Gabon: la bourse au mérite, les explications abracadabrantesques de Nkoghe Bekale !

Julien Nkoghe Bekale et Moukagni Iwangou © GMT

Face aux médias ce lundi 08 avril 2019 lors d’un déjeuner de presse organisé par la Primature, Julien Nkoghe Bekale a répondu sans tabou aux questions des hommes et femmes de médias. Si le chef du gouvernement et sa délégation ont convaincu par leur maîtrise des dossiers de leurs départements ministériels, il n’en demeure pas moins que sur les raisons des réformes actuelles des zones d’ombre demeurent.  

Le Premier ministre a d’emblée reconnu ne pas avoir privilégié la communication depuis sa prise de fonction en janvier dernier, aussi bien envers les médias qu’auprès des populations qui subissent de plein fouet les mesures d’austérité  qui leur sont imposées. Depuis sa déclaration de politique générale devant l’Assemblée nationale, le chef du gouvernement et son équipe ont brillé par des décisions impopulaires, mais dit-il, nécessaires pour la bonne marche du pays et surtout pour son redressement.

Seulement, sur la question des allocations de bourses et leur mode d’attribution, il semble que le chef du gouvernement Julien Nkoghe Bekale et Moukagni Iwangou, ministre d’Etat chargé de l’Enseignement supérieur ne nous disent pas tout. En effet, l’article 2 de la loi N° 21 portant orientation générale de l’éducation, de la formation et de la recherche « stipule » que « l’éducation et la formation sont obligatoires. L’accès à l’éducation et à la formation est assuré à tout jeune, Gabonais ou étranger résidant au Gabon et âgé de 3 à 16 ans », comme l’a rappelé le ministre de l’Enseignement supérieur.

Bien que le décret ne souffre d’aucune ambiguïté, il y a lieu cependant de souligner que les ministres ont oublié que ce décret contient également d’autres articles qui eux, relèvent la responsabilité de l’Etat vis-à-vis de ces jeunes à qui on veut imposer une réforme qui sur le fond est envisageable mais sur la forme critiquable. Par exemple, sur l’organisation académique de l’éducation, de la formation et de la recherche, les ministres ont omis de mentionner la création du CNEFOR (article 12).

En effet, le « Conseil national de l’Education de la Formation et de la Recherche (CNEFOR), dont la mission principale est d’évaluer la mise en œuvre des offres de formation, des projets d’infrastructures et d’équipements, dans l’enseignement, la formation et la recherche, au moyen de bilan d’étapes, aux fin d’apporter des ajustements nécessaires visant  une plus grande efficacité des actions éducatives et de recherche », est censé être la plus haute instance nationale en matière d’éducation, de formation et de recherche.

Outre le CNEFOR, la loi 21/2011 prévoit également que l’Etat puisse avant tout créer les infrastructures nécessaires à la mise en oeuvre des recommandations des états généraux de l’éducation et de l’ensemble des articles prévus dans ce texte. Des préalables à la mise en exécution des mesures prises récemment par le gouvernement. « La bourse est la prime du mérite et de l’excellence, et non du baccalauréat », a déclaré le ministre de l’Enseignement supérieur. Ce qui est totalement juste. Mais en quoi avoir 20 ans peut-il empêcher un élève d’être excellent et méritant ?

Nul doute que le baccalauréat à 19 ans est réalisable. Et c’est tout à l’honneur du gouvernement de parvenir à rendre sa part de génie aux Gabonais. Cependant, la définition de l’excellence à travers cet âge et la moyenne de 12 minimum au Bac est incompréhensible. Quand on sait, grâce au tableau des résultats pour l’année académique 2017-2018 présenté par le ministre de l’Enseignement supérieur,  que les élèves âgés de 19 ans au baccalauréat représentent 20% du total des effectifs à cet examen au Gabon. Cela donne plus l’impression qu’il s’agit d’une question de sous et non de mérite. Car l’excellence ne se mesure pas à l’âge mais à la qualité de l’élève.

Par ailleurs, comment peut-on extraire un quart d’articles dans un décret pour imposer une mesure sans tenir compte des moyens d’accompagnement y relatifs et constituant la part restante de ce décret ? Peut-être les ministres nous répondront-ils prochainement dans un format plus ouvert et non limité à cinq questions pour plus d’une vingtaine de journalistes. Wait and see.

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