Gabon: les conditions carcérales inhumaines de Bertrand Zibi

Les conditions dans les prisons du Gabon sont connues pour être difficiles. Mais ce que le prisonnier « spécial » Bertrand Zibi Abeghe, soutien de Jean Ping, a subi pendant trois ans de détention à la prison centrale de Libreville dépasse l’entendement. Entre tortures, tentatives d’assassinat, procès-verbaux préfabriqués, matières fécales et nourriture dans la même pièce, l’ancien député de Minvoul qui a comparu le 2 juillet 2019 en correctionnel raconte son calvaire, rapporté par Gabonreview.

L’arrestation de Bertrand Zibi Abeghe survient le 1er septembre 2016 après l’assaut du QG de son candidat Jean Ping qui a failli lui coûter la vie, selon ses dires. Il était loin de se douter qu’en échappant à la mort ce soir-là, il signait un aller-simple pour l’enfer. Lors de sa comparution l’ancien député de Minvoul dit n’avoir eu la vie sauve que par le miracle.

« Jusqu’à ce jour je me demande comment j’ai pu être épargné. Puisque les éléments qui avaient été commis pour l’assaut détenaient ma photo. Ils voulaient à tout prix m’éliminer. S’exprimant avec un fort accent anglais, ils me cherchaient sans me trouver. […] Ils avaient été certainement aveuglés par Dieu à qui je rends grâce», a raconté l’ancien député lors de sa comparution à la barre.

Pourtant, ce miracle va très vite se transformer en un cauchemar sans nom. Bertrand Zibi est encagoulé, balancé dans un véhicule et conduit à la direction générale de la Contre-ingérence et de la sécurité militaire, communément appelée B2. Il sera par la suite jeté presque nu dans une cellule pleine d’excréments où il passera 4 jours, « puis frappé, torturé, passé à tabac, mis sur pont par les éléments du B2 aidés par Hervé Ndong », l’ancien président de l’ONG Convergence décédé en septembre 2017 en France, souligne Gabonreview.

L’ancien député du 2ème siège de Minvoul qui dit s’être évanoui deux fois, n’a eu son salut, pour une courte durée, que grâce à l’intervention de l’ambassade des Etats-unis au Gabon. « J’ai été sorti de cette cellule grâce à la pression de l’ambassadeur des Etats-Unis. Quand on me sortait de cellule, bourré d’abcès sur le corps, il était difficile pour mes bourreaux de s’approcher de moi à dix mètres, vu que je puais très fort », a révélé Bertrand Zibi et rapporté par notre confrère.

La pause n’aura pas duré longtemps. Le prisonnier Zibi sera transféré à la prison centrale de Libreville, « Sans-famille » où il passera 45 jours dans une cellule sans lumière ni latrines, avec 25 autres détenus pour une capacité de 5 personnes, rapporte notre confrère.

Bertrand Zibi Abeghe a vécu l’enfer. Lors de sa comparution, il a décrit « un climat de mort et de terreur » à la prison centrale de Libreville. Les mots ne suffiront pas pour décrire la douleur ressentie, mais l’homme reste marqué par son passage dans ce mouroir et s’interroge sur ses pratiques inhumaines dans un pays censé avoir ratifié toutes les chartes de protection de droits humains. 

Alors que le procureur de la République a requis 10 ans de prison ferme contre lui, les juges donneront le verdict de son procès le 23 juillet prochain.

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