vendredi,18 septembre 2020
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Gabon : levée de boucliers du Synamag contre l’Exécutif, un pétard mouillé !

Indignation sélective, contestation et protestation en trompe l’oeil, menace de façade, c’est le spectacle burlesque auquel se livre de façon assez répétitive le Syndicat national des magistrats du Gabon dans sa prétendue volonté de s’insurger contre la mainmise de l’exécutif sur le pouvoir judiciaire. Des sorties à première vue incisives mais frappées dans le fond, et pour la plupart du sceau de la pusillanimité au moment de porter en acte, les résolutions aux relents coercitifs prononcées devant les caméras. Le Synamag fait-il preuve d’une faiblesse impénétrable ou sa pleutrerie n’est-elle que le fruit du procès en compromission intenté contre lui, par certains de ses membres? L’opinion s’interroge.  

Comme à son habitude, pour répondre à l’exigence de formalisme que commande la vie d’un syndicat lorsque ses principes et les idéaux qu’il défend son bafoués par le gouvernement, le Syndicat national des magistrats du Gabon  s’est souvent levé, fidèle à luimême, pour enfiler son habit de contestataire et s’insurger contre les mesures, actes ou initiatives qui non seulement ne cadrent pas avec ses objectifs, mais portent également atteinte à la profession. 

C’était en l’occurrence dans cette configuration que dénonçant, les mesures individuelles prises pendant le dernier Conseil Supérieur de la magistrature, le Synamag avait brandit la menace d’une grève au gouvernement, si ce dernier n’accedait pas sa requête, notamment une demande pure et simple de « l’annulation des dernières mesures du Conseil supérieur de la magistrature extraordinaire au regard de ce qu’il a été organisé en violation flagrante de la loi. La facilité avec laquelle vous l’avez convoqué vous permet d’en convoquer un autre dans les huit jours. Sinon le Synamag se réserve le droit de prononcer la levée immédiate de la suspension du mot d’ordre de grève illimitée lancé, il y a quelques mois. D’où le présent préavis » avait-il déclaré. 

Abondant dans le même sens à l’occasion d’une autre sortie, le Synamag s’était fendu d’une déclaration visant à dénoncer la violation par l’exécutif, de la loi 1293 du 14 avril 1993 fixant la composition, l’organisation et le fonctionnement du Conseil supérieur de la magistrature en réponse aux nominations prises en s’insurgeant de ce que « c’est désormais les services de la présidence de la République qui font les nominations ». Pire ajoutait-il, l’immixtion et l’influence du pouvoir exécutif dans les affaires judiciaires est telle que les magistrats ont désormais « l’impression que tout changement au cabinet présidentiel entraîne convocation d’un Conseil supérieur de la magistrature ».  

Récemment, c’est le président du Synamag luimême qui a dénoncé ces dérives   en reconnaissant la perversion par le gouvernement, du principe  élémentaire  de la séparation des pouvoirs. « Nous dépendons du président de la République qui est en même temps le président du Conseil supérieur de la magistrature. Or la Constitution énonce trois pouvoirs qui sont indépendants les uns les autres. Mais comment le pouvoir judiciaire peut-il être indépendant quand le chef de l’exécutif est à sa tête », avait-il vertement dénoncé. 

C’est une évidence, les magistrats, sont lucides et reconnaissent clairement et objectivement que leur indépendance est constamment menacée par un pouvoir exécutif qui n’a que faire du respect des principes républicains. Une reconnaissance qui s’accompagne souvent des sorties médiatiques du syndicat. Mais c’est bien là le malheur, parce que ces actions, ces prétendues levées de boucliers ne se limitent qu’aux déclarations, à la parlote incessante, sans véritable prise de décisions poignantes, fermes et irrévocables. Pour preuve, Deux mois après la menace de grève, le préavis court toujours, l’exécutif n’a pas révisé sa position, et le conseil supérieur de la magistrature se décrète au gré des envies du Chef, et les nominations à l’emporte pièce au goût du tandem Ali Bongo/ Julien Nkoghe Bekale. 

Mais pourquoi diantre ne réagissent-ils pas avec beaucoup plus de fermeté? Comment les magistrats peuvent-ils se rendre complices d’une violation aussi flagrante de leur indépendance? Pourtant, dans les déclarations, on lit en filigrane cette conscience de l’inacceptable et cette volonté d’y remédier que le président se Synamag avait luimême dénoncées « Si nous acceptons cela, nous accepterons de vivre dans une République dictatoriale, un Etat de non-droit avec une Justice orientée » avait-il prévenu. Pourquoi alors le Synamag ne porte t- il pas en acte sa volonté? Quel lien occulte unie les magistrats et l’exécutif pour laisser ainsi leur corporation faire office de marche pied à ceux qui pervertissent les lois de la République ?

Il semblerait, pour apporter un élément de réponse, qu’au sein de la corporation, il y ait des magistrats véreux, lesquels s’immolent de compromissions et bradent, valeurs, principes et serment contre quelques espèces sonnantes et trébuchantes. Que le Synamag serait plus actif quand il faut se lever pour réclamer son argent ou quand, certains magistrats, résolument plus importants que les autres, ont besoin d’un soutien de la corporation. C’est en substance, les révélations faites par un magistrat qui a requis l’anonymat. « Le Synamag ne doit pas seulement se lever pour défendre les postes ou critiquer des nominations du Conseil supérieur de la magistrature. Un vrai syndicat doit avoir à coeur la défense des intérêts de l’ensemble des syndiqués et non pas que ceux de certains membres » dénonçait-il. 

Une situation qui conduit plusieurs magistrats à se désolidariser de l’action du Syndicat national des magistrats du Gabon. Désunis, ils éprouvent le plus grand mal pour mener une action efficace et communautaire qui pourrait déboucher sur une vraie avancée dans la quête de l’indépendance de leur fonction. Les uns marginalisés, les autres privilégiés, par crainte de voir leurs privilèges disparaître, s’accommode de cette situation qui met en péril l’équilibre républicain. 

Cela dit, Synamag doit lui aussi se regarder dans une glace et se remettre en cause en mettant de l’ordre dans la corporation par le respect des engagements que requiert la profession. Les procès ne vont pas jusqu’au bout, la session criminelle n’a toujours pas débuté depuis la rentrée judiciaire. Pour exiger des autres du respect, il faut déjà sois même imposer ce respect, cela passe par le respect de la conscience professionnelle et par l’impérieuse nécessité de bouter hors de la profession le cancer de la corruption qui fragilise l’organisation, la laisse à la merci des corrupteurs et fait de chaque levée de boucliers de la Synamag, un pétard mouillé. 

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Pharel Boukikahttp://gabonmediatime.com/
Titulaire d'une Licence en Communication, d'une Licence en Economie et Gestion et d'un Master en droit Privé, mon appétence pour le journalisme est mise en exergue au quotidien à travers mes analyses sur Gabon Media Time dont je suis le Rédacteur en Chef.
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