Gabon : arrestation des membres de l’AJEV, le silence inexpliqué du gouvernement

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Prisca Koho Nlend porte-parole du gouvernement et Anicet Mboumbou Miaykou ministre en charge de l'Intérieur et de Justice pas préocupés par l'obligation d'informer les gabonais © D.R.

L’actualité abondante ces derniers jours relative aux arrestations successives, et un tantinet spectaculaires des directeurs généraux de plusieurs entreprises publiques membres ou proches de l’Association des jeunes émergents volontaires (Ajev), cornaquée par l’ancien directeur de cabinet du président de la République Brice Laccruche Alihanga, ne semblent pas émouvoir le gouvernement, qui vautré dans son mutisme, observe pantois, ce capharnaüm qui intrigue l’opinion et qui soulève moults interrogations.  


Libreville a connu un début de mois de novembre particulièrement agité avec en amont, les changements majeurs dans les hautes sphères de la République, et avec en aval, l’éviction de certains dirigeants d’entreprises publiques d’une part, puis  l’arrestation d’autre part de ces hauts commis de l’Etat récemment remerciés. Le 7 novembre 2019, le gouvernement à la faveur d’un énième remaniement, a d’abord reconfiguré son équipe ministérielle.

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Dans le même temps, les conclusions sanctionnant le communiqué final du Conseil des ministres du même jour, ont validé les évictions de Renaud Allogho Akoue, directeur général de la Caisse nationale d’assurance maladie et de garanties sociales (CNAMGS), puis celle de Christian Patrichi Tanasa Mbadinga, Administrateur directeur général de la Gabon oil company (GOC), pour terminer par Ismaël Ondias Souna lui aussi dirigeant d’une entreprise publique, à savoir la Société équatoriale des mines (SEM). 

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La semaine qui a suivi, soit le 13 novembre 2019, Renaud Allogho Akoue a été interpellé par les agents de la Direction générale de la recherche (DGR) de la Gendarmerie nationale, Ismael Ondias Sounna sera à son tour arrêté un jour plus tard, le 14 novembre 2019. Patrichi Tanasa pour sa part, en cavale serait activement recherché par les forces de l’ordre et de défense. Pour tous ou presque, les chefs d’accusation seraient les mêmes, malversations financières, détournement de deniers publics et gestion scabreuse des régies financières sous leur direction.     

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Dans un Etat de droit, garants des valeurs républicaines, pareille situation mettant en cause des hauts commis de l’Etat, nommés en Conseil de ministres qui plus est, aurait fait sortir de sa réserve le Gouvernement, par le truchement de sa porte-parole, la ministre de la Promotion et de l’Intégration de la femme, Prisca Koho épouse Nlend. L’équipe gouvernementale renvoie l’image d’un gouvernement n’ayant aucune conscience républicaine. 

Tout se passe comme si Julien Nkoghe Bekale et ses hommes n’étaient débiteur d’aucune obligation d’information envers le peuple gabonais. Pourtant la Constitution de la République consacre le principe de l’Expression de la démocratie qui s’entend par : la  libre circulation de l’information et le libre accès à l’information. 

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Ce qui explique l’érection dans le Code de la communication en son article 63 de l’obligation pour les médias de couverture et de retransmission « de tous les événements relatifs à la vie de la nation » y compris les arrestations, les enquêtes intentées contre des hauts commis de l’Etat. Il s’agit d’« un droit universel, inviolable et inaltérable de l’homme moderne, d’un droit à la fois actif et passif : d’une part, la recherche de l’information, et, d’autre part, la possibilité pour tous de la recevoir ». 

Par quoi peut s’expliquer ce silence assourdissant de Julien Nkoghe Bekale quand dans le pays dont il est le premier des ministres, sont engagées contre plusieurs dirigeants d’entreprise publiques des procédures qui peuvent conduire à des peines privatives de liberté ? Pourquoi le ministre de l’Intérieur et de la  Justice, Edgard Anicet Mboumbou Miyakou n’instruit-il pas le procureur de la République de communiquer sur cette affaire dont l’opinion n’en maîtrise toujours pas les tenants et les aboutissants ? Est-ce leur appartenance à l’Association des jeunes émergents volontaires (Ajev) qui pousse le gouvernement à se vautrer dans son silence ? 

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Mieux, pourquoi n’appliquent-ils pas les préconisations du fameux séminaire de la communication gouvernementale organisée le 14 septembre 2019 à la Pointe Dénis ? « La communication gouvernementale doit être au cœur même de l’action publique », déclarait alors le Premier ministre, chef du gouvernement, Julien Nkoghe Bekale. Doit-on comprendre que nos ministres sont incapables de mettre en application les enseignements dudit séminaire dont l’objet rappelons-le, était de « s’approprier des outils pour une communication efficace » ?

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Autant d’incompréhensions, autant de zones d’ombres et d’interrogations qui chaque jour, au gré des événements, des commentaires sur les réseaux sociaux, consacrent l’idée selon laquelle le porte-parole du gouvernement, Prisca Koho épouse Nlend, dans son rôle de porte-voix de l’ensemble des ministres, n’est bon qu’à venir lire de façon redondante les communiqués finaux des Conseils de ministres.  

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