mercredi,28 octobre 2020
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Gabon : le Synamag sème-t-il la zizanie dans le corps des magistrats ?

Prévu pour se tenir ce lundi 25 novembre 2019, c’est finalement ce mardi matin que Syndicat national des magistrats du Gabon (Synamag) s’est exprimé à travers une déclaration de presse au Palais de justice de Libreville. Une sortie aux relents de contestation des conclusions du Conseil supérieur de la magistrature du vendredi 22 novembre dernier mais surtout de la convocation par les forces de l’ordre de l’ancien procureur de la République de Libreville Olivier N’Zahou dans le cadre de l’opération anti-corruption dénommée “Scorpion”. Une position qui n’a pas trouvé l’assentiment de l’ensemble du corps des magistrats. 

La déclaration de presse du Syndicat national des magistrats du Gabon n’était visiblement pas du goût de l’ensemble des fonctionnaires composant cette organisation syndicale. Pour cause, nombreux sont les magistrats qui ont boudé la position du Synamag visant d’une part à fustiger systématiquement les décisions des CSM mais aussi le deux poids deux mesures dont a fait montre le syndicat dans ses prises de position. Une situation qui remet en cause l’impartialité des magistrats et que nombreux parmi ces fonctionnaires qui jurent de « se conduire en digne et loyal magistrat » se désolidarisent de la position de leur syndicat. 

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Alors qu’il y a quelques mois, l’ex-premier président de la Cour d’appel de Libreville Paulette Ayo Mba épouse Akolly faisait l’objet d’une suspension provisoire prononcée par la Chancellerie, le président du Syndicat national des magistrats du Gabon Germain Nguema Ella avait pris fait et cause pour la hiérarchie en justifiant ladite décision quand bien même d’autres magistrats appuyés par l’opinion dénonçaient une immixtion de l’exécutif dans un procès en cours.  Les faits actuels montrent que le contexte ressemble à s’y méprendre à celui précité sauf que le syndicat n’avait ni tenu de déclaration encore moins menacé de faire grève.

Il est important de noter que le président du Synamag reconnaît que le président de la République « peut tenir à tout moment un Conseil supérieur de la magistrature » bien qu’il doute que celui du vendredi 22 novembre dernier ait « fait l’objet de travaux préparatoires ». Par conséquent, la menace de grève brandie par le Synamag ne serait pas justifiée. C’est d’ailleurs l’avis de nombreux magistrats qui ont boycotté la déclaration de presse de ce mardi 26 novembre 2019. « Le Synamag ne doit pas seulement se lever pour défendre les postes ou critiquer des nominations du Conseil supérieur de la magistrature. Un vrai syndicat doit avoir à coeur la défense des intérêts de l’ensemble des syndiqués et non pas que ceux de certains membres », fustige un magistrat de l’ordre financier ayant requis l’anonymat. 

Un autre magistrat pourtant membre du parquet de la République de Libreville a choisi d’aller prendre ses enfants à leur sortie d’école plutôt que de s’exhiber en toge devant le Palais de justice « pour des raisons » dit-il qui  « n’honorent pas la profession ». Pour justifier cette indignation sélective et cette hypocrisie au sein de la corporation, un autre magistrat a fustigé des pratiques récurrentes qui n’ont pas entraîné des levées  de boucliers du Synamag et qui décrédibilisent à terme cette démarche. « Vous vous souviendrez que Sidonie Ouwe alors procureur de la République de Libreville de l’époque avait fait arrêter le magistrat Gérard Massudi Edzo Edzo en violant le statut des magistrats et parmi ses substituts il y avait Olivier N’zaou et Steeve Ndong Essame Ndong », a-t-il dénoncé. 

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Par quoi s’explique ces prises de position dissonantes qui jettent le discrédit sur leur profession ? Existe-t-il des magistrats plus importants que d’autres? Cette position du Synamag ne justifie-t-elle pas les compromissions des magistrats qui comme le soulignait son président, se vautrent dans la corruption « parce que l’Etat ne les aide pas être indépendants ? » 

Une attitude qui alimente les interrogations de l’opinion et de certains membres de la corporation qui font peser des suspicions sur l’intégrité du Syndicat national des magistrats du Gabon. « Il veulent que moi j’aille faire le nombre et salir ma toge dans une assemblée générale et un mouvement d’humeur pour défendre des gens habitués aux arrangements d’arrière boutique et qui laissent le pays s’enfoncer davantage dans la misère pendant qu’ils ramassaient des milliards sans être inquiétés ou se frottaient déjà les mains pour ceux qu’ils devaient bientôt recevoir», fustige un autre désormais foncièrement opposé à tout boycott du calendrier judiciaire.  

Les chefs des cours et tribunaux se sont dit satisfaits des dernières conclusions du Conseil supérieur de la magistrature du 22 novembre dernier. Ce que le peuple au nom duquel la justice est rendue attend, c’est que l’année judiciaire se poursuive sans interruption motivée par des prises de position partisanes et politiques. Position qui n’auront pour seul effet que de jeter l’anathème sur l’ensemble de la corporation. 

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Pharel Boukikahttp://gabonmediatime.com/
Titulaire d'une Licence en Communication, d'une Licence en Economie et Gestion et d'un Master en droit Privé, mon appétence pour le journalisme est mise en exergue au quotidien à travers mes analyses sur Gabon Media Time dont je suis le Rédacteur en Chef.
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