Gabon: l’opération mamba tourne-t-elle au fiasco ?

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Alors que la Cour criminelle spéciale (CCS) ouvrira la 3ème session de ses audiences le 30 octobre prochain, de nouveaux rebondissements dans l’opération anti corruption dénommé Mamba laissent présager un échec patent de son déroulement. En effet, deux présumés coupables de crimes économiques, détenus à la prison centrale de Libreville ont recouvré leur liberté au cours de ce mois, il s’agit notamment dEtienne Dieudonné Ngoubou et de Mohamed Ait Ben Ali.

C’est l’incertitude qui plane désormais sur la poursuite de l’opération anti corruption annoncée comme le moyen de mettre fin au malversation financière dont se rendent souvent coupables certains hauts fonctionnaires. Preuve que ce processus prend de plus en plus l’eau, la remise en liberté sous caution de l’ancien ministre, Etienne Ngoubou le 5 octobre dernier, puis celle de Mohamed Ait Ben Ali 11 jours plus tard, soit le 16 octobre dernier.

Il faut relever que les avocats des présumés délinquants financiers n’ont eu de cesse de faire constater que « les droits fondamentaux de leurs clients ne sont pas respectés ». La mise en accusation, l’incarcération puis la libération de ces derniers, qui avaient fait la une de l’actualité, avaient d’ailleurs laissé planer le doute sur la volonté des plus hautes autorités à mettre un terme à ce phénomène qui a une incidence notable sur les finances publiques.

Outre le nonrespect des procédures, les avocats des accusés estiment illégal le prolongement de la détention de leur clients. C’est le cas de l’avocat de Blaise Wada, Martial Dibangoyi, qui rappelait que « personne ne peut être maintenu en détention au-delà des délais légaux. Ce délai est de 12 mois pour le crime de détournement des deniers publics avant d’être renvoyé devant la juridiction de jugement. Si ce délai est dépassé, la personne doit-être libérée d’office ».

Par ailleurs, le flou réside sur la juridiction compétente pour l’instruction de ces affaires. Alors que l’article 76 de la Constitution précise que « la cour des comptes est la plus haute juridictions de l’État en matière de contrôle des deniers publics », ce sont les officiers de police judiciaire qui ont été chargés de ce dossier. Martial Dibangoyi a tenu à rappeler qu’en cas d’impossibilité institutionnelle de la cour des comptes, « c’est le ministre en charge des Finances qui doit saisir les juridictions compétentes. Lorsque cette disposition n’a pas été respectée, les poursuites sont inutiles […] Or ce n’est pas ce qui s’est passé. La procédure a été viciée ».

Autant d’éléments qui donnent l’impression que la mise en accusation de l’ensemble des personnes citées ne repose sur rien de solide, laissant clairement présager un échec de cette opération, qui a presque pris des allures de règlement de comptes politiques.

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