de la reprise des activités de la Cour criminelle spéciale (CCS) ce mercredi 13 mars 2019, l’ancien ministre des Infrastructures, de l’Habitat, de l’Aménagement et du Territoire Magloire Ngambia n’a pas pu comparaître devant ladite juridiction car il n’a pas été extrait de sa cellule de la prison centrale de Libreville. Une situation qui a provoqué une colère noire de son premier président Paulette Ayo Mba épouse Akolly.  



C’est ce mercredi que devait s’ouvrir le procès de l’ancien membre du gouvernement devant la CCS pour les chefs d’accusation « d’association de malfaiteurs, violation des procédures de gestion, de paiement frauduleux sur les fonds publics de biens incomplètement livrés, de faux et usage de faux (et) de paiements excessifs pour des services effectués ». Sauf que cette audience tant attendue a accouché d’une souris après l’absence constatée de l’accusé à la salle d’audience.

Prévu se tenir à 10 heures précise, c’est quarante cinq minutes plus tard que le premier président de la Cour est arrivé. Devant les Conseillers de Magloire Ngambia, ceux de l’Etat gabonais et du parquet général, cette dernière s’est fendue d’une déclaration virulente à l’encontre du principal accusé. « Comme vous le constatez, je suis dans l’incapacité d’ouvrir la session de la Cour criminelle, parce que monsieur Ngambia a refusé de se présenter », a-t-elle martelé devant une assistance composée d’une cinquantaine de personnes.

Pointant du doigt « des forces obscures qui ne veulent pas faire avancer la justice gabonaise » qui seraient à la manoeuvre pour que ledit procès ne se tienne pas, Paulette Ayo Mba épouse Akolly a fustigé le comportement de ces  « voleurs de la République » qui détournent « l’argent du contribuable » et  laissent croupir leurs compatriotes dans « la misère ». « Si vous êtes là pour que la justice ne fasse pas son travail, alors vous avez menti.  Moi j’ai été nommée par le Conseil supérieur de la magistrature et donc je prends le peuple gabonais à témoin. Je vous remercie! », a-t-elle conclu avant de sortir de la salle d’audience.

Contacté par Gabon Media Time,  le collectif des avocats de l’ancien ministre représenté par Me Alicia Ondo, a souligné que les raisons évoquées par le premier président de la Cour sont inexactes. Pour cause, c’est le procureur général de la Cour criminelle qui ne se reconnaît pas dans les actes posés par cette dernière. « Quelqu’un qui est sous la main de la  justice peut il refuser de se présenter à l’audience? En réalité, c’est le procureur général de la Cour criminelle spéciale qui est censé présenter les détenus devant la juridiction de jugement. L’absence de l’accusé se justifie simplement par le fait que le procureur général de la Cour criminelle ne se reconnaît pas dans les actes posés par la présidente en ses lieu et place. Et c’est ce procureur qui a décidé de ne pas extraire monsieur Ngambia et non lui qui a refusé de sortir », a-t-elle confié.

Autre élément ayant contraint le procureur général à ne pas procéder à l’extraction du prévenu,  la nécessité de revoir la composition de la Cour. En effet, les magistrats qui siègent au sein de ladite juridiction ne sont pas les mêmes nommés par le décret instituant la Cour criminelle spéciale, certains ayant d’ailleurs été affectés dans d’autres juridictions ou parquet. Une position qui s’explique donc par la nécessité d’éviter que les arrêts que rendra cette juridiction soient entachés d’irrégularités.

Pour rappel, Magloire Ngambia avait été  incarcéré le 10 janvier 2017. Il est poursuivi pour détournement de fonds publics dans le cadre du dossier relatif au tronçon routier Akiéni-Onga dans le Haut-Ogooué où 60 milliards ont par magie disparus sans que les travaux n’aient jamais débuté, mais aussi des chantiers attribué à l’homme d’affaire Guido Santullo, aujourd’hui décédé.





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