Gabon : le viol sur mineur est-il moins grave qu’un post facebook pour le PDG ?

Gabon Gabonmediatime Ali Akbar Onanga Alexis Ndouna
Affaire Wally : Le Partie démocratique gabonais à l'épreuve du deux poinds deux mesures © D.R/GMT.

La question bien que tendancieuse, mérite d’être posée à l’opinion soit,  mais surtout aux cadres du Parti démocratique gabonais (PDG) en tête desquels son secrétaire général, Eric Dodo Bounguendza. Le fait de société à la teneur particulièrement abjecte et ignominieuse impliquant un des hauts cadres du « parti de masse », nous conduit, eu égard au silence observé par le PDG, à mettre sur la place publique ce questionnement. Car souvenons-nous, l’ancien député Ali Akbar Onanga, du reste ancien ministre de la Fonction publique, avait été exclu du PDG pour s’être exprimé sur facebook quand Alexis Ndouna, supposé « prédateur sexuel » bénéficie presque de la protection du même parti. 

Desmond Tutu ancien prix Nobel de la paix s’était fait le père d’une citation, qui aujourd’hui s’impose comme l’une des références en termes de dénonciation et de condamnation des injustices, des iniquités et de la partialité. Le célébrissime cardinal de l’Afrique du Sud pour pointer du doigt les adeptes du silence et de la perfide neutralité, avait pris position avec une telle pertinence, que ses mots et le sens donné à ceux-ci, devenus cultes, se sont inscrit dans la conscience mondiale . « Être neutre en situation d’injustice c’est choisir le camp de l’oppresseur  », déclarait-il en en pleine crise d’Apartheid. 


Lire aussi: Alexis Ndouna «un criminel sexuel protégé du fait de son appartenance au PDG», selon Georges Mpaga 

Le parallèle entre cette célèbre citation et l’attitude paradoxale du PDG consacre l’évidence de sa neutralité tant l’inaction et mobilisme du parti au pouvoir fait froid dans le dos. A l’heure où le PDG reste étrangement silencieux sur les frasques de son militant, « cadre influent et homme d’affaire du parti au pouvoir » dans la province du Haut-Ogooué selon le parti de l’opposition Pour Le Changement, cette assertion de Desmond Tutu illustre incessamment la conception de la justice dans le PDG, à savoir la neutralité, le choix de l’oppresseur et donc le soutien à Alexis Ndouna gravement accusé d’avoir sexuellement abusé d’une fillette de moins de 15 ans. 

Pourtant, ce même PDG, a récemment fait montre d’une intransigeance placide quand sur la base d’une déclaration faite sur son compte facebook, l’ex-député du 1er siège de Lekoni-Lekori, Ali Akbar Onanga a été purement et simplement exclu du Parti démocratique gabonais le 1er août 2019. Une exclusion ayant pour conséquence la perte de son mandat de député à l’Assemblée nationale et de facto l’organisation à coup de millions d’une élection partielle qui sera supporté par l’argent du contribuable. 

Pour cette affaire, Guy Benjamin Ndounou Mondo, président de la commission de discipline du Parti démocratique gabonais avait justifié cette exclusion du parti de l’ancien ministre de la Fonction publique sur la base de ce que ce dernier semait « de façon insidieuse la confusion et la discorde dans l’esprit des militants et militantes du PDG », se rendant ainsi coupable d’une « dérive interprétative… portant atteinte à l’unité du parti », pouvait-on lire. 

Ali Akbar Onanga s’est-il rendu coupable d’un crime de lèse majesté ou n’est-il victime que d’une dérive militante ? Qu’à cela ne tienne, le contrat est glaçant et tout aussi affligeant. Pour une interprétation, pour une prétendue atteinte, pour des supposées velléités de confusions dans l’esprit des militants, le PDG, impitoyable et inflexible, s’est montré rigoureux et a éconduit avec fermeté, son militant du parti avant que le président de l’Assemblée nationale Faustin Boukoubi ne poursuivre la procédure devant la Cour Constitutionnelle visant à l’exclure en tant que député PDG au sein de la chambre basse du parlement.

Lire aussi: Gabon: Ali Akbar Onanga Y’obegue​ officiellement éjecté de l’Assemblée nationale 

Déduction faite, sur une question d’unité du parti, le PDG est plus enclin à sortir de sa réserve allant jusqu’à sanctionner son auteur, mais sur des questions de soupçon de viol sur mineur, d’atteinte aux moeurs, il reste de marbre silencieux, impassible et étrangement inoffensif. Même l’indignation collective nationale et internationale qui a embrasé les réseaux sociaux  où des personnalités telles que l’ancienne procureur de la République de Libreville Sidonie Flore Ouwé sont montées aux créneaux, ne suffit pas à extirper de leur réserves, les responsables du parti de masse y compris ses élus à l’Assemblée nationale qui pourtant sont des représentants du peuple

Que faut-il comme incident, pour que ce parti qui ne cautionne pas les dérives bavardes d’un militant puisse condamner les dérives sexeulles et abjetces d’un autre militant ? Existe-t-il au PDG, des mesures de coercition à deux vitesses ? Pire, est-ce que porter atteinte à la dignité du parti est plus grave que violer insidieusement une mineure, la sortir de son innocence et compromettre son avenir ? L’avenir du parti revêt-il un importance plus digne que celle de sauver une enfant de sa patrie ?  Pourquoi le PDG traîne t-il dans la boue le fameux « la jeunesse est sacrée » cher au camarade Président fondateur, feu Omar Bongo Ondimba en pervertissant et en déshonorant sa jeunesse  ?            

Toutes ces interpellations portent en elles le fardeau de l’incompréhension, de l’inquiétude, de la peur et de la revendication d’un désir profond de justice des parents dont les enfants sont livrés à la perversion et à la dépravation. Elles interrogent surtout notre société sur la notion de gravité telle que perçue par nos gouvernants. Elle la questionne en sus, sur l’impunité dont jouissent certains de ses cadres pour des faits criminels et déshumanisants, quand d’autres perdent leur fonction pour des faits qui relèvent de la vie d’un parti politique.

Laissez votre commentaire