Gabon : découverte de coffres forts au domicile présumé de Laccruche Alihanga, quid du secret de l’instruction ?

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Des supposés coffres forts découverts au domicile de Brice Laccruche Alihanga © D.R./GMT

Dans le cadre de l’opération anticorruption dénommée « Scorpion » qui a conduit à l’interpellation de plusieurs hauts cadres d’entreprises tant publiques que parapubliques et surtout de l’ancien directeur de cabinet du président de la République Brice Laccruche Alihanga, une perquisition a été effectuée ce vendredi 06 décembre 2019 au domicile présumé de ce dernier et diffusée en direct sur la page Facebook du site Media 241.  


Dans cette vidéo diffusée en direct par Media 241 ce vendredi 6 décembre 2019, site d’actualité proche de la présidence de la République, on peut voir plusieurs personnes qui semblent être des agents des forces de sécurité et de défense procéder à la perquisition de ce qui est présenté comme le domicile de l’ancien ministre du Suivi de la stratégie des investissements humains. Une action qui semble rentrer dans le cadre de l’opération Scorpion qui a conduit à l’interpellation de Brice Laccruche Alihanga  le mardi 2 décembre 2019 par les limiers de la Direction générale des  recherches (DGR).

 

Ainsi, au fil de la vidéo, les internautes ont pu constater la présence de plusieurs grands coffres forts dissimulés sous terre et qui semblent contenir de l’argent. Il faut souligner que cette perquisition s’inscrit dans le cadre de l’opération anticorruption menée par la justice. Selon le procureur de la République près le Tribunal de première instance de Libreville André Patrick Roponat, cité par l’Agence France presse (AFP) Brice Laccruche Alihanga, Tony Ondo Mba et Noël Mboumba « ont été abondamment cités par des personnes actuellement en détention dans des faits de détournements de deniers publics, de concussion et de blanchiment de capitaux ». Il poursuit en indiquant que c’est « une plainte de l’agence judiciaire, qui est une agence de l’Etat, qui a conduit à ces interpellations ». 

Toutefois, si la perquisition intervient dans le cadre de l’opération « Scorpion », la question de la légalité de la diffusion de cet acte, qui est la recherche d’éléments de preuve d’une infraction au domicile d’une personne physique, pouvant être versée à une affaire, peut susciter des questionnements au sein de l’opinion. En effet, diffusion pour le moins curieuse, s’apparente plus à une tentative de manipulation de l’opinion comme l’avait déjà décrié l’avocat au barreau du Gabon Me Anges Kevin Nzigou concernant le rôle des médias dans ce scandale politico financier.

 

Il faudrait rappeler qu’en matière pénale, c’est la phase de l’instance pénale qui permet d’établir l’existence d’une infraction et de déterminer si les charges relevées à l’encontre des personnes poursuivies sont suffisantes pour qu’une juridiction de jugement soit saisie. Ainsi, cette phase obéit au principe du secret de l’instruction qui dispose que toute personne qui concourt à cette procédure est tenue au secret professionnel.  

Sauf que la divulgation par voie de presse, dans le cas d’espèce, par la diffusion en direct d’une perquisition effectuée par des officiers de police judiciaire sur dérogation du juge d’instruction conformément à l’article 43 du Code de procédure pénale, porte clairement atteinte à la présomption d’innocence de l’ancien directeur de cabinet d’Ali Bongo Ondimba. De quoi remettre au goût du jour les doutes émis par l’opinion sur le sérieux de l’enquête actuellement menée et qui pourrait s’apparenter à une « commedia dellarte ». 

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