Gabon : l’appel des 10, plaidoyer pour la nouvelle République

Arthur N'doungou, Commissaire National à l’Union Nationale © D.R

Pourquoi dois-je écrire et écrire encore ? C’est pour moi une manière d’affronter ces visages inconnus mais aussi inspirer autrui, les pousser vers la fraternisation, le patriotisme de l’alliance, vers leur ressemblance. C’est aussi ébranler la direction que prend ce pays, y disposer une ou des interrogations indirectes, à laquelle je, par un dernier suspens, m’abstiens de répondre, laissant la réponse ainsi à chacun, pour qu’il y apporte son histoire, son vécu, son langage et sa liberté. « Je ne suis donc le porte-drapeau de personne, Ecrire est une entreprise tellement solitaire… » disait Françoise Sagan.

Par ailleurs, j’ai étudié, en dehors de tout système et sans parti pris, l’art des anciens et l’art des modernes et puisé dans l’entière connaissance de la tradition le sentiment raisonné et indépendant de ma propre individualité pour m’autoriser à y porter et déposer ma complainte.

J’ai lu quelque part une critique teintée d’une violence sournoise couplée à une hypocrisie déshonorante sur l’appel des 10 « Agir pour le Gabon » par un autre appel à agir, lui inspiré semble t-il par celui qui depuis ce 24 octobre 2018 demeurait intraçable en dehors de ses apparitions dissimulées et questionnables. Cet appel à agir nouveau éclos semble t-il de l’Or Jeune y ressemble bien comme leurs concepteurs le prévoyaient à du déjà connu hélas. Alléguer que l’appel des 10 s’adresse à une frange minoritaire de la classe politique est non seulement un non sens mais surréaliste pour cause, son mémorandum a soit été mal lu ou mal compris.

L’appel des 10 est une adresse nationale intégrante, un appel au patriotisme pour les nationaux de souche et d’autres d’ailleurs aux formes variées qui s’en réclament autant et ayant en partage le même objectif : Gabon d’abord.

Quand l’Or jeune de l’Ajev se fonde sur l’âgisme qui regroupe toutes les formes de discrimination, de ségrégation, de mépris fondées sur l’âge (jeunes écartant le vieux) comme le fit le Mogabo en son temps, L’appel des 10 implore la dualité des sexes, des âges pour laquelle toute société constituée par des hommes dépendant les uns des autres se développe selon les lois de la nature organique. Elle qui naît de la fusion de différents germes et qui croît comme un arbre, auquel une série de circonstances confère son individualité et son particularisme. Il ne s’agit pas d’utiliser une vieille carte pour explorer un nouveau monde mais plutôt leurs dessins sont de l’écriture dénouée et renouée autrement et dont l’acte majeur est d’abord la vacance ou l’empêchement définitif par extrapolation  qu’imposent le droit et les circonstances.

L’Appel des 10 n’a qu’une ambition nationale et non comme semble le peindre l’Ajev, elle qui fonde son apostolat sur l’âgisme, alors parlons en.

« Une maison sans personne âgée est comme un champ sans puits » (proverbe tunisien) et on le constate par des quotidiens ponctués d’erreurs de casting à tout vent.

L’irruption des jeunes dans l’espace public ne date pas d’aujourd’hui, ni de l’élection d’obama encore moins de celle de Macron. Elle est un héritage des années 60. Son émergence comme partie prenante de la vie politique de notre nation peut-être réellement datée de 2009 quand Ali accède à la magistrature suprême. Alors que jusqu’en 2008, on pensait le politique à partir de groupes sociaux qui transcendaient les effets de génération, l’âgisme prônée par Ali et son clan a non seulement été le moteur de la déliquescence de l’Etat mais a encore participé à un conflit des générations comme il ne l’avait sans doute pas été au Gabon par le passé, mettant en péril les efforts réalisés dans les domaines économiques, sociales et politiques des années auparavant.

Quid de l’émergence de cette génération comme partie prenante de la vie politique de notre pays ?

Cette génération que l’on estime des années 70, a en effet joué un rôle central dans la manière dont s’est défini au Gabon depuis 2009 le rapport des jeunes gens à la politique. Mais compte tenu des dégâts profonds causées par elle en peu de temps (10 ans), il n’est pas sur que les conditions qui ont alors conduit les Gabonais à penser que les jeunes étaient devenus des acteurs majeurs de la modernisation de la société soient encore d’actualité tant ils ont gangrené la nation et aliéné les institutions comme jamais.

Le Gabon présenté à l’époque comme un Eldorado, bénéficiant d’un environnement économique qui le prédestinait à la prospérité économique, sociale et culturelle s’en est effondré : une Dette avoisinant les 5 000 milliards de francs (4 939,8 milliards de FCFA exactement), des abus de biens sociaux, des conflits d’intérêt, des prises illégales d’intérêts, des prédations multiples et à tous les échelons des ressources publiques, tout y passe. A force de naviguer dans des eaux troublées, c’est à cela que se reconnaît cette génération âgisme. Qui leur a fait croire qu’ils devaient se comporter en starlette de mode de spectacle pour continuer en emporter l’adhésion du cœur sinon de la raison. Qui sont les fous et les aveugles pour ne pas percevoir la déception, l’écoeurement, et même la colère de tant de Gabonais.

Cette génération nous a menti les yeux dans les yeux. Nous sommes bien placés pour l’affirmer, qu’elle oeuvrerait à un programme de redressement et de justice pour le Gabon. Il fallait croire qu’elle n’avait que cela en tête. Malgré ses accents de sincérité troublants, l’on pensait qu’elle que l’on croyait accompli était prête à se donner corps et âme à cette tâche Sisyphe : redresser le pays, et non courir après le culte de l’argent qui nous insupporte tous. Elle a menti à tous ceux qui croyaient qu’elle était porteuse d’une espérance, qu’elle était prête à prendre en charge notre destin collectif. Ali, son entourage, ses partis gazelles et ses tirailleurs relookés en opposants ne sont pas blanchis de leurs mensonges, Ils ont naufragé la nation. Nous sommes devenus des témoins d’un pays ou les sommes d’argent sale d’une ampleur que notre pays n’avait jamais connue circulent furtivement, sans laisser de traces écrites. La formation de vastes trous noirs, dans l’État de droit. Nous connaissons les zones de non-droit dans les mapanes, nous avons maintenant leurs équivalences au sommet de l’État ou n’évoluent pas la racaille des mapanes, mais l’élite politique et économique du pays. Une véritable oligarchie à la Gabonaise, mêlant hommes politiques au plus haut niveau, voyous, grands cabinets de com., grands flics et grands patrons se comportant comme des voyous dont les membres accaparent un pouvoir que le peuple ne leur a pas accordé. Les membres de cette oligarchie ne sont mus que par les ressorts de l’intérêt, ils ont acquis une influence majeure sur de grandes décisions publiques concernant la diplomatie, la restructuration des groupes industriels sur lesquels repose l’avenir du pays. Le pire est que nous y sommes de plain pied. Et voilà où nous a conduit cette âgisme hautaine, cette génération flambante et impréparée.

Quand le vieux Gabon se meurt et que le nouveau tarde à apparaître, alors dans ce clair-obscur surgissent les monstres.

Comment donc pourrions-nous commencer quelque chose de nouveau avec un tel palmarès ? L’individu isolé, sorti de la dualité élémentaire n’est-il pas un être perdu, un errant ? Constitue t-il une unité, ou plutôt le débris dépareillé d’une totalité vivante ?

Nous ne voulons plus de ces solutions d’arrière train, de vos solutions comme le rappelait l’honorable Dr Minault Zima Ebeyard dans son post à votre endroit, « Il n’y a plus de rêves pour notre génération ».

Il n’y a jamais rien eu dans l’histoire de cette nation et dans la nôtre qui nous ait divisé autant, au contraire nous avons toujours été d’accord pour tout l’essentiel de notre vie entre nous :un couple aimant qui ne recherche nullement une chimérique fusion plutôt l’expression de la dualité créatrice, de l’union dans la différence, de l’ardente alliance de deux libertés, voilà ce qui nous engendre, à l’unissons, agir pour le Gabon, en un suprême effort de volonté pour tenter de récupérer le sens de notre dignité humaine au travers de la fraternelle entente entre tous les enfants de ce pays.

Qu’est-ce qu’aimer, sinon comprendre et se réjouir qu’un autre être vive, agisse et sente d’une autre manière que nous, d’une manière opposée, même ? Afin que l’amour puisse unir les contraires dans la joie, il ne faut pas qu’il les supprime, les nie. Même l’amour de soi a pour condition première la dualité (ou la multiplicité) irréductible dans une seule et même chair.

Pourquoi se déteste-t-on? Pourquoi fait-on preuve de discrimination les uns envers les autres ? Pourquoi acceptons nous de soutenir tel plutôt que tel autre au delà des performances, des qualités et des valeurs intrinsèques ? je crois que les gens ont des peurs inconscientes et des angoisses mal définies, peut-être parce qu’ils se sentent coupables, et ils s’accrochent comme des moules à leurs rochers. Ils sont bourrés de préjugés, ils accumulent de la haine, bien rangée dans un petit coin, et ils ne veulent pas qu’on la balaie avec des arguments logiques.

je terminerai par cette symbolique des chiffres, fruit du hasard, pour résumer l’appel des 10 , celle du 31 mars ? 3+1= 4. Le quatre, c’est le début du nouveau, la refondation pour la nouvelle République commune à tous dans la légalité. C’est la nature, la création du nouveau Gabon tant souhaité. Quatre, c’est la famille, le couple et ses enfants. C’est le cercle social, le couple qui rencontre le couple Quatre, c’est la libération, les 4 membres qui parcourront le Gabon et ses 4 points cardinaux, Le chiffre 4, Ce sont les traits qui ont ressurgi dans toutes les directions C’est l’émancipation du trait. Les angles cachent les courbes. C’est la séparation du 2+2 ou l’isolement au sein du groupe par le 1+3, tel est le combat mais aussi celui des 10, celui des autres groupements et des sans voix ayant en partage une idée profonde de ce qu’est une nation pour les peuples, cette approche immaculée de l’Union, de la concorde, de la tolérance, du dialogue et de la paix..

La vie, c’est comme une montgolfière. Pour aller plus haut, il faut savoir se délester et jeter par-dessus bord tout ce qui empêche de nous élever, je vous exhorte donc à l’appel de ceux qui nous relèvent et nous ressuscitent.

Arthur N’doungou

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