Gabon: le recadrage raffiné de Nkoghe Bekale à Laccruche Alihanga 

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Julien Nkoghe Bekale s’est introduit insidieusement dans la tournée politique de Brice Laccruche Alihanga © GMT.

C’est via son compte twitter que l’actuel Premier ministre (PM), Julien Nkoghe Bekale s’est introduit dans la tournée politique de Brice Laccruche Alihanga, par ce canal le vendredi 6 septembre dernier, en lui annonçant son  « soutien » . Une sortie espiègle et empreinte d’admonestation tant cette dernière est auréolée d’une volonté élégante de rappeler au Directeur de cabinet d’Ali Bongo, la teneur de ses prérogatives et les limites de celles-ci dans une approche furtive et subreptice. 

Les profanes en subtilité langagière et les esprits aérés y ont vu un soutien manifeste et obédient du Premier ministre à la tournée de Brice Laccruche Alihanga, au moment où ce dernier faisait halte dans la province du Woleu-Ntem pour une sortie que beaucoup qualifient de « républicaine ». D’aucuns, à la lumière des récentes informations, pour la plupart frappées du sceau de la rumeur, annonçant l’imminente éviction de l’homme fort de Ntoum de la primature, y ont perçu une tentative de Julien Nkoghe Bekale tendant à sauver désespérément son siège de Premier ministre. 

Il est 19 heures 52 minutes, le vendredi 6 septembre dernier quand le Premier ministre, Chef du gouvernement, tweete :  « Au moment où le Directeur de Cabinet Politique du DCP, Brice Laccruche vient d’achever sa tournée, je lui exprime mon soutien pour cette initiative dont l’objectif était de délivrer un message du Président du parti et de recueillir le pouls des populations de l’hinterland ». Conformisme de style certes, mais ne vous y méprenez pas, le tweet du Premier ministre porte en lui les germes d’une petite leçon de sémantique politique. Dans un exercice de rhétorique fin et alambiqué, Julien Nkoghe Bekale a tenu à rappeler à l’opinion les contours et les objectifs de la tournée initiée par Brice Laccruche Alihanga.

Décryptage! Dans sa publication, le Chef du gouvernement parle du « Directeur de Cabinet Politique du DCP... ». Entendez par « DCP », le distingué camarade président.  Habillement, il encadre et restreint donc l’initiative de Brice Laccruche Alihanga à une activité purement politicienne pédégiste. Progressons dans l’analyse. L’homme fort de Ntoum, incisif, poursuit « l’objectif était de délivrer un message du président du Parti et de recueillir le pouls des populations de l’hinterland »

En spécifiant le « Président du Parti » et non président de la République, l’actuel locataire de l’avenue Jean Paul II  bat du revers de la main le prétendue caractère « républicain » de la tournée du directeur de cabinet.  En un mot, il rappelle à l’opinion nationale et internationale qu’il est en l’absence du président de la République, le chef de l’exécutif et par conséquent, le garant de toutes les activités républicaines comme le précise la Constitution dans son titre II consacré au pouvoir exécutif.  Et que par ailleurs, toutes les activités en rapport avec la gestion et la continuité de l’Etat ne relèvent que de sa seule et unique initiative.

Cette lecture est d’autant plus pertinente en ce sens qu’elle peut faire ressortir l’idée selon laquelle, pour les questions relatives à l’exécutif et au fonctionnement de la République, le président de la République se réfère directement au Premier ministre, celles concernant l’activité du Parti démocratique gabonais (PDG) doivent être livrées par Eric Dodo Bounguendza en sa qualité de secrétaire général du PDG.

Bien que certains analystes politiques expliquent qu’en sa qualité de plus proche collaborateur du président de la République, son directeur de cabinet Brice Laccruche Alihanga a la légitimité de porter son message auprès des populations, pour d’autres, à la lumière des textes et au regard des prérogatives, la première analyse ne saurait  être juste et pertinente au risque de perturber l’équilibre républicain.  

Des prises de positions tranchées qui viennent remettre au goût du jour les interrogations sur la teneur des activités du directeur de cabinet de la présidence de la République et de sa prétendue immixtion dans les prérogatives de l’Exécutif comme l’a d’ailleurs dénoncé le secrétaire  général du RPM qui n’a pas hésité à parler d’une « usurpation des prérogatives du Premier Ministre » par Brice Laccruche Alihanga. Le recadrage à peine masqué de Julien Nkoghe Bekale n’est pas loin de crédibiliser ce constat du porte-parole du Rassemblement pour la patrie et la modernité (RPM).   

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