mercredi,5 août 2020
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Gabon : de «Mamba» à «Scorpion», quelle responsabilité pour le président de la République ?

Il paraît que tout va bien au Gabon ! Le président gouverne et son fils âgé de 27 ans assure désormais la coordination des Affaires présidentielles. Quoi de plus normal dans cette dictature constitutionnelle placée sous le joug d’une dynastie familiale depuis 53 ans. 

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Comme dans tous les régimes autocratiques, l’opposition assiste impuissante aux luttes fratricides qui opposent, le temps d’un mécontentement, les héritiers putatifs du système. Pendant que certains crient à la « Monarchisation » voire à l’humiliation, le dauphin assume ses nouvelles fonctions et fait savoir à tous que le nouveau cycle d’épuration politique n’épargnera personne. En effet, sous la régence des BONGO-VALENTIN, pour sanctuariser la captation du potentiel mirifique du Gabon, il devient crucial de normaliser le chaos social et institutionnel. De tout temps, maintenir la paix des cimetières qui règne au Gabon a toujours été un enjeu de conservation héréditaire du pouvoir. Il faut convaincre les ambassadeurs de l’Union Européenne et de la France que malgré l’affaiblissement du président en exercice, tout va très bien au Gabon. 

En effet, pour certains analystes, il n’y a pas de crise politique au Gabon, « L’Harmonie règne au sein de la Majorité présidentielle ». Par cette affirmation péremptoire le quotidien « Gabon Matin », proche du palais de Libreville, répond à « La République des Voleurs » dénoncée par l’hebdomadaire « Echos du Nord ». Cependant, de « Mamba » à « Scorpion », les opérations de lutte anticorruption continuent de faire couler de l’encre et des larmes au sein du landerneau politique gabonais. 

Avec l’investiture frauduleuse d’Ali Bongo Ondimba en 2009, les affaires de corruption et de détournement de deniers publics et ceux privés réglementés défraient la chronique et donnent l’image d’une véritable pagaille au sommet de l’Etat. Sans préjuger de la suite des affaires pendantes devant les tribunaux compétents, il convient de rappeler ici que c’est l’essentiel de la haute administration qui est impliquée dans une association de malfaiteurs présumée. 

Ce scandale met en lumière la collusion entre l’intérêt général et les intérêts particuliers des collaborateurs et amis politiques d’Ali Bongo Ondimba, le « détenteur suprême du pouvoir exécutif » au sens de l’article 8 de la Constitution de la République gabonaise. Une telle situation nous invite à nous interroger sur la responsabilité politique du Président de la République et par ricochet, celle de son Gouvernement. 

Ali Bongo Ondimba, mauvais président ou médiocre directeur de casting ? 

Contrairement à ce que pensent les thurifères du régime, depuis 2016 notre pays connaît une crise politique qui trouve ses origines dans le refus d’Ali Bongo Ondimba d’accepter la loi du suffrage universel. Le rejet du consensus populaire par la Cour Constitutionnelle a ouvert la boîte de pandore. A la crise politique et sociale se greffe une crise économique qui, en fait est une crise de gouvernance qui a commencé en 2009. 

Pourtant, le Gabon au regard de son potentiel mirifique, rapporté à sa population ne peut connaître de crise économique. La misère du peuple gabonais est entretenue par un régime corrompu et avilissant. Pendant que les femmes accouchent à même le sol dans les maternités, que les pensions des retraités sont rationalisées, que les salaires des stagiaires à l’étrangers sont suspendus, l’on apprend stupéfait qu’au sommet de l’Etat, les Directeurs de Cabinet du Chef de l’Etat et leurs amis thésaurisent des milliards de franc dans leurs maisons. De Pascaline Bongo Ondimba à Brice Laccruche Alihanga en passant par Maixent Accrombessi, le cabinet présidentiel est devenu le laboratoire des crimes économiques et financiers. En fait, le Gabon est un Etat artificiellement défaillant. A REAGIR, nous avons l’intime conviction que Monsieur Ali Bongo Ondimba est le premier responsable de cette situation. 

En effet, aux termes des dispositions de l’article 20 de la Constitution, le président de la République « nomme aux emplois supérieurs civils et militaires de l’Etat ». Théoriquement, au sens de l’article 29 de la Constitution, le Président de la République partage cette prérogative avec le Premier Ministre. En pratique, le Président de la République exerce seul le pouvoir de nomination dans la mesure où, l’article 8 alinéa 1 de la Constitution consacre l’effacement institutionnel du Premier Ministre qui est relégué depuis la dernière réforme constitutionnelle au rang de simple collaborateur du Chef de l’Etat. Ainsi, il ne faut pas être spécialiste en droit constitutionnel pour comprendre que celui qui nomme est responsable des actes et des fautes de ses subalternes. Aussi, pour dédouaner Ali Bongo Ondimba de sa responsabilité politique, ces affidés avancent l’argument selon lequel, le Président de la République est mal entouré et ses collaborateurs ont trahi sa confiance. Pour ma part, je pense qu’Ali Bongo Ondimba est mal inspiré. 

Ali Bongo Ondimba, un président mal inspiré 

Depuis 2009, les affaires s’accumulent et se ressemblent : ce sont les exécutants qui sont mis aux arrêts et la main de la justice gabonaise n’est ferme qu’avec les Gabonais. Les donneurs d’ordres comme Maixent Accrombessi, Liban Souleymane et Seydou Kane de nationalités étrangères jouissent paisiblement de leur butin pendant que les Gabonais croupissent dans les geôles de la prison centrale de Libreville. Cette fascination qu’a Ali Bongo Ondimba pour les « voleurs étrangers » est de nature à nous faire douter de la sincérité des opérations anticorruptions « mamba » et « Scorpion ». Pour une bonne administration de la justice, pour le respect des principes d’impartialité et d’indépendance de notre système judiciaire, les amis étrangers d’Ali Bongo Ondimba cités dans l’affaire «  Mamba » et mis en examen par la justice française et américaine dans les affaires de corruption et détournement de fonds doivent être entendus par la justice gabonaise. 

Or, la justice expéditive et l’impunité nuisent considérablement à l’Etat de Droit au Gabon. De même, les erreurs de casting et les mauvais choix d’Ali Bongo Ondimba ont un coût pour la Nation. Ils disloquent le pacte républicain, dépossèdent les Gabonais de leurs propriétés et sont une source de retard économique pour notre pays. Onze ans après son arrivée au pouvoir, Ali Bongo Ondimba est encore dans la phase de rodage de son administration. Avec une moyenne de deux Gouvernements par an, il est temps qu’Ali Bongo Ondimba tire les conséquences de son incapacité à gouverner le Gabon. 

Le prix à payer pour Ali Bongo Ondimba est d’accepter la démocratie 

Après un accident vasculaire cérébral suivi d’une longue convalescence au Maroc, les croyants du Gabon avaient espoir qu’Ali Bongo Ondimba se laisserait pénétrer par l’esprit de Dieu au point d’en faire un homme nouveau. Hélas, avec la récente nomination de son fils au poste de « Président de la République par intérim », Ali Bongo Ondimba persiste dans sa volonté de faire du Gabon une monarchie constitutionnelle. Comme pharaon, le Président durcit son cœur et refuse le plan de Dieu pour son peuple. Comme Moïse, pour faire entendre raison à Ali Bongo Ondimba et son Gouvernement Mgr Jean-Bernard ASSEKO, ancien Vicaire général du diocèse d’Oyem et actuel Curé de la paroisse Immaculée Conception de Bitam, a récemment invité Ali Bongo Ondimba à la démission dans des termes clairs et non équivoques : «  par respect pour Dieu, à qui ce peuple appartient, que Dieu vous a confié de diriger, dites à Dieu votre incompétence, et faites comme le Pape Benoît XVI, qui à un certain moment de son pontificat, a trouvé que la charge était trop lourde, ou alors que le peuple ne suivait pas, a démissionné pour sauver ce qu’il y avait à sauver…», le curé de Bitam ajoute qu’ «  en sauvant le bateau, on vous sauve vous-même ». Cette interpellation emprunte de sagesse et de courage est tombée malheureusement dans les oreilles d’un sourd. Aujourd’hui, Ali Bongo Ondimba n’a ni l’envie, ni les capacités cognitives pour sauver le bateau ivre qui, depuis le 24 octobre 2018 ne semble plus avoir de capitaine. 

S’il est acquis que la Constitution de la République interdit au président de la République d’écourter son mandat, il peut tout au moins dissoudre l’Assemblée Nationale et remettre le pouvoir au peuple tel que le suggère Monsieur Franck Rebella. L’ancien Sénateur de la ville de Port-Gentil déclare qu’« en démocratie, si nous en étions une, un seul mécanisme permet au président de la République de véritablement marquer sa réelle volonté de rupture avec la gangrène, qui fait l’actualité depuis qu’il est au pouvoir. Il s’agit de la consultation du peuple. Pour faire respirer le corps social, pour lui redonner le pouvoir ». Cette pensée pourrait inspirer le nouveau « président par intérim » qui, en s’acharnant sur ses anciens copains se retrouve avec une majorité parlementaire infestée d’AJEVIENS revanchards à l’image du Premier Ministre Julien Ngoghe Bekale qui est par ailleurs, Président d’honneur de l’AJEV, la sulfureuse Association de la « Mafia » Aliangha. Contrairement à l’harmonie déclarée au sein de la Majorité présidentielle, la guerre des clans n’a pas encore livré son épilogue. Quoi qu’il en soit, cette lutte pour le pouvoir au sein du clan présidentiel doit interpeller tous les Gabonais épris de changement et de rupture. 

Le destin de notre pays est confisqué par Ali Bongo Ondimba ; Il est temps de réagir et d’agir ensemble pour le Gabon. Ce système n’est pas une fatalité. Comme disait le Général De Gaulle, « il n’y a qu’une fatalité, celle des peuples qui n’ont pas assez de force pour se tenir debout et qui se cachent pour mourir. Le destin d’une nation se gagne chaque jour contre les causes internes et externes de destruction ».       

Filles et fils du Gabon, au-delà de nos différences, peu importe nos origines ethniques et sociales, je crois que le désir fondamental d’avoir le contrôle de nos vies, de notre avenir, de notre pays est universel et brûle dans le cœur de chaque Gabonais. C’est pourquoi, pour ma part, la responsabilité de sauver le Gabon incombe à son peuple. Face à cette situation que traverse notre beau pays, nous ne devons jamais oublier que Dieu a un plan pour le Gabon. L’avènement de ce plan a besoin de chacune et de chacun d’entre nous.

En effet, l’histoire de notre pays n’est pas linéaire, elle est faite de zigzag mais les lignes de tendance prendront au bout du compte la direction d’un Gabon libre et démocratique, prospère, moins violent, plus bienveillant, plus généreux et cela nécessite que tous les patriotes indépendants se réapproprient leur pays et se battent pour leur avenir.  

Persis Lionel ESSONO ONDO 

Secrétaire Exécutif de RÉAGIR GABON.

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