jeudi,9 décembre 2021
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Gabon : la société serait-elle en train de tolérer la justice populaire ?

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Alors que l’opinion nationale est divisée sur le cas d’un jeune braqueur abattu par un individu non identifié après un vol sur une femme du 3ème âge au quartier plein ciel, une interrogation refait surface. Le peuple doit-il se rendre justice ? 

Les actes inciviques sont de plus en plus légion dans les quartiers de Libreville et même dans l’intérieur du pays. Ceux-ci sont la plupart du temps perpétrés par des jeunes gens, des mineurs la plupart du temps. Interpellés, ces derniers recouvrent régulièrement leur liberté. Un constat qui a fini par pousser le Gabonais à envisager une mesure très pratiquée chez nos pays voisins, à savoir le Cameroun et le Nigeria. Il s’agit de la Justice populaire. 

On peut la définir comme la décision pour une population de se faire justice en brûlant ou en lynchant les auteurs de violences ou de vols. Rappelons que cette méthode peu orthodoxe est consécutive au désaveu du peuple envers son État, constitutionnellement reconnu comme seul devant sanctionner les fauteurs de trouble au nom de ce même peuple. 

Ainsi, les victimes de ces violations étant dans l’incapacité de demander réparation, perdent confiance dans le système judiciaire, auquel elles n’accordent plus ni respect ni légitimité. L’on voit alors des communautés se tourner vers d’autres moyens de résolution des conflits tels que les milices d’autodéfense, la justice populaire et autres formes de justice privée. 

Dans le cas du Gabon, les réactions sur la toile autour de la mort d’un jeune ayant reçu des balles dans le dos laissent entrevoir cette résolution personnelle de conflit comme une solution efficace à l’insécurité. Et pour cause, plusieurs internautes exaspérés par les vols, viols et meurtres souvent impunis, se réjouissent de la mort d’un jeune adolescent de 15 ans abattu pour avoir soutiré un sac à main. Une idée revient en permanence dans les différents groupes de discussion. « Il est mort dans l’exercice de ses fonctions, il a eu  », peut-on lire dans les posts et commentaires sur le réseau social Facebook. 

En revanche, d’autres voix s’élèvent, s’indignent et condamnent cet acte qu’elles jugent inacceptable dans un état de droit. C’est le cas de l’activiste proche de l’opposition Serge Dibangou Gomez qui a estimé que l’usage de l’arme n’était pas nécessaire. « Le policier ne peut pas faire usage de son arme dès le moment où la personne a le dos tourné et ne représente plus une menace. Il fallait le poursuivre pour le neutraliser », a-t-il déclaré sur son compte Facebook.

D’ailleurs, la présidente de l’ONG Jeunesse Africaine contre la Corruption et pour la Transparence (J-ACT), la jeune dynamique Sharon Onkoni a interpellé le gouvernement qui est resté étrangement silencieux sur ce sujet, via son ministre des Sports en charge de la Vie associative, Franck Nguéma. « Le ministère en charge de la Jeunesse doit remplir ses missions. La délinquance juvénile prend de l’ampleur, le sport ne peut être votre seule priorité. Un jeune de quinze ans a reçu deux balles dans le dos, il pouvait être votre enfant », a-t-elle indiqué.

Pour information, Human Rights Watch a récemment publié un rapport dans lequel l’organisme onusien appelle les gouvernements des pays où se pratiquent la justice populaire à mettre un terme à l’impunité dont jouissent les auteurs de justice populaire. Une question subsiste :  les autorités judiciaires gabonaises en tête desquelles le président de la République, en sa qualité de chef suprême de la magistrature, comprendront-elles les plaintes de la population en proie aux braquages et aux vols ? Le ton est donné. 

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Lyonnel Mbeng Essonehttps://www.gabonmediatime.com
Journaliste Reporter (Société - Justice - Faits divers )
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