Gabon: la problématique du chômage échappe au gouvernement

Alors qu’en marge des festivités du 17 août dernier, le porte-parole de la Présidence de la République a annoncé en grande pompe la création de pas moins de 20 000 emplois par an, cette annonce a révélé une forme d’amnésie généralisée au sein du gouvernement, voire une méconnaissance totale de cette problématique. Pour cause, plutôt que de renforcer le dispositif visant à créer les 10 000 emplois par an dans le cadre du PRE, le gouvernement fait une nouvelle annonce grandiloquente, prouvant qu’ils n’a pas la moindre idée de l’étendue de ce phénomène. 

En jetant un oeil sur le site officiel de la direction générale de la statistique (DGS) censé nous offrir des statistiques en temps réel de la situation du pays secteur par secteur, on se rend compte que très peu de données y sont répertoriées. Ainsi, en ce qui concerne les chiffres du chômage par exemple, aucun organisme national n’est en mesure d’offrir au « Gabonais lambda » des données fiables en la matière.

En effet, bien que la problématique du chômage occupe davantage les esprits avec des jeunes de plus en plus qualifiés et de moins en moins actifs sur le marché, force est de constater qu’aucun mécanisme réel ne permette au gouvernement de cerner ce phénomène. Se contentant d’annonces pompeuses de création d’emplois, le gouvernement ne propose aucune alternative viable, même l’entreprenariat perçu un temps comme LA solution miracle, ne semble réservé qu’à certains  « privilégiés ».  

D’ailleurs, même le rapport de l’Office national de l’emploi (ONE) présente des chiffres datant de 2017. Il faut quand même souligner que ces chiffres ne sont pas complets, car ils ne tiennent compte que des demandes d’emplois faites uniquement à cet organisme qui n’a enregistré pour cette année-là que 11 586 demandes. Un chiffre qui cache une réalité bien plus inquiétante.

Résultat des courses, dans un continent où les moins de 14 ans représentent plus de 60% de la population, ces derniers sont marginalisés, et au Gabon plus qu’ailleurs ils le sont encore plus, puisque le taux de chômage des moins de 26 ans est de l’ordre de 46% selon l’OIT. Pis, la croissance économique déjà affaiblie par la crise qui a suivi la baisse des cours des produits de base mi 2014, est  impuissante face au défi du chômage et du sous-emploi. 

En définitive, entre absence de mécanismes de sorties de crises, absence de mécanismes de suivi des réformes et quasi inexistence de données statistiques fiables, les jeunes semblent livrés à eux-mêmes. C’est à croire que Morten Jerven auteur des livres Poor Numbers et Africa : Why Economists Get It Wrong, avait vu juste en affirmant que, « les présidents sont élus, rejetés et réélus en promettant de créer de l’emploi, pourtant la plupart d’entre eux n’a pas la moindre idée de l’étendue du chômage. Ils ne savent ni s’il monte, ni s’il descend, et ne savent même pas où travaillent les gens et où ils voudraient travailler ». 

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