Gabon: Magloire Ngambia, bouc-émissaire d’une opération “Mamba” mort-née?

Présenté dès son lancement comme une opération visant à lutter contre la corruption et faire la chasse aux dépositaires de l’autorité de l’Etat à qui il était reproché d’avoir distrait l’argent public à des fins personnelles, l’opération dite “Mamba” n’est plus que l’ombre de lui même. Si une grande partie des mis en cause, notamment Etienne Ngoubou, Landry Oyaya ou encore Paul Mapessi ont été libérés, certains ont même été réhabilités comme Alain Ndjoubi Ossamy, le prolongement de la détention de Magloire Ngambia laisse songeur. 

L’ancien ministre des Infrastructures, de l’Habitat et de l’Aménagement du territoire serait-il le parfait bouc-émissaire dans le cadre de cette opération anti-corruption très médiatisée? La question vaut son pesant d’or au vue des incongruités entourant le déroulement de la procédure intentée contre ce dernier. Pour cause, alors qu’il partageait encore ses tribulations au sein de la prison centrale de Libreville avec des personnalités telles que l’ancien ministre Etienne Ngoubou, Landry Oyaya, Mohamed Ben Ali ou encore l’homme lige de Guido Santullo, Francis Wassieme, toutes libres, le cas Ngambia demeure incompréhensible. 

Inculpé pour corruption passive, blanchiment d’argent et passation illicite des marchés publics, il avait été placé en détention préventive le 10 janvier 2017. Mais depuis l’ouverture de l’instruction, l’opinion a assisté quelque peu médusée à de nombreuses confusions et maladresses dans les procédures notamment, des violations flagrantes du code de procédure pénale. 

Par la suite, alors que plusieurs prévenus dans ces pseudos affaires de corruption ont progressivement été libérés, toutes les demandes de mise en liberté provisoire simple ou sous caution introduites par l’ancien membre du gouvernement ont été systématiquement rejetées. D’ailleurs pour justifier ce maintien en détention, la Chambre d’accusation arguait l’existence de   procédures ouvertes à l’extérieur du pays contre ce dernier. 

Une position pour le moins ambiguë, alors qu’à la lumière des faits, les dénommés Landry Oyaya, Francis Wassieme ou encore Mohamed Ben font également l’objet de procédures à l’international et sont en liberté provisoire comme par extraordinaire. Pis,  un récent arrêt rendu par la Chambre d’accusation de la Cour Judiciaire de Libreville le 10 septembre 2019 vient d’ordonner la mise en liberté sous caution après le versement d’un montant de 3 millions de Fcfa de l’ancien bras droit de Guido Santullo, Francis Wassieme. Ce dernier avait été inculpé pour corruption active, blanchiment de capitaux, et placé en détention préventive en mai 2017. 

Ses déclarations contre de très hautes personnalités politiques du pays auprès desquelles il était chargé de déposer « les cadeaux » offerts par son chef avaient défrayé la chronique. De même, plusieurs chèques libellés en son nom et contenant plusieurs dizaines de millions avaient été saisis. Pourtant, aujourd’hui, il est mis à la liberté sous caution. 

Des éléments qui devraient susciter dès lors des interrogations. Pourquoi alors que tous les détenus initiaux impliqués dans l’opération Mamba sont en liberté, Magloire Ngambia à la maison d’arrêt. S’agissait-il de réprimer les dérives des prétendus agents publics indélicats ou de créer une situation destinée à neutraliser l’ancien ministre? Mystère et boule de gomme. 

Cette question est d’autant plus pertinente qu’en dépit de l’article 134 du Code de Procédure pénale qui précise que la détention préventive ne peut excéder 18 mois, faute de quoi la personne poursuivie doit être immédiatement remise en liberté sur ordre du Ministère Public, toutes les demandes de mise en liberté provisoire sollicitées par Magloire Ngambia sont systématiquement refusées alors qu’il est en détention préventive depuis 31 mois bien au-delà des 18 mois prévus par la loi.

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