mercredi,21 avril 2021
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Gabon: l’hommage de Guy Bertrand Mapangou à son «Mentor» Marcel Eloi Rahandi Chambrier

Le décès le 27 novembre 2020 à l’âge de 87 ans à la Polyclinique Chambrier de l’ancien président de l’Assemblée nationale Marcel Eloi Rahandi Chambrier n’a pas fini de susciter des réactions au sein du landerneau politique gabonais, qui a tenu à rendre un hommage à l’une des personnalités qui aura marqué l’histoire politique du Gabon. C’est le cas de l’ancien ministre et député du 1er siège du département de Tsamba-Magotsi Guy Bertrand Mapangou qui, dans une tribune, a tenu à rendre un vibrant hommage à celui qui dans le domaine politique aura été son « mentor ». Ci-dessous l’intégralité de sa tribune. 

« Monsieur le Président, car c’est ainsi que je t’appelais, prononcer un discours face à ta sépulture et en présence de tes plus proches ? Non, je ne le puis ! Non, je ne le puis, parce que je ne pourrais avoir la prétention de soutenir la douleur de celles et ceux qui, comme moi, t’ont profondément aimé ; la douleur de celles et ceux qui ont appris à tes cotés tant de leçons de vie et de combativité. Non ! Je voudrais simplement ici dire ma tristesse. Car ne dit-on pas : « Quand tu es triste, regarde dans ton cœur, et tu verras ce qui te fait pleurer… ». 

Je t’ai suivi sur les traces d’autres Grands Hommes de notre nation, les Présidents Omar BONGO ONDIMBA et Ali BONGO ONDIMBA. Tu m’as appris à arpenter, avec humilité mais avec fierté, le chemin de la loyauté et de la fidélité de tous les instants à ces Grands Hommes.

Mon mentor ! toi père de cœur devenu ! Mon destin d’homme politique en devenir a croisé et emprunté ton sillage quand tu menais le combat, fort de turbulences politiques en ce début des années 90.

C’est à tes côtés que ma frêle personne se trouve cooptée par Marcel Eloi RAHANDI CHAMBRIER à cette époque-là, candidat aux élections législatives au 4ème Arrondissement de Libreville. En effet, tu me choisis pour servir comme Directeur de campagne. Au regard de ton succès électoral sans bavure au premier tour, tu me nommes aux hautes fonctions de Directeur de cabinet du Président de l’Assemblée Nationale que tu deviendras en 1995. Et ce fut ici la rencontre, la confluence des chemins.

Jeune journaliste en activité affirmée, j’ai été mis à une nouvelle école de la vie publique, faite de rigueur à l’ouvrage, de prévision des évènements, de travail sans complaisance et, surtout, de résilience face à l’adversité, face à l’imprévu désarçonnant, face à la trahison de certains proches soldats.

C’est ici que tu me mis le pied à l’étrier. Tu traças mon chemin politique en me conseillant, par la suite, de me projeter pour faire la politique à Fougamou. Aujourd’hui, contre vents et marées, je suis député du 1er Siège de Tsamba-Magotsi. Président, tu as été visionnaire ! En bon tuteur, tu as dévié la trajectoire de mon destin et de mon engagement auprès d’Ali BONGO ONDIMBA, en restant à jamais pour moi un modèle de courage, de sincérité, de loyauté et de fidélité.

Mon entrée dans ton intimité familiale et politique m’a fait découvrir une personnalité exceptionnelle, toujours en avance sur son temps. Il me souvient que tu me disais souvent, je cite : « J’ai bien préparé ma vie et celle de ma famille. Ceux qui pensent que Chambrier est fou, ils se trompent ». Et oui, ils se trompaient assurément ! Car je m’étais bien rendu à l’évidence que tu avais raison. 

Monsieur le Président, je me souviens que c’est avec la bénédiction de ton frère et ami de toujours, le Président Omar BONGO ONDIMBA consulté, que tous les deux vous m’envoyez servir un des cadres de la nouvelle génération de leaders, nouvelle génération en devenir, Ali BONGO ONDIMBA, alors Ministre de la Défense Nationale. A ses côtés, j’ai mesuré les fruits de la rigueur au travail acquise auprès de toi, Marcel Eloi RAHANDI CHAMBRIER.

Que dans cet hommage me soit permis quelques souvenirs particuliers :

Président, Pépé, car c’est ainsi que je t’appelais également, le premier souvenir est le plus récent c’est à Ossengué. Tu m’as rappelé que ton anniversaire, le 1er décembre, était proche. Je t’ai rassuré que cette date est gravée dans mon agenda mémoriel. C’est en effet un 1er décembre, en 1992, que je t’ai rencontré pour la première fois. Tu étais accompagné de celui que j’appelais affectueusement tonton Koula, un de tes amis de l’époque estudiantine.

A l’occasion de cette rencontre exceptionnelle, tu me disais que tu as rencontré Pierre Koula lors d’un match de football entre étudiants, en plein hiver à Paris. Une bagarre éclata entre les joueurs. Et, dans une emphase dont toi seul avait le secret, tu précisais, avec une pointe d’humour enflée, que tu t’en es sorti grâce à tonton Koula « qui cognait dur ». Ce jour-là, j’étais tombé d’admiration pour toi, car tu étais intarissable d’anecdotes croustillantes, caustiques et historiques sur ta vie d’étudiant-militant à la FEANF, de médecin et d’homme politique.

Le second souvenir est l’un des plus vieux. Tu venais quelques soirs dans mon nid. Et, descendant de ta voiture, ta voix de stentor t’annonçait, je cite : « vous deux-là, où êtes-vous ? Je veux manger ! On est allé épouser une fille de Mouila, c’est bien pour manger la bonne banane pilée ». Et, exténué par une longue journée de travail, tu allais t’assoupir un moment en attendant que ta belle-fille te confectionnât un repas, qu’il eût été spartiate ou non. Et quel bonheur pour tes deux enfants de cœur devenus, que celui de voir Jeanne Amélie s’activer à concocter un des mets que tu appréciais tant !  C’est à cette époque que tu veillais à ce que mon épouse, pour laquelle tu avais organisé et officié notre noce coutumière, fût mise dans un cocon de sécurité.  C’est bien cela, la bienveillance de tout père dans ses intrinsèques devoirs de culture.

Dans les présentes lignes, sans avoir la prétention de renchérir sur le bon Vieux Maître Birago Diop, je veux simplement me souvenir de sa sagesse en ces termes : « Les morts ne sont pas morts… Le Buisson en sanglots, l’Enfant qui vagit, les Herbes qui pleurent, le Rocher qui geint, ce sont les pleurs de tes enfants, le souffle du désespoir de ta famille désormais orpheline de leur Patriarche. C’est la peine de ceux qui t’ont aimé, respecté et que tu as tant chéris. C’est l’éternelle douleur de tes enfants restés sur les bords de l’Estuaire du Komo.

Pour ma modeste part, il restera de toi ce que tu as tant donné. Sur les plages de l’Atlantique, j’irai graver ton nom dans les entrailles du sable fin qui a vu naître et grandir tes Aïeux et toi-même. Sur ce sable, nulle écume, nulle marée, nul ressac n’aura force ou outrecuidance de venir effacer le nom Marcel Eloi RAHANDI CHAMBRIER.

Adieu mon mentor ! Adieu l’artiste ! Je ne t’oublierai jamais, Président, Pépé, Mbamba y Mbamba y Antchouet Kowet Roi Denis Rapontchombo pour cette école, merci !

Guy Bertrand MAPANGOU

Député du premier siège duDépartement de Tsamba-Magotsi »

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