dimanche,19 septembre 2021
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Gabon: éthique, déontologie, ces concepts jetés aux calendes grecques dans l’administration

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Au Gabon, l’administration publique est réputée être atteinte d’une léthargie qui occasionne d’emblée son inefficacité dans un contexte exacerbé par l’avènement des nouvelles technologies. Pourtant, le service public est en proie à la perte croissante et inquiétante des concepts tels l’éthique et la déontologie au profit des usages peu commodes qui déteignent, in fine, sur l’image de la nation tout entière.

En 2021, nous évoluons dans des sociétés complexes et nerveuses rythmées par la perpétuelle transformation numérique. Seulement, au Gabon, l’administration classique joue encore le premier rôle notamment dans la gestion de la chose publique. Pour ce faire, des leviers d’optimisation de résultats ont été mis en place afin que les agents publics puissent rendre un service public de qualité et immaculé. C’est notamment le cas du Code de déontologie de la fonction publique.

L’article 5 de la Loi n°14/2005 du 8 août 2005 portant code de déontologie 

de la Fonction Publique dispose que « Constituent les principes fondamentaux auxquels est soumise l’administration : le principe de légalité; le principe d’égalité; le principe de la continuité ; le principe de la neutralité ;le principe de la mutabilité ou d’adaptabilité ; le principe de la gratuité ; le principe de la responsabilité ». Ainsi donc, ces principes doivent être observés par l’agent public dans l’exercice de sa fonction.

Un abus du droit de grève

Pourtant on est loin de cet idéal républicain lorsqu’on est amené à recourir aux services publics. Du ministère du Pétrole aux Affaires étrangères en passant par celui de l’Education nationale, c’est la cour du roi Pétaud. « En cas de grève, plus aucun agent n’est même à son poste », a déploré un usager venu en urgence faire homologuer un document. Et ce, en violation de l’article 7 dudit Code qui pose le principe de la continuité du service public en précisant que « le droit de grève ne doit pas, dans son exercice, provoquer une interruption totale ou 

complète du service public ».

La culture du « mouiller le chapeau du chef » normalisée

Le concept de gratuité a quasiment disparu dans un écosystème censé être peuplé de fonctionnaires rémunérés. Pour l’obtention d’un casier judiciaire, il est très souvent observé qu’un « billet de banque » est juxtaposé en toute discrétion. Une pratique normalisée qui constitue une entorse grave à la loi n°14/2005 du 8 août 2005 portant code de déontologie de la Fonction Publique. 

Même son de cloche de la part des agents de forces de l’ordre dont les services sont désormais monnayables. « Hier j’étais au commissariat solliciter la force publique, ils m’ont exigé de payer le carburant. C’était 50.000 FCFA. J’avais pas et personne ne s’est déplacée alors qu’on subissait une agression d’un groupe de jeunes voyous », a souligné un tenancier de bar importuné.

L’appartenance à une famille ou une ethnie comme clé de voûte

S’il est prévu à l’article 9 du Code de la déontologie administrative que « l’administration est neutre. Elle ne doit exercer sur ses agents aucun traitement discriminatoire en raison de considérations subjectives », l’application reste aux antipodes de cette base légale. 

Dans des administrations telles la Direction générale de la documentation et de l’immigration (DGDI) il suffirait d’être du Haut-Ogooué ou d’avoir un parent haut gradé à la Police pour obtenir des services qui semblent relever de l’impossible pour un citoyen lambda. 

La fonction publique est une sinécure

Si la Ministre de la Fonction publique Madeleine Berre a fixé pour cause de crise sanitaire liée au covid-19, les heures de travail entre 7h30 et 16h30, il est regrettable de constater que très peu d’agents publics s’y soumettent. Au ministère du Budget et des Comptes publics, les bureaux ont tout l’air d’un désert du Sahara occidental.
Pourtant, ces fonctionnaires continuent d’être payés mensuellement en jouissant même des avantages conséquents. « Si les fonctionnaires revendiquent leurs PIF, PIP, il faut déjà qu’ils soient à leurs postes de travail. Ils ne savent plus faire grève », s’est offusqué un étudiant en fin de cycle à l’Université Omar Bongo (UOB). Un ensemble de maux qui ne riment guère avec l’ambition affichée des plus hautes autorités d’assurer une relance économique via le Plan d’accélération de la transformation (PAT).

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Lyonnel Mbeng Essonehttps://www.gabonmediatime.com
Journaliste Reporter (Société - Justice - Faits divers )
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