lundi,26 octobre 2020
Accueil A La Une Gabon: garantir la pérennité de la liberté de la presse, un devoir...

Gabon: garantir la pérennité de la liberté de la presse, un devoir constitutionnel pour Ali Bongo

Consacrée aussi bien par les textes à valeur internationale contenus dans le préambule de la Constitution auxquels le peuple Gabonais a solennellement affirmé son attachement et qui constituent avec la Constitution ce qu’il est convenu d’appeler le bloc de constitutionnalité, la liberté de la presse corollaire de la liberté d’opinion doit être garantie et pérennisée par Ali Bongo Ondimba, président de la République, cheville ouvrière de l’Etat de droit et garant du respect de la Loi fondamentale. 

Aux termes de l’article 8 alinéa premier de la Constitution, « le Président de la République est le Chef de l’Etat ; Il veille au respect de la Constitution ; Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’Etat ». A ce titre, Ali Bongo Ondimba, en sa qualité de président de la République est donc le garant du respect de la Constitution. Cette dernière qui consacre parmi les libertés fondamentales, « la liberté d’expression » qui a comme corollaire « la liberté de la presse ». 

Cette liberté de la presse, fruit d’âpres négociations et obtenue au forceps au cours de la Conférence nationale de 1990, assemblée de toutes les forces vives de la Nation qui avait pour but de mettre fin au monopartisme et de prôner le retour au multipartisme en vigueur dès 1960, année de l’indépendance du Gabon jusqu’à 1967, est reconnue par la Constitution par le truchement des textes internationaux à valeur constitutionnelle tels que la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen du 26 août 1789, la Déclaration universelle des droits de l’Homme du 10 décembre 1948, la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples du 26 juin 1981 et la Charte nationale des libertés du 26 juillet 1990. 

C’est fort de cette consécration constitutionnelle de la liberté de la presse que feu le président Omar Bongo Ondimba avait dès l’an 2000, accepté que la presse écrite nationale soit subventionnée chaque année à hauteur de 500 millions de FCFA pour que cet engagement républicain se concrétise en acte et se pérennise. Pérennité de la presse dont a besoin la démocratie pluraliste gabonaise naissante. Car conscient de ce qu’une précarisation des journalistes était non seulement contraire à l’obligation de veiller « au respect de la Constitution » qui lui incombe mais aussi une atteinte aux bonnes conditions de travail des hommes de médias, dont le métier est essentiel à la vivacité de la jeune démocratie qu’est le Gabon.

« La vitalité d’un pays se mesure à celle de ses journalistes ».

L’importance de la presse pour la vivacité de la « démocratie pluraliste » a conduit à la mise en place de cette subvention, qui du point de vue constitutionnel allait de soi, puisque, lorsque la Constitution consacre une liberté ou un droit, le président de la République qui en est le garant se doit de le matérialiser. Omar Bongo Ondimba à l’époque se devait donc d’être garant de la Constitution et donc par implication de la liberté de la presse et partant de sa pérennité au Gabon qui sortait de 23 ans de monopartisme. Une décision qui, dès 2003, a été introduite dans la Loi de finances faisant ainsi de cette subvention à la presse, un des leviers de son indépendance financière. Elle constituait également une garantie étatique contre le financement du secteur par une philanthropie occulte qui pouvait à certains égards, conduire à des contreparties pouvant aller jusqu’au musellement, à l’autocensure, voire à la manipulation. 

Entre 2010 et 2020, cette manne financière qui n’a été payée que quelques années a été siphonnée par des arbitrages politiques injustifiés. Elle est passée en 10 ans de 500 millions de F CFA à moins de 130 millions F CFA alors que dans le même espace-temps, le nombre de médias éligibles a quadruplé. En effet, alors qu’ils étaient seulement une vingtaine de médias bénéficiaires en 2000, en 2020 il faut en compter près d’une centaine. L’Organisation patronale des médias (OPAM), syndicat professionnel le plus représentatif compte à lui seul près d’une cinquantaine de titres à la fois de la presse écrite que de la presse en ligne. D’ailleurs, le 12 avril dernier, aux prémices de la crise sanitaire liée à la Covid-19, l’Opam plaidait déjà, par la voix de son président Guy Pierre Biteghe, « pour une augmentation et un paiement anticipés de la subvention à la presse ». Une sollicitation qui est restée lettre morte, laissant ainsi le secteur se précariser davantage au nez et à la barbe des pouvoirs publics. 

Laissée pour compte parmi les devoirs du président de la République, la presse est aujourd’hui en lambeaux. Dépourvue de moyens, elle est abandonnée à elle-même, laissant ainsi les journalistes se livrer à tous types de commerce au mépris des valeurs cardinales de ce métier à la fois, garant de l’expression de la démocratie, repris dans la loi n°019/2016 du 09 août 2016 portant Code de la communication et de la libre circulation de l’information et du libre accès à l’information pourtant garanti par la Constitution. 

Laissez votre commentaire

Harold Leckat
Juriste contentieux, Fondateur et Directeur de publication "La chute n'est pas un échec. L'échec est de rester là où l'on est tombé ", Socrates
Global Media Time Gif 2px
Bestheinfusion