Gabon: le mal des Panthères est la résultante de  l’incompétence du Ministère des Sports

Alain Claude Bilie-By-Nze, ministre d'Etat en charge des Sports © D.R

Le 23 mars 2019, nuitamment et à la surprise générale, le ministre des Sports s’est présenté devant la presse avec une annonce pour le moins inattendue. La dissolution de l’équipe nationale de football, “Les Panthères”, laquelle entraînait ipso facto, l’éviction prématurée de Daniel Cousin au poste de sélectionneur national. Très vite, les critiques et les commentaires ont fusé sur la pertinence de la démarche de Bilie Bi Nze, lequel dans son allocution, a souligné les maux qui minent notre football, en omettant astucieusement son propre rôle et celui de son ministère, dans la déchéance de notre sport roi.   

C’est une première dans le football gabonais,  au terme d’une conférence de presse, Alain Claude Bilie Bi Nze, Ministre d’État en charge des Sports, a annoncé un certain nombre de mesures dont la refonte et la  réforme de notre équipe nationale de football. Des différentes résolutions prises par le Ministre des sports, la dissolution de la sélection nationale et l’éviction de Daniel Cousin sont celles qui cristallisent le plus l’opinion. Une opinion dont les avis oscillent entre la légitimité de la démarche et la compétence supposée du Ministre, lui octroyant le droit de prendre une telle décision.

Dans sa déclaration, le ministre a fait usage de mots forts, empreints d’éthique tels que ,  « patriotisme  »,  « amour du pays », « exaltation de la Nation »,  « discipline», etc. Dans ce procès en exemplarité intenté par le numéro un du sport, contre les acteurs du football gabonais, Alain Claude Bilie Bi Nze s’est arrogé le rôle de la “blanche colombe” en s’exemptant habilement de la gestion chaotique de notre football.  

Pourtant, l’exemplarité dont il s’est fait le chantre, doit au préalable émaner de la politique sportive du gouvernement par lequel, il impose les objectifs aux fédérations afin de doter nos sélections nationales d’un cadre organisationnel compétitif. Cette exemplarité à toute épreuve doit prévaloir sur tous les échelons du football gabonais, en tête desquels le ministère des Sports. Une attitude globale par laquelle l’effectivité se donne à lire par le respect des institutions dont la gestion doit se départir des décisions et prises de position zélées de nos politiques.

La Sélection Nationale est une institution dirigée par une fédération et régie par les règles des institutions internationales auxquelles elle est affiliée. Jamais en République Gabonaise, le ministre des Sports s’est arrogé le droit de dissoudre de façon unilatérale la sélection, et d’évincer par la  même, le sélectionneur national au motif des maux qui la minent. Pareille initiative, si tant est qu’elle soit envisageable, relève de la compétence de la fédération et non de celle de l’Etat.

En conséquence, Alain Claude Bilie Bi Nze s’est introduit par effraction dans des attributions qui ne relevaient pas de sa compétence, violant d’une part, le principe d’exemplarité qu’il venait pourtant d’ériger en crédo et exposant d’autre part, la sélection gabonaise aux sanctions de la Fédération Internationale de Football Association ( FIFA) laquelle assimile pareille intrusion à de l’ingérence politique. Une ingérence qui pourrait, à terme, conduire la FIFA à sanctionner notre sélection par l’interdiction de participer à toute compétition internationale. Si le pire arrivait, Bilie Bi Nze en assumerait seul, la responsabilité.

Pour donner le change à la vérité, le ministre d’Etat s’est lancé dans une démarche forte insidieuse, consistant à déplacer le débat en dehors des carences et des manquements du ministère dont il assume la charge, pour le limiter à la crise des résultats, symbolisée par cet énième échec en terre burundaise. Ainsi donc, et pour son triomphe personnel, Alain Claude Bilie Bi Nze s’est empressé de limoger Daniel Cousin en le tenant implicitement pour responsable de la débâcle de notre équipe nationale, non qualifiée pour la prochaine Can Total 2019, en Egypte.

Dans son chapelet de récriminations, le membre du gouvernement a omis de mentionner que Daniel Cousin, en raison de l’incompétence de son ministère, a attendu six mois avant de percevoir son salaire et parapher un contrat. Sans émoluments ni contrat de septembre 2018 à février 2019, Daniel Cousin s’est pourtant investi, la main sur le coeur, par  « patriotisme » et donc, pour « l’amour de son pays », à reconstruire cette sélection laissée en lambeau par son prédécesseur.

Nommé en septembre 2018, après le limogeage du cataclysmique José Antonio Camacho, Daniel Cousin jouit pourtant d’un bilan positif à la tête des Panthères. Trois matchs pour deux victoires, un match nul et aucune défaite, c’est le bilan prometteur de l’ex-capitaine du Gabon en tant que coach. C’est pourtant au nom des valeurs vantées par le ministre des Sports que l’ex-sélectionneur s’est employé, 6 mois durant, pour essayer de qualifier la sélection dont José Antonio Camacho avait déjà fortement compromis les chances de qualification par ses résultats médiocres. Il a fallu un article de Jeune Afrique et une pression médiatique pour que la situation contractuelle du désormais ex-sélectionneur trouve un épilogue.

Que reproche-t-on à Daniel Cousin ? L’ex-capitaine des Panthères paie-t-il le crime de lèse-majesté pour avoir eu l’outrecuidance de réclamer à son employeur, un contrat et un salaire ?  Si non, quels sont les griefs portés à son encontre ?

Pourquoi le projet de refonte et de réédification du football gabonais n’intègre-t-il pas Daniel Cousin dont les résultats sont si encourageants ?

Non, Monsieur le ministre, Daniel Cousin n’est pas le mal de la sélection gabonaise. La déchéance de notre équipe nationale est consubstantielle à l’amateurisme dont font montre les instances dirigeantes de ce sport. En témoigne la préparation tronquée et perturbée du groupe à la veille du match contre le Burundi. Il se susurre que le staff technique avait choisi le Rwanda pour préparer ce match en raison des conditions climatiques proches de celles du Burundi. Mais faute de moyens financiers, le stage s’est finalement effectué à Libreville.

Après une humiliation en sortant au premier tour de la Can Total Gabon 2017 organisée sur notre sol, après le camouflet symbolisé par la prestation piteuse de la sélection cadette pendant la Can 2017 dont le Gabon était le pays hôte, l’échec de la sélection A dans ces éliminatoires, suivi quelques jours de celle des U23, sonnent le glas de l’inefficacité de la politique des instances dirigeantes de notre football. La mafia au sein de la Fédération, les polémiques incessantes concernant les primes et l’incapacité à assumer la préparation de nos sélections viennent en sus, confirmer cet état de fait.

La dernière manifestation de cette incompétence pathologique date du 3 avril. La sélection U23 section féminine, reçoit son homologue du Congo pour le compte des éliminatoire des Jeux olympiques de Tokyo. Défaite à domicile 0 but à 2, l’ancien international gabonais Paul Kessany est sorti de sa réserve, s’insurgeant face à l’amateurisme dont aurait fait preuve, une énième fois, la Fédération.  « La sélection gabonaise joue sans remplaçante en raison d’un problème de passeports non réglé par la Fegafoot », pouvait t-on lire via son compte Facebook. 

En réalité, avec cet énième couac, le ministère en charge des Sports et les dirigeants de la Fédération Gabonaise de Football ont, depuis 2016, fait la démonstration de leur incompétence et de leur incapacité à faire prospérer notre football. Dans un pays sérieux, le ministre des Sports et le président de Fédération auraient, par pudeur, posé leur démission pour incompétence notoire. Mise en possession d’un véritable procès en mauvaise foi, le ministre des Sports ne peut davantage demeurer dans ce déni de responsabilité, si réellement sa volonté, comme il l’a faite présumer, est d’insuffler une dynamique nouvelle et saine au sein du football gabonais.

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