Gabon: la HAC condamne à mort l’éditeur de La Loupe, L’Aube et Moutouki !

Les trois hebdomadaires du groupe Oloumambè sous le coup de sanctions © Montage GMT

Les hebdomadaires La Loupe et Moutouki ont été sanctionnés le vendredi 21 décembre 2018, au terme d’une assemblée plénière de la Haute autorité de la communication (HAC) respectivement à trois mois et un mois de suspension suite à une saisine de Joël Ogouma, actuel gouverneur du Woleu-Ntem, pour des articles parus les 20 et 22 novembre derniers. Une décision qui condamne à mort le groupe de presse Oloumambe dont les trois journaux écopent tous désormais d’une interdiction de paraître. A moins qu’un élan citoyen ne sauve ces médias – très largement lus par les Gabonais – dont le ton et les investigations ont permis de lever «des lièvres».

GABON LIBREVILLE

Saisie par plainte de Joël Ogouma le 26 novembre dernier contre les journaux La Loupe et Moutouki pour un article paru le 20 novembre 2018 intitulé « Les impôts chassés de l’Immeuble Orchidia » pour le cas de La Loupe et le 22 novembre 2018 pour Moutouki qui a présenté en dessous de la première page de Moutouki une photographie titrée « Monsieur Joël Ogouma a détruit les Impôts », le collège des 9 membres de la HAC a décidé de faire droit à la demande d’« inertie prolongée des auteurs de ces deux journaux qui discréditent l’image d’une profession noble telle que le journalisme » formulée par le requérant.

Cette énième sanction contre La Loupe et la première contre Moutouki fait suite à celle qu’ont écopée L’Aube et son rédacteur en chef, Orca Mouelé Boudiandza le mois dernier. Désormais les trois parutions du groupe Oloumambe sont absentes des kiosques pour les semaines à venir. Des sanctions qui auront des conséquences financières énormes pour cette entreprise de presse qui emploie selon ses responsables pas moins de quinze Gabonais, salariés et collaborateurs extérieurs confondus.

A lire les deux décisions de la HAC contre La Loupe et Moutouki les propos tenus à l’encontre de l’actuel gouverneur de la province du Woleu-Ntem et ancien directeur général des Impôts, Joël Ogouma sont des « manquements » d’une telle gravité que la seule solution prévue par les dispositions légales en vigueur en matière de presse ne pouvait donner lieu qu’à la suspension des journaux incriminés.

La loi n°019/2016 du 09 août 2016 portant Code de la Communication en République Gabonaise sur laquelle la HAC fonde sa décision de suspension prévoit un mécanisme de droit de réponse ou de rectification si dans un article de presse écrite, à l’occasion d’une émission de radio ou de télévision, ou sur un site web, des propos fallacieux, inexacts ou diffamatoires sont tenus à l’encontre d’un individu en son article 12 alinéa premier qui dispose que « tout professionnel de la communication est tenu de diffuser gratuitement, dans un délai de 48 heures, un droit de réponse ou de rectification …», l’institution dont la plupart des membres sont journalistes y compris son président Raphaël Ntoutoume Nkoghe a préféré avoir « la main lourde » sur une entreprise de presse, évoluant dans un secteur d’activité en mal de rentabilité et très peu soutenu enclin à la cessation de paiements, plutôt que d’opter pour une mesure disciplinaire moins radicale telle que le droit de réponse ou de rectification.

Au Gabon, des entraves aux textes en vigueur réglementant un domaine d’activité sont régulièrement relevées. Un accident de la circulation survenu non loin de Kango, au niveau de Sogacel, le 15 septembre 2017, avait réduit en cendre un bus d’une société de transport terrestre en partance pour Makokou avec à son bord plusieurs passagers. Cette horrible tragédie imputable à l’entreprise n’avait pas donné lieu à l’interdiction d’exercer de ladite société. Autre exemple, il y a quelques années, un jeune homme trouvait la mort suite une intoxication alimentaire dont un des magasins Prix’Import avait été impliqué, celui-ci n’avait fait l’objet d’aucune sanction de la part de la direction générale de la Concurrence et de la consommation. Régulièrement l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) épingle les opérateurs du secteur, jamais aucun d’eux n’a fait l’objet d’un retrait de licence.

Le secteur de la communication semble être le seul au sein duquel, aucune faute présumée n’est excusable. Depuis l’entrée en fonction de la Haute autorité de la communication, les entreprises de presse nationale et internationale font l’objet de sanctions quasi systématiques pour des faits dont la gravité très discutable pourrait donner lieu à des annulations par la juridiction administrative en cas de recours pour excès de pouvoir.

L’institution dont le rôle ne se limite qu’à la sanction devrait comme l’affirmait son président  dans une interview accordée à Gabon Media Time, œuvrer pour une désescalade des sanctions et aider les journalistes à se former pour mieux exercer leur métier et les entreprises de presse à ne pas fermer boutique.

Au-delà de cette sanction contre La Loupe et Moutouki, Joël Ogouma, comme il fallait s’y attendre vient de gagner un combat devant la HAC dont certains membres seraient ses amis. Cependant, l’ancien DG des Impôts, a manifestement perdu la bataille de la crédibilité devant la clameur populaire. D’autant plus que les Gabonais attendent toujours de savoir les raisons pour lesquelles l’hôtel des Impôts n’est pas sorti de terre, alors que Michel Mpega avait laissé dans un compte de la BGFI 25 milliards de Fcfa.

Comme on le voit, l’action entreprise par la société civile contre Joël Ogouma pour la manifestation de la vérité sur cette affaire risque de devenir une boule puante pour l’ancien DG des Impôts, Joël Bernard Ogouma, gouverneur du Woleu-Ntem devenu !

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