Gabon : Joël Ogouma traîne La Loupe en justice en travestissant les faits

Joël Bernard Ogouma, ancien DG des Impôts de 2009 à 2017 © D.R

Par une citation directe en correctionnelle en date du 13 février 2019, Joël Ogouma ancien directeur général des Impôts et actuel gouverneur de la province du Woleu-Ntem a donné citation à Axe Elossi, directeur de publication du journal La Loupe, au motif que le journal dans sa livraison du 20 novembre 2018 aurait diffamé l’ancien directeur de cabinet adjoint d’Ali Bongo Ondimba, en titrant en début de sa première page « les impôts chassés de l’immeuble Orchidia ». L’affaire a été appelée ce jour puis renvoyée à une date ultérieure. Analyse !



À la une du n°397 de l’hebdomadaire La Loupe, qui visiblement a donné des insomnies à Joël Ogouma, notre confrère rapporte « Hier sur la rue Jean Ndende à Libreville, le spectacle se passait de commentaire, quelques services des impôts, autrefois locataires dans cet immeuble, ont été honteusement chassés par le propriétaire des lieux. Joël Ogouma, l’ancien DG de cette caisse noire des dirigeants au pouvoir, n’a pu payer les loyers de 700 millions de francs CFA. Du coup, des questions ne manquent pas : où sont passés les 22 milliards laissés par Michel Mpega pour construire l’hôtel des impôts ? Pourquoi Joël Ogouma n’est-il pas poursuivi pour répondre de sa pagaille dix ans durant à la tête de cette administration ».

Selon Joël Ogouma « à la lecture des informations susmentionnées, il ressort pour l’essentiel que, alors ancien Directeur Général des impôts, Monsieur Joël Ogouma, propriétaire d’un immeuble situé sur la Rue Jean Ndende à Libreville, y avait insidieusement installé une partie de l’administration des impôts ». Une interprétation pour le moins fallacieuse, car La Loupe ne mentionne nulle part qui est le propriétaire de cet immeuble Orchidia dans lequel la direction générale des impôts avait été honteusement mise à la porte en janvier dernier pour des impayés de loyers.

A la lecture de l’extrait maladroitement interprété par l’actuel gouverneur de la province septentrionale, il ressort que le journal souligne que ce dernier n’aurait pas pu s’acquitter du loyer à hauteur de 700 millions de Fcfa, ce qui le place donc dans la position de locataire et non de propriétaire comme il tente de le démontrer dans sa requête.

Dans le même ordre d’idées, Joël Ogouma estime également que le journal « La Loupe » aurait proféré les insinuations suivantes : « Monsieur Joël Ogouma a certainement fait main basse, sur les 22 milliards laissés dans les caisses par son prédécesseur, destinés à la construction de l’hôtel des impôts ». Une interprétation elle aussi très curieuse, car à la lecture de l’article incriminé, l’auteur s’interroge tout simplement sur le chemin qu’auraient pris les 22 milliards de Fcfa destinés à la construction de l’hôtel des Impôts de Libreville et ne fait aucune affirmation.

Des interrogations somme toute légitimes, ce dernier n’ayant jamais pris le soin de clarifier l’opinion sur la gestion de ce montant faramineux et qui au demeurant continue de susciter des interrogations. Pis, Joël Ogouma estime en saisissant la justice que le responsable du journal La Loupe devrait subir les affres de la justice alors que celui-ci s’interrogeait simplement sur la gestion des finances publiques mises à sa disposition pour le fonctionnement de la direction des Impôts.

La justice devrait à l’examen de ladite requête demander des comptes à l’ancien directeur général des Impôts dont le prédécesseur confie dans une interview qu’au moment de quitter ses fonctions il avait laissé la bagatelle somme de 25 milliards de Fcfa dans un compte au nom de cette administration domicilié à BGFI. D’ailleurs dans une interview accordée à l’hebdomadaire Le Dernier Cri en février dernier, le président du Syndicat des professionnels des Impôts (SPI) Sylvain Ombindha Talheywa 3 revenait sur « le passage catastrophique » à la tête de cette administration de l’actuel gouverneur du Woleu-Ntem. « L’ère Joël Ogouma a été caractérisée par, non seulement, l’absence d’entretien de ces bâtiments mais surtout par le non-investissement dans ce sens. Plus grave, les fonds laissés par M. Michel Mpega pour la construction de l’hôtel des Impôts ont été distraits au profit de qui ? Seul M. Ogouma le sait. La gestion des ressources humaines ressemblait à la gestion d’une épicerie », confiait-il.

Une posture qui s’accommode bien du principe de la charge de la preuve énoncé à l’article 1353 du Code civil ancien qui voudrait que celle-ci incombe à « celui qui réclame l’exécution d’une obligation », mais aussi que « celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation ». Or, Joël Ogouma à qui revenait la responsabilité de la gestion desdits 25 milliards de Fcfa plutôt que s’activer à saisir successivement la Haute autorité de la communication (HAC), puis le tribunal correctionnel de Libreville devrait rapidement apporter des réponses et des preuves irréfragables sur l’utilisation détaillée de ce montant pour être définitivement disculpé dans cette affaire.

Au moment où la République est en émoi au sujet du Kévazingo, la présidence de la République dont « la main ne tremble pas » devrait avoir le courage d’ouvrir « le dossier hôtel des Impôts » au nom de la transparence !

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