Gabon: «infiltration», «espionnage» et achat de conscience, la riposte du PDG contre l’Appel à agir

C’est ce que l’on serait en droit de comprendre après la divulgation d’un document interne du Parti démocratique gabonais (PDG) traitant de la stratégie mise en place pour faire barrage à « l’Appel à agir » qui demande à cor et à cri la constatation de la vacance du pouvoir. Cette opération dénommée « Boomerang » a pour objectif d’organiser une « riposte démocratique au Collectif des dix dans la commune de Libreville ».

La peur a changé de camp ! C’est la phrase assassine très souvent lancée par les membres de l’opposition à l’endroit du parti « de masse », qui face à un débat démocratique de plus en plus pressant concernant l’état de santé du chef de l’Etat Ali Bongo Ondimba se voit contraint d’élaborer une stratégie pour faire oublier aux populations l’incertitude qui règne au sommet de l’Etat.

Ourdi par le secrétariat général de cette formation politique, l’opération « Boomerang », dont le nom peut sonner comme une sorte de retour à l’envoyeur, se décline en plusieurs actions de terrain et même d’espionnage pour contrecarrer la tournée initiée par un collectif de citoyens qui a lancé « un appel à agir » et a « demandé à ce que la vacance du pouvoir présidentiel soit constatée », suite aux ennuis de santé du président de la République.

Selon le compte-rendu de cette réunion stratégique, qui a fuité au point de se retrouver sur les réseaux sociaux ce jeudi 21 mars, cette riposte doit « se déployer sous la couverture des préparatifs des festivités en différé de la fête du parti ». Chose étrange dans cette manoeuvre aux allures de scénario complotiste, le parti au pouvoir prévoit d’infiltrer les causeries organisées par les membres de l’Appel à agir. « Repérer les lieux où ils passent et les éléments de langage déployés », indique ce document signé du secrétaire provincial de l’Estuaire, Augustin Ondong(orthographe du nom à vérifier )Mba.

Souhaitant mettre à mal le discours de ce collectif, le Parti démocratique gabonais n’a d’ailleurs pas lésiné sur les moyens, puisqu’il prévoit le transport des militants par fédération, une couverture médiatique importante et même des « rafraîchissements républicains » quoique pour certains il faille entendre par là « la distribution de boisson et d’argent en espèce », une pratique que l’on pourrait alors  qualifier d’achat de conscience pour faire adhérer le plus grand nombre de compatriotes à leur cause.  

Par ailleurs, les arguments qui seront utilisés lors de ces rencontres consistent à  « préciser la notion de vacance du pouvoir avant et après la modification de l’article 13 ; rappeler le fonctionnement régulier des principaux pouvoirs; rappeler leurs échecs non assumés au cours des élections générales d’octobre 2018 et mettre en évidence leurs contradictions internes », précise le compte-rendu.

Loin de ce scénario digne des plus grands films d’espionnage, qui pourrait glacer d’effroie le landernau politique gabonais, la stratégie que compte déployer le parti d’Ali Bongo Ondimba, qui pour rappel avait refusé de recevoir ce collectif, denote, pourrait-on dire, de la crainte de voir les populations adhérer massivement à cet « Appel à agir ».

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