Gabon: Estelle Ondo et Jacques Denis Tsanga corrompus par des exploitants forestiers?

Estelle Ondo et Jacques Denis Tsanga au coeur d'une affaire de pots-de-vin © Montage GMT

Malgré l’adoption de législations de plus en plus répressives au Gabon, et les coups de gueule de plusieurs organisations non gouvernementales, la problématique de la corruption dans le secteur forestier demeure une véritable épine sous le pied des plus hautes autorités. Le rapport, publié ce lundi 25 mars par l’ONG britannique Environmental Investigation Agency (EIA) vient mettre à nu les pratiques illicites ayant cours dans ce secteur et qui éclaboussent des hauts fonctionnaires de l’administration, notamment l’ancien ministre de l’Economie Forestière, de la Pêche et de l’Environnement, chargé de la Protection et de la Gestion des Ecosystèmes, Estelle Ondo.



Cette enquête menée sur 4 ans révèle que les entreprises forestières dont la plus importante est le « Groupe Dejia » fondée par l’homme d’affaires chinois Xu Gong De est au centre d’une véritable mafia avec l’aide de personnalités haut placées et la complicité des pays consommateurs. Au Gabon, le groupe comprend plusieurs sociétés affiliées impliquées dans la récolte, le transport, la transformation et l’exportation du bois, à savoir la Société de Sciage de Moanda (SSMO) et la Société des Bois de Mounana (SBM).

L’un des dirigeants de la Société de sciage de Moanda interrogé par les enquêteurs de l’EIA explique la façon dont les membres du Groupe payent régulièrement des pots-de-vin aux ministres gabonais pour obtenir la gestion de concessions forestières et éviter que leurs crimes soient punis. Ainsi, le nom de l’ancien ministre de l’Economie forestière Estelle Ondo ou encore l’ancien gouverneur du Haut-Ogooué, passé par ce ministère, Jacques Denis Tsanga sont clairement cités comme les personnalités ayant bénéficié des largesses de la société chinoise.

Ces pratiques avaient pour objectif de faciliter l’attribution de centaines de milliers d’hectares de forêt; mener des opérations forestières pendant des années sans plans d’aménagement approuvés; surexploiter des milliers d’arbres; exploiter de nombreuses espèces sans autorisation; exporter des centaines de milliers de grumes au-delà de leur quota autorisé, et éviter de payer des millions de dollars d’impôts via des méthodes sophistiquées de prix de transfert.

Confirmant le versement des potsde-vin, le responsable de l’entreprise indique durant son échange avec les enquêteurs : « Elle prend l’argent (Estelle Ondo), ils prennent tous l’argent ! ». Il pointe également du doigt l’ancien gouverneur de la province du Haut-Ogooué, Jacques Denis Tsanga qui aurait reçu de l’argent.  « Oui, il le fait très souvent. La ministre ne le fait pas très souvent », précise-t-il.

« Le montant pour le gouverneur n’est pas élevé. La grosse somme est requise par la ministre. L’excuse est presque toujours la même. La ministre dit à ses gens de nous informer qu’il y aura des « activités » à mener, qui nécessitent beaucoup d’argent. Nous devons donner cet argent », poursuit-il. Dans la foulée, il révèle que le responsable du ministère des Eaux et Forêts touchait à elle seule entre 200 000 à 300 000 yuans, soit près de 30 millions de Fcfa.

« Mais attention c’est seulement le minimum. Si vous avez des problèmes ou des faveurs à demander, ça coûte beaucoup plus cher! […] C’est le montant minimum qu’on doit payer pour maintenir la « relation » et s’assurer de rester dans leur système », a-t-il confié à l’EIA. Dans le cadre de cette enquête, on apprend que ce système aurait également bénéficié à des membres des forces de sécurité et de défense mais aussi à certains responsables administratifs.

Ces révélations qui démontrent les pratiques peu orthodoxes qui règnent au sein du ministère des Eaux et Forêts et plus globalement dans le secteur de l’exploitation forestière devrait interpeller les autorités judiciaires, notamment l’Agence nationale d’investigation financière (ANIF), la Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite (CNLEIL) ou encore le procureur général près la Cour criminelle spéciale afin que la lumière soit faite sur ces faits de corruption à grande échelle. Nous y reviendrons.

Consultez le rapport de l’ONG britannique Environmental Investigation Agency 

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