samedi,24 octobre 2020
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Gabon: l’appel incongru à la réconciliation nationale des confessions religieuses

Le Gabon serait le deuxième pays le plus pacifique en Afrique centrale, selon le dernier rapport de l’Institute of economics and peace (IEP) publié en juin 2019. D’ailleurs, le gouvernement Julien Nkoghe Bekale répète sans cesse que le pays « est en paix et fonctionne normalement ». L’on s’étonne que des chefs religieux aient décidé de lancer un appel à la réconciliation nationale à travers un mémorandum remis au Premier ministre le lundi 19 août dernier. Le document contiendrait des propositions concrètes promouvant la paix et le vivre ensemble.

C’est à la faveur d’une rencontre le 19 août 2019 que le chef du gouvernement Julien Nkoghe Bekale a reçu un mémorandum des mains des chefs religieux présents au Gabon. Par ce document, les responsables religieux inviteraient les forces vives de la Nation à veiller, chacune selon ses moyens à l’unité et à la réconciliation entre les filles et fils du Gabon. Pour la délégation conduite par Basile Mvé Engone, Archevêque de Libreville, la situation sociopolitique du pays est délicate en ce moment et « chaque citoyen se doit de donner du sien pour une décrispation de cette situation ».

Cet appel à la paix et au dialogue est surprenant quand l’on sait que depuis la crise post-électorale issue de la présidentielle du 27 août 2016, et malgré les morts enregistrés et reconnus par le gouvernement, ces responsables religieux ont brillé par leur inaction en faveur de la paix. D’ailleurs, l’on se souviendra que seul l’Archevêque de Libreville, Basile Mvé Engone avait appelé à l’apaisement dès le mois de septembre 2016, et c’est seulement trois mois après la présidentielle que les quatre chefs religieux se sont réunis pour une « journée de prière en faveur de la paix », et autour d’Ali Bongo Ondimba, actuel président de la République.

Le Gabon va mal et une crise est en train de gangrener toutes les couches de la société, si l’on s’en tient au contenu du mémorandum déposé par Basile Mvé Engone, Archevêque de Libreville, accompagné d’Augustin Bouengone, président de l’Eglise évangélique du Gabon (EEG), de Michel Francis Mbadinga, responsable du groupement des Églises du Réveil et d’Ismaël Oceni Ossa, président du Conseil supérieur des Affaires islamiques du Gabon (CSAIG). 

Pourtant, les quatre chefs religieux auteurs du mémorandum remis au chef du gouvernement pour transmission au président de la République, ont pris part au Dialogue d’Angondjé qui s’est tenu du 28 mars au 26 mai 2017, en l’absence du principal adversaire d’Ali Bongo Ondimba et seul candidat ayant revendiqué la victoire de cette élection : Jean Ping. 

Autre fait étonnant, il semblerait que ces quatre responsables religieux n’aient jamais été vus en présence de Jean Ping dans le cadre de leur recherche de la paix et du dialogue. Pourtant, il n’y pas de réconciliation sans identification de la cause de la crise ou du conflit, et sans partage des responsabilités. L’on se souviendra que pour la réconciliation entre les Allemands et les Alliés (Europe, Etats-Unis et autres pays) après la seconde guerre mondiale, il a fallu le procès de Nuremberg du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946. Dans le cas du Gabon, qui pardonnera quoi à qui et pourquoi ?

Ces questions, somme toute, anodines, devraient pouvoir nous permettre de circonscrire le sujet et nous rendre à l’évidence. L’élection du 27 août 2016 n’a jamais été derrière nous. Bien au contraire, elle rythme le quotidien des Gabonais et de nos dirigeants. Ne pas le reconnaître, serait faire preuve d’un entêtement dangereux et aux répercussions graves. Il est temps que le gouvernement et les institutions du pays agissent en faveur de la justice et de la paix. 

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Henriette Lembethttp://gabonmediatime.com/
Journaliste Le temps est une donnée fatale à laquelle rien ne résiste...
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