Gabon : hier, aujourd’hui et demain

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Je n’adresse pas cet écrit aux xénophobes, aux racistes et aux tribalistes. Ses destinataires sont les citoyens, patriotes sincères, qui réfléchissent sur la réforme du Gabon et/ou ceux qui préparent l’avènement d’une nouvelle République faite de Justice, de Liberté, de Vérité et d’Effort au travail. A bon entendeur !…

Avant et après l’indépendance, le Gabon a toujours accueilli, sans trop de complication et avec amabilité, des personnes en provenance des tous les continents du monde. La plus grande communauté étrangère africaine et, certainement, la première venait du Dahomey, devenu Bénin. Comme par malheur, le sort a voulu que les maux d’Ali, le plus jeune chef d’Etat gabonais, viennent d’un étranger béninois en la personne de sa majesté Accrombessi Nkani qui a trahi, envoûté, manipulé et trompé Ali et moqué les Gabonais pendant 7 ans et qui, bizarrement, n’est pas, ou peu cité dans « Mamba ».

Les autres communautés étrangères qui ont toujours été fortement représentées au Gabon venaient des pays européens. Elles sont formées en grande majorité d’immigrés français. Maintenant qu’à la crise structurelle de la société gabonaise se greffent des crises conjoncturelles tenaces, dont celle de l’après-élection présidentielle qui confirme le délabrement et la désolation du pays, combinée à l’éventualité et au risque de voir Marine Le Pen prendre la direction de l’Etat français, les patriotes gabonais doivent porter leur attention sur la configuration sociologique et le nombre total d’étrangers de toutes origines présents sur le territoire. La composition de la population étrangère doit être clairement établie quantitativement et qualitativement par origine, par activités ou métiers, par âge et par statut légal. Un « audit démographique des Gabonais d’adoption » doit se faire pour connaître le rapport ou ratio « nationaux-étrangers » et pour répondre au questionnement suivant : combien y a-t-il d’étrangers dans le pays ? Comment sont-ils entrés au Gabon ? De quels pays et continent viennent-ils ? Depuis combien de temps vivent-ils au Gabon ? Combien de sorties et d’entrées ont-ils effectué depuis leur arrivée ? Quelles sont leurs activités ? Quelle est leur situation civile et matrimoniale ? Ont-ils investi au Gabon ? Dans quel(s) secteur(s) ? Quel est le degré et le nombre d’implications des étrangers dans les assassinats, meurtres, viols, braquages et accidents mortels dans le pays ? Etc.

Ce sont les hommes et les femmes qui exercent le pouvoir dans le pays qui sont les acteurs et les responsables de l’amélioration ou de la dégradation des conditions de vie de la population. Que ce Pouvoir soit Bien ou Mal Acquis (PBMA), les garants des institutions doivent répondre de leurs actes de gestion à tout moment et notamment en cas de nécessité. La nature des thèmes à traiter lors du dialogue gouvernemental actuellement en cours confirme que les institutions gabonaises sont vermoulues, obsolètes, phagocytées et inféodées au dictat de l’Exécutif. Quelques défis et évènements majeurs lointains expliquent la grave crise sociétale gabonaise qui a de multiples ramifications.

difficulté, voire l’impossibilité de mettre en place un mécanisme juridique juste avec des modalités qui permettraient à tout citoyen, homme ou femme, ayant une offre politique pour le pays et candidat à une élection présidentielle, de la faire connaître et la faire adopter par les électeurs agissant librement pour confier démocratiquement leur destin au postulant à la fonction de chef d’Etat. Cette difficulté et cette impossibilité, véritables entraves à l’alternance politique démocratique, ont leurs racines dans le trop long règne d’un homme, d’un parti, d’une famille, d’une province. Ceci a fini par faire croire, dur comme fer, aux membres de cette famille, de ce parti et de cette province que le pouvoir d’Etat pouvait s’administrer ou se gérer comme une propriété privée qui se transmet par héritage ou par cooptation.

C’est en 1967, au commencement du régime PDG-Omar et de ses amis, qu’a été planté le système politico-institutionnel du Gabon, avec pour vocation de perdurer. Aujourd’hui, « l’utilisation en l’état » de ce système est devenue compliquée, sa fonctionnalité est hors d’usage et difficiles son amélioration par la réforme ou son changement et son remplacement par voies légales et démocratiques. Ce système, foncièrement antidémocratique à son avènement, est présentement à bout de souffle et moribond malgré les retouches des années 1990 et les subterfuges des émergents qui n’ont pas compris à temps qu’il fallait se servir de la force, de la puissance et du pouvoir d’Etat pour le détruire. C’est à leur accession au pouvoir en 2009 qu’Ali et ses amis devaient organiser leur dialogue actuel, avec les participants de la société civile et des politiques, pour traiter les points qui sont inscrits aux travaux des panels. Le dialogue d’Ali pour la modernisation de l’Etat se tient, hélas, avec près de 8 ans de retard. Dans les publications passées, j’avais attiré l’attention des émergents sur certaines questions urgentes et de portée stratégique pour un pouvoir qui succédait, dans une continuité tumultueuse, à un régime vieux, ancré solidement dans les mentalités et représenté par des gens au sein et hors du PDG. Je parlais d’« écuries d’Augias » pour signaler les énormes efforts que les successeurs d’Omar doivent déployer pour redresser le Gabon de l’après Bongo-PDG. Mais, faute d’avoir trouvé un Hercule, le semblant début des travaux de nettoyage a été insignifiant et les écuries sont toujours encombrées.

Au niveau économique et financier. Ici, le mal prend la forme de «fuites financières et monétaires». L’on notera que toutes les ressources financières qui sont mobilisées pour le compte de l’Etat n’entrent pas toutes dans le Trésor public (1).

Il semblerait aussi que les sources de prélèvement de ces ressources ne sont pas toutes repérées. Les recettes publiques seraient minorées en amont par les collecteurs des deniers publics ; tandis qu’en aval, les sommes à dépenser, sur la base des facturations, seraient en partie captées par les payeurs sans que l’objet financé soit totalement, partiellement et nullement réalisé. Depuis 2009, c’est une infime part des crédits budgétisés pour le financement des investissements et du fonctionnement des administrations qui a été utilisée à ces fins. C’est le règne de la mauvaise gouvernance qui explique les retards des travaux, les chantiers inachevés, l’absence des équipements et des fournitures de bureau dans les services administratifs, la fin des commodités liées aux fonctions et responsabilités : carburant, missions, indemnités, etc.

Les entreprises de taille moyenne ou grandes, pourvoyeuses d’emplois, ferment pour raison de récession économique et financière et du non paiement par l’Etat de ses dettes. Que c’est triste de voir des engins de travaux de génie civil en arrêt et minutieusement rangés dans les entrepôts des chantiers. Par excès de tristesse et de meurtrissures, le Gabon est silencieux. Sur certains chantiers et usines, les hommes sont absents. Les machines et les engins se sont tus. Ce spectacle, par son silence, rappelle le deuil. Le silence invite à la réflexion et à la méditation. Dans la maison, à l’église, en forêt, face au plan d’eau d’un lac ou de la mer, dans un cimetière ou devant un cadavre, le silence a quelque chose de sublimement divin. Il vous calme autant qu’il vous repose.

Au cours du septennat, d’énormes sommes d’argent ont été détournées ou distribuées, privant le pays des « énormes réalisations annoncées » et attisant les conflits sociaux pour non satisfaction des droits et avantages acquis par les agents de l’Etat. Tout s’est passé en 7 ans et plus, comme si les équipes gouvernementales d’Ali n’étaient pas outillées et préparées à gérer un Etat ; comme si Ali était seul…ou entouré d’un ramassis de fripouilles, opportunistes et incompétents qui ont réussi à installer le Gabon, son peuple et ses partenaires dans un terrible merdier politique, économique, social et financier. Malgré nos oppositions politico-idéologiques, les patriotes ne doivent pas demeurer indifférents à la dérive du pays quand la situation tourne au vaudeville comme maintenant. Ceux qui vont succéder demain aux émergents partiront, non pas de rien, mais de très peu : routes, culture, tourisme, santé, éducation, institutions, économie et finances et, au sommet de tout, les formations (pas la formation) aux différents métiers et petits métiers, pour ne citer que ces domaines qui vont à vau-l’eau. Les témoins critiques d’aujourd’hui seront-ils demain co-accusés responsables de l’échec des émergents ?

Au niveau social et commercial : beaucoup de compatriotes ont conscience de la bombe à retardement qui git, sans bruit, dans le pays. Elle est enfouie et en perfectionnement régulier depuis des lustres. Cette bombe se nomme « immigration sauvage ». Comme toute bombe, elle est dangereuse parce qu’elle peut éclater avec violence si on ne la désamorce pas. Personne, pas même les services administratifs qui en ont la charge, ne peut dire aux Gabonais combien d’étrangers sont présents dans le pays. Pendant que les autorités de l’Afrique centrale hésitent à instituer la libre circulation des hommes, des flots d’immigrés, hors zone Cémac, entrent sans entraves ni difficultés au Gabon par toutes les voies : maritime, terrestre et même aérienne avec des visas de complaisance obtenus en contrepartie de paiements de sommes.

Ce phénomène, nourri par la corruption, crée des dégâts collatéraux qui impactent les us, coutumes et pratiques culturelles des autochtones dont les pratiques religieuses officielles sont connues. Dans tout le Gabon, les lieux de cultes se multiplient accompagnés de scandales multiformes. Quel est le degré de contrôle de l’administration dans la création, la construction et le développement anarchique des églises dites de réveil, des mosquées et autres lieux de prières dont les hurlements, les vociférations et les braillements assourdissants des fidèles provoquent partout le courroux des voisins ? Qui cède ou vend les parcelles à ces acquéreurs ? L’administration peut-elle faire connaître aux citoyens le nombre d’églises catholiques et de réveil, de temples protestants, de mosquées existant surle territoire ? Certains observateurs affirment qu’il y a désormais au Gabon plus d’étrangers que de nationaux. Aussi, un contrôle exhaustif doit être effectué pour établir la vérité des chiffres et freiner la propension des lieux de cultes à augmenter. A ce jour, aucun gouvernement de l’émergence n’a sérieusement rendu compte en communiquant sur le « dossier immigration » ou alors de façon biaisée en donnant des ordres pour régulariser les personnes en situation illégale. Le Gabon est parmi les rares pays d’Afrique centrale où les immigrés clandestins, qualifiés de « sans papiers », prennent à la fois le contrôle de l’Etat et d’un pan de l’économie domestique, par fourberie et avec la complicité des nationaux, et deviennent d’honorables hommes d’affaires ou de puissants hommes d’Etat très fortunés et empêtrés dans de graves scandales financiers et de mœurs.

La pauvreté et la misère ont inversé les places et les positionnements sociaux en faisant des Gabonais d’origine les étrangers et de ces derniers les autochtones. C’est naturellement celui qui a une source d’argent qui dicte la marche des évènements et le rythme de vie. Naguère, dans les villages gabonais, l’argent provenait des produits de l’agriculture, de la pêche et surtout de l’exploitation de l’okoumé en coupes dites familiales. A ce jour, les revenus sont générés par les activités courantes telles que le transport, l’agriculture vivrière et le commerce qui sont dominés par les étrangers à travers tout le pays. Il est rare que le commerçant du village soit un Gabonais. C’est le commerçant, étranger au village, qui est le véritable chef : il est le destinataire de tout ce qui est bien et bon. Il fait des prêts à forts intérêts. Il vend aux habitants, au comptant ou à crédit, ce dont ils ont besoin : pétrole, allumettes, oignons, sel, conserves, couteaux, limes, machettes, haches, filets, ailes et cuisses de volaille, jus de fruits, bougies, riz, sucre, lait, café, cube Maggi, pain, etc. En reconnaissance de sa bienfaisante présence, il bénéficie parfois de la bienveillante protection d’une personnalité politique de la contrée, de l’amitié et de la considération d’une partie de la population dont parfois une compagne, une femme de la localité. Placé en situation de monopole, ce commerçant craint la concurrence des autochtones. Il est arrivé dans un village que l’activité commerciale d’un Gabonais tourne court, tuée par la jalousie ou, comme ils disent, par la sorcellerie des siens ; les clients préférant acheter chez « Papa étranger » communément appelé « Malien ». Au secours, les villages gabonais se meurent !

Jeunesse gabonaise, le « commerce primaire » est l’activité la plus simple du monde des affaires. Il consiste à « acheter les marchandises en gros et à les revendre en l’état au détail » ; à « échanger un bien non fabriqué ni transformé par le vendeur contre de l’argent détenu par les tiersclients ». L’investissement basique de départ se compose d’un minuscule local, des étagères, d’un comptoir rudimentaire, d’un congélateur, du stock de marchandises, d’une balance et autres accessoires. Les jeunes Gabonais, garçons et filles, sans emploi doivent comprendre et se convaincre que l’activité commerciale est génératrice de revenus par des transactions rapides, maîtrisables et rentables. Ils doivent en faire le point de départ d’un durable, épanouissant et enrichissant plan d’affaires qui les conduirait à la prise en main progressive de l’économie locale et nationale.

Le retour au village pourrait être adossé à un projet de type commercial qui est par définition simple et de gestion simplifiée. Les quelques actions ci-dessous sont des préalables indispensables :

1- détecter et lister les besoins à satisfaire ;

2- être, si possible, propriétaire du local ;

3- avoir une source d’énergie ;

4- définir les modalités d’un approvisionnement régulier et sûr;

5- ne jamais être en rupture de stock, en particulier pour les produits les plus demandés ;

6- s’éloigner de la famille jusqu’à la phase de maturation de l’affaire ;

7- négocier un paiement par crédit fournisseur après dépôt d’une caution ;

8- appliquer des marges acceptables et convenables ;

9- donner priorité à la constitution d’une épargne ;

10- développer et diversifier avec le souci de maîtriser chaque étape, chaque activité et chaque produit.

Un tel projet nécessite votre forte implication, l’accompagnement de l’Etat et l’encadrement des agents économiques de vente en gros.

Guy Nang-Bekale,

Tél : 07 35 89 49

(1) Dans tous les pays du monde, les services de recouvrement des taxes, impôts et amendes ont la réputation d’être corrompus. L’Etat a pour devoir de réduire au plus bas les manques à percevoir de ses services et agents.

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