Gabon-Congo : «nous sommes des journalistes pas des diplomates», la réponse des Échos du Congo à la HAC 

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Photo de famille des Conseillers membres de la Haute autorité de la communication © D.R.

Au lendemain de la publication d’un article de Médiaposte évoquant des faits peu recommandables des agents de la Gendarmerie Nationale présumés auteurs d’actes de barbarie au village Moungoundou-Nord, situé à la frontière Gabon-Congo, des faits révélés de prime abord par le média en ligne Les Echos du Congo, la Haute autorité de la communication (HAC) a une nouvelle fois fait le choix de la censure. Informée des faits, la Gendarmerie nationale au lieu de rassurer l’opinion sur cette question qui pourrait avoir un effet néfaste sur les relations diplomatiques entre les deux pays, a saisi la HAC qui s’est empressée de sanctionner le média gabonais. Les Échos du Congo, premier média à avoir relayé les faits incriminés, a tenu à réagir aux propos tenus par la HAC dans sa décision contre le journal Médiaposte, tout en rappelant le rôle intrinsèque du journaliste qui n’a rien à voir avec celui du diplomate. Nous publions in extenso ladite mise au point.  


« Mesdames, Messieurs,

Un rappel à l’ordre ciblant un média gabonais de la part de la Haute Autorité de la Communication, eu égard à la reprise par ce confrère d’un article initialement publié dans nos colonnes, faisant état d’une incursion brutale de gendarmes gabonais à Moungoundou Nord, nous a interpellé, surtout que le communiqué cite notre web-journal, « Les Échos du Congo-Brazzaville ».

Le parallélisme de formes aurait fait que nous nous abstenions d’une quelconque réponse à votre endroit, tant nous ne sommes pas du niveau institutionnel de cette structure d’un pays ami que du reste, nous respectons. Cependant, nous ne pouvons laisser passer certaines approximations induites par un questionnement erroné, sur la base d’un raisonnement tout aussi simpliste qu’incohérent, non en phase avec les us du métier, notamment l’investigation journalistique, pour laquelle vous êtes loin d’ignorer que le substrat même de certaines informations sensibles est loin de se récolter dans les officines institutionnelles.

Nous tenons à relever d’emblée que « Les Échos du Congo-Brazzaville » est un site responsable, animé par des journalistes professionnels. Notre travail obéit aux prescrits du métier, en matière de collecte, de traitement et de diffusion de l’information. Il n’y a rien que nous ayons publié, qui ne puisse pas être prouvé. C’est pourquoi, sans faire injure à la Haute Autorité de la Communication du Gabon, nous nous étonnons de la légèreté avec laquelle cette institution à aligné un questionnement inductif et tout aussi déductif à la fois, pour asseoir une conclusion à l’évidence simpliste.


Mesdames, Messieurs,

Pour votre gouverne, je réaffirme que les informations publiées sont authentiques. Vérifiables, tant l’unité de temps, de lieu, ainsi que les acteurs ayant vécu les faits sont connus et peuvent être approchés. Le fait que votre institution soit ignorante des informations évoquées, ou que la gendarmerie les ait récusées, ne signifie pas que lesdites informations n’existent pas. Avez-vous déjà entendu parler de la grande muette? La logique professionnelle aurait été que votre institution mène sa propre enquête en recoupant les informations à la source avant de déduire de quoi que ce soit. Surtout que le médias-source est congolais.

Dans notre article, nous avons relayés des faits commis par certains gendarmes gabonais qui à l’évidence déshonorent la Nation et l’uniforme gabonais, de par leurs pratiques avilissantes. Et ces brebis galeuses n’en sont pas à leur coup d’essai. Des précédents de leurs incursions en terre congolaise, dans la même zone géographique et dont nous nous sommes fait l’écho existent avec parfois des violences ayant occasionné mort d’hommes. Reportez-vous sur notre site pour mesurer l’étendue des menaces récurrentes dont les populations frontalières du Gabon sont victimes. Des chasseurs molestés. Des orpailleurs détroussés et parfois tués. Des populations violentées. Des femmes violées. Ces exactions connues des autorités congolaises sont, nous osons croire, traitées selon les us diplomatiques. Et nul n’est besoin de vous rappeler que pour des situations aussi sensibles, la diplomatie avance à pas feutrés, sans tambours ni trompettes.

Nous sommes des journalistes, pas des diplomates. Notre travail consiste à rendre compte des faits. Parfois en lanceur d’alerte, pas à les placer sous éteignoir, au nom de quelconques intérêts bilatéraux, impliquant les deux pays, afin, pourquoi pas, d’éviter, le cas échéant, un conflit ouvert. Le bon voisinage, c’est aussi le respect des populations frontalières par la Force publique d’un pays, comme de l’autre. Ce n’est pas l’avis de certains éléments égarés de la gendarmerie gabonaise qui multiplient leurs forfaits en terre congolaise. Une pratique dont le Congo est souvent victime de la part de nombre de ses voisins, et que nous avons régulièrement évoquée, quand naturellement, les faits se produisent. Et censurer des faits aussi graves, serait bien au contraire, un manque de professionnalisme de notre part.

Sans interférer sur le fonctionnement de votre institution, vis-à-vis des médias dont vous assurer la régulation, nous osons croire que vous aurez perçu le sens même de notre démarche et que la mise à nu de ces pratiques évoquées sera à l’évidence, une manière pour la Presse, de garantir le bon voisinage auquel, comme nous, vous tenez tant 

Le Rédacteur-en-chef

Bertrand BOUKAKA/Les Échos du Congo-Brazzaville ». 

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