Gabon: quel apport de l’instance de régulation pour les entreprises de presse ?

Jean-Yves Ntoutoume, Directeur de Publication du journal « Le Temps » et responsable de la section Gabon de l’UPF

La question mérite d’être posée, au regard de la violente pluie de sanctions qui s’abat sur les médias aussi bien nationaux qu’étrangers. Au point que nombre d’observateurs qualifient la Haute Autorité de la Communication (HAC) de « nouvelle guillotine de la presse gabonaise ». En tout cas, pas moins de 15 suspensions diverses contre les médias, en moins de 6 mois de fonctionnement de la HAC, née sur les cendres du Conseil National de la Communication (CNC). C’est dire…



Dans la mouture de son livre ‘’Lumière sur le Gabon’’ « Esquisses d’éclairage sur une rupture désormais consommée entre Omar Bongo et le peuple. Prémices d’un génocide en préparation », Editions Les Arènes, Paris 2004, le journaliste Raphaël Ntoutoume Nkoghe, avait suggéré, face à la recrudescence des sanctions contre les médias et les journalistes, la « suppression pure et simple du Conseil National de la Communication et l’affectation de tout son personnel à leurs administrations d’origine ».

Raison évoquée par le journaliste RNN : le Conseil National de la Communication n’était pas bénéfique à l’environnement des médias. L’organe de régulation constituait plutôt : « un bouclier chargé de la protection médiatique du chef de l’Etat et sa famille, cette institution n’aura brillé que par son assujettissement à Bongo, au PDG et à tous les nantis du régime. Par sa brutalité à l’égard des médias et des journalistes. Par sa volonté de se substituer aux juridictions compétentes. » Et le journaliste RNN de conclure : « Dès lors, sa mission de réguler la communication a été galvaudée au profit d’un instinct carriériste primaire de ses conseillers…on ne peut dépenser plus de deux milliards chaque année pour la suspension de deux ou trois journaux et pour terroriser quelques communicateurs…» Signé, RNN, journaliste.

Quatorze ans après, la donne a-t-elle véritablement changé ? Pour nombre de professionnels des médias et autres observateurs, le diagnostic fait par le célèbre journaliste du satirique « La Griffe » de l’époque, reste intact. Sauf que les acteurs ne sont plus les mêmes.

En effet, le Conseil National de la Communication a été dissous, comme l’avait suggéré à l’époque notre confrère. En lieu et place de la Haute Autorité de la Communication dont le premier président se trouve être celui-là même qui pourfendait la défunte institution constitutionnelle. Mais la nouvelle instance de régulation fait-elle mieux que son aïeul, le CNC ? A l’épreuve des faits, non.

Profitant d’une loi de la presse liberticide qui ne prévoit ni blâme, ni avertissement dans l’échelle des sanctions administratives, Raphaël Ntoutoume Nkoghe et ses collègues conseillers membres de la HAC qui, sans doute, ne sont pas guidés par un « instinct carriériste primaire », comme l’a écrit RNN à l’endroit de ses prédécesseurs, n’hésitent pas, à chaque plénière, à fermer et asphyxier les entreprises de presse et à interdire les professionnels d’exercer le métier avec les graves conséquences qui en découlent sur le plan économique, financier et social.

Il faut dire que le Gabon qui occupe déjà la déshonorante 108 ème place sur 180 pays, dans le classement (2018) de Reporters sans frontières en matière de liberté de la presse, n’a pas fini sa dégringolade.  

Jean-Yves Ntoutoume

Directeur de Publication du journal « Le Temps » et responsable de la section Gabon de l’UPF.

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