Gabon: le secteur de la presse en crise du fait des sanctions récurrentes de la HAC

Quelques membres de la HAC après leur prise de fonctions @ Gabonactu.com

Aiguillon de la société en matière de gouvernance, le secteur de la presse au Gabon connaît des difficultés sans précédent qui ont une incidence majeure non seulement sur sa rentabilité mais aussi sur son développement. Une situation qui s’est d’ailleurs accentuée du fait des sanctions infligées tous azimuts par le régulateur de la presse dans notre pays, la Haute autorité de la communication (HAC).

GABON LIBREVILLE

Outre la crise conjoncturelle que traverse le pays depuis plusieurs mois, le secteur de la presse connaît une situation morose du fait des suspensions successives infligées à de nombreux journaux. Echos du nord, La Loupe, Moutouki ou encore L’Aube, sont dans la ligne de mire de la HAC depuis sa mise en place le 25 juin 2018. Ces sanctions, il faut le dire, ont non seulement un impact sur les salariés des entreprises de presse sanctionnées, mais aussi sur les secteurs de l’imprimerie et de la distribution avec un contrecoup sur leur chiffre d’affaires.

Par les mesures d’interdiction prises tour à tour contre les journaux L’Aube, La Loupe, Moutouki et Echos du Nord, les principales entreprises que sont Multipress et Sogapress, imprimeur et distributeur desdits journaux, ont négativement impacté les revenus de ces entreprises. Un impact qui va se ressentir dans les résultats nets mensuels enregistrés par ces sociétés. Car leurs revenus sont directement liés à la parution des journaux régulièrement sanctionnés.

En effet, en dépit de la crise qui a entraîné la baisse des tirages de nombreux journaux, créant de fait une incidence dans les recettes propres de Multipress et Sogapress, les suspensions d’Echos du Nord et L’Aube représentent un manque à gagner considérable qui obère davantage ces recettes. Ces deux journaux cumulant 10 mois de suspension, cela représenterait pour Multipress une perte sèche d’un peu plus de 70 millions de Fcfa ; et pour Sogapress ce serait environ le même montant. En somme, les deux entreprises au cours de ces dix mois, auraient perdu environ 140 millions de Fcfa, sinon plus. Il va donc sans dire qu’en pratique, c’est un manque à gagner qui plombe la trésorerie des deux entreprises.

Quant aux éditeurs, ayant subi de manière récurrente les sanctions de la Haute autorité de la communication, Nord éditions, éditeur d’Echos du nord et Faits divers et le groupe Oloumambe, éditeur de L’Aube, La Loupe et Moutouki connaissent des difficultés financières sans précédent. Du fait de la baisse de leurs revenus, ils se trouvent très souvent dans l’incapacité de rémunérer leurs salariés, de payer les charges sociales à la Caisse nationale de sécurité sociale (Cnss) et à la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (Cnamgs) ou bien d’honorer leurs devoirs fiscaux.

Pour de nombreux professionnels du secteur, cet état de fait est imputable à la HAC, qui depuis sa mise en place s’est érigée selon plusieurs observateurs « en véritable pourfendeur de la liberté de la presse et pire, de la liberté d’entreprendre ». En quelques mois d’existence, elle a accentué les difficultés de fonctionnement de ces entreprises au point de les mettre à mal alors qu’elles emploient des Gabonais.

Pis, outre, ces aspects, la presse écrite est depuis peu confrontée à la problématique du piratage, qui fait que certains esprits malveillants scannent et distribuent gratuitement la production sur les réseaux sociaux notamment Whatsapp. Pour la presse en ligne la situation est d’autant plus incontrôlable puisqu’elle est confrontée au problème du plagiat. Autant de difficultés qui peinent à donner une chance au secteur de connaître un véritable essor.

Plutôt que de sanctionner systématiquement les journaux qui font l’objet de procédures devant elle, l’institution en charge de la régulation du secteur de la communication devrait favoriser le droit de réponse et de rétractation comme le prévoit le Code de la communication en son article 14. Toute chose qui éviterait de pérenniser les tensions de trésorerie que subissent éditeurs, imprimeurs et distributeurs de journaux du fait des suspensions préférées par la HAC.

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