Gabon: Joël Ogouma traîne La Loupe et Moutouki devant la justice pour diffamation

Après avoir obtenu la suspension respectivement de trois et un mois des hebdomadaires La Loupe et Moutouki, l’actuel gouverneur du Woleu-Ntem Joël Ogouma, dont le nom est fortement cité dans l’affaire de la distraction de 22 milliards de Fcfa destinés à la construction de l’hôtel des Impôts de Libreville, entend désormais mettre à mort ces journaux et obtenir l’emprisonnement du directeur de publication et du journaliste auteur des articles. C’est dans ce dessein qu’il les a récemment assignés devant le tribunal de première instance de Libreville pour diffamation par voie de presse.


L’affaire continue de faire grand bruit au sein de l’opinion et est loin d’avoir trouvé son épilogue. Après la suspension de ces hebdomadaires par la Haute autorité de la communication (HAC) sur saisine de l’ancien directeur général des impôts, ce dernier a entamé une une autre procédure contre ces journaux. Cette fois-ci, une citation directe en correctionnel qui ne manquera pas d’apparaître aux yeux des observateurs de la vie politique comme un acharnement contre la libertés de la presse. C’est ainsi, que ce 27 février s’ouvrira un épisode judiciaire qui mettra au banc des accusés le directeur de la publication des journaux La Loupe et Moutouki Axe Elossi et du journaliste Merlin Mbina.

C’est par exploit d’huissier de Maître Nicaise Edzo Obiang déposé ce mercredi 13 février au siège du Groupe Oloumanbe, éditeur des journaux L’Aube, La Loupe et Moutouki, que l’actuel gouverneur de la province septentrionale a assigné en justice non seulement deux des journaux mais aussi le directeur de la publication et un journaliste de la rédaction.

Motif évoqué dans sa citation à comparaître, diffamation par voie de presse. En effet, dans sa parution du mardi 20 novembre 2018, n°397, l’hebdomadaire titrait « les impôts chassés de l’immeuble Orchidia » et s’interrogeait sur les raisons de la non traduction devant la justice de Joël Ogouma dans le cadre de la disparition de 22 milliards destinés à la construction de l’hôtel des Impôts, somme qu’il avait héritée de son prédécesseur Michel Mpega.

Des interrogations somme toute légitimes, ce dernier n’ayant jamais pris le soin de clarifier l’opinion sur la gestion de ce montant faramineux et qui au demeurant continue de susciter des interrogations. Pis, Joël Ogouma estime en saisissant la justice que les responsables des journaux La Loupe et Moutouki devraient subir les affres de la justice alors que ceux-ci s’interrogeaient simplement sur la gestion des finances publics mises à sa disposition pour le fonctionnement de la direction des Impôts.

Concernant l’hebdomadaire Moutouki l’actuel gouverneur estime que celui-ci aurait porté atteinte à son  honorabilité publique et aurait terni son image. Des faits constitutifs  du délit de diffamation par voie de presse. Il pointe du doigt la parution du jeudi 22 novembre 2018 n°146 qui selon lui il l’accuse à tort de détournement de fonds à la direction générale des impôts ou encore de corruption d’agents publics.

C’est donc pour réparer ce qu’il considère comme un crime de lèse majesté que l’ancien directeur général des Impôts sollicite la condamnation non seulement des journaux mais aussi de ses animateurs aux sanctions prévues par le Code pénal en son article 284 qui dispose « Quiconque, hors les cas prévus aux articles 157 à 162, se rendra coupable de diffamation envers un particulier (…) sera puni d’un emprisonnement de trois mois à un an et d’une amende de 24 000 à 300 000 francs, ou de l’une de ces deux peines seulement ».

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