Gabon: la CNSS asphyxie financièrement les journaux La Loupe, L’Aube et Moutouki

Alors qu’elles peinent à se départir des sanctions récurrentes de la Haute autorité de la communication (HAC), les entreprises de presse font désormais l’objet de pression pour le moins incompréhensibles. C’est le cas du groupe de presse Oloumambe, éditeur des journaux La Loupe, L’aube, Moutouki et Le Dernier Cri dont les comptes ont été saisis depuis le 26 juin 2019 par l’ancien directeur général de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) Nicole Assélé, et qui jusqu’à ce jour n’ont toujours pas été levées malgré le paiement de la totalité de la dette par chèque le 22 août dernier. 

Voilà une affaire qui risque davantage d’inquiéter les opérateurs économiques et démentir les autorités gabonaises sur leur volonté d’assainir le climat des affaires dans le pays, au moment où le Doing Business classe le Gabon 169ème au monde. En effet; c’est par une correspondance n°3512 daté du 26 juin 2019, dont Gabon Media Time a reçu copie, que la CNSS avait saisi le directeur général du Groupe Oloumambe pour « dénonciation d’avis à tiers-détenteur ». « Ces avis à tiers-détenteur, écrit-elle, ont été émis en recouvrement de la somme de 2 869 961 Fcfa, correspondant au montant dû au titre des cotisations sociales pour la période allant du 1er trimestre 2016 au 4ème trimestre 2017 ». 

Jusque-là, rien d’anormal, pourrait-on dire. D’autant plus que la Caisse nationale de sécurité sociale, face à des tensions de trésorerie, pilotait son opération de recouvrement de créances. Un rapport d’audit réalisé en décembre 2017 par le cabinet Natray Consulting Group montrait que plusieurs administrations et sociétés privées étaient débitrices vis-à-vis de cet organisme de 400 milliards de FCFA. Entreprises et administrations parmi lesquelles on compte la Mairie de Libreville, avec une dette de plus de 21 milliards, le Parti démocratique gabonais (PDG) avec une ardoise qui dépasse les 18 milliards ou encore la présidence de la République qui accumule plus de 3 milliards d’impayé ou encore des sociétés comme Gabon intérim industrie cumulée est de l’ordre 21 milliards. 

La saisie des comptes du Groupe Oloumambe procédait donc de cette volonté du « recouvrement forcé ». Joint par Gabon Media Time, à la suite de l’observation de l’absence en kiosque de l’hebdomadaire Moutouki, ce jeudi 19 septembre 2019, le directeur de publication des journaux de ce groupe de presse Axe Elossi Nkouyi a souligné que dans un souci de respect de la législation, l’entreprise s’était rapidement acquittée de cette dette. « A l’instar d’autres sociétés de la place, notre trésorerie ne nous permettait pas d’honorer nos engagements sociaux. Cependant, dès que nos comptes ont été saisis, les employés ont privilégié le paiement de la dette CNSS au détriment de leurs salaires. Cette somme a été payée en totalité le 22 août 2019 et débitée sur notre compte quelques jours plus tard », a-t-il confié. 

Forte probabilité d’une action délibérée pour étouffer la parution de des journaux du Groupe Oloumambe

Problème, indique ce responsable du Groupe Oloumambe, jusqu’à ce jeudi 19 septembre 2019 « La CNSS n’a opéré aucune main levée sur la saisie de nos comptes. Ce qui nous pénalise énormément et empêche la sortie de nos journaux et met en mal la viabilité de notre outil de travail. Outil de travail sans lequel nous ne pouvons faire notre chiffre d’affaires pour nous permettre de payer nos salaires, les autres taxes fiscales et sociales prévues par la loi ». Selon certains observateurs, la liberté de ton de ce Groupe de presse serait à l’origine de ses problèmes actuels. Une fois la dette acquittée, la CNSS devrait rapidement débloquer les comptes saisis pour permettre à cette entreprise de retrouver son fonctionnement normal. Si ce n’est pas fait, alors il y a lieu de soupçonner une action délibérée pour étouffer la parution de ces journaux. Même si du côté de la CNSS, on tient à rassurer cet opérateur économique sur l’absence de volonté de nuire, le doute persiste.   

Pour rappel cette entreprise est très souvent l’objet de tracasserie. Au mois de septembre 2014, La Loupe et L’Aube ont été piratés par « des mains noires » proches du Palais de l’époque. Des contenus de journaux du groupe ont été changés et remplacés par des articles à la gloire de Maixent Accrombessi et les « Hommes du président ». Comme si cela ne suffisait pas, dans la nuit du 29 au 30 octobre 2015, le siège de nos confrères a été littéralement saccagé. Les « malfaiteurs très professionnels » ont détruit les archives, les ordinateurs avant d’emporter les appareils photo et autres documents utiles à la fabrication d’un journal. 

Alain-Claude Bilié-By-Nzé annonçait saisir le procureur de la République contre La Loupe

Fait inédit, le 3 novembre 2015, en plein journal de 20h, l’ancien ministre de la Communication Alain-Claude Bilié-By-Nzé annonçait saisir le procureur de la République contre La Loupe pour « trouble à l’ordre public, incitation à la haine, appel au meurtre et à la désobéissance civile ». Une action qui d’ailleurs ne recevra pas l’assentiment du Conseil national de la communication (CNC). 

Depuis le mois de juin 2018, l’autorité de régulation sous la présidence de Raphaël Ntoutoume Nkoghe n’a de cesse d’infliger aux journaux édités par Oloumabe des sanctions allant de l’interdiction de l’un de ses rédacteurs en chef d’exercer ses fonctions durant 6 mois à la suspension des journaux notamment L’Aube pendant 1 mois, 3 mois puis 6 mois ; La Loupe pour 1 mois et 3 mois; Moutouki pendant 1 mois et 3 mois. Ce groupe de presse serait-il victime d’un acharnement organisé? La question vaut son pesant d’or, au regard des tracasseries qu’il subit ces dernières années. 

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