samedi,31 octobre 2020
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Gabon: Appel à agir interpelle Milebou, Boukoubi et Nkoghe Bekale sur la vacance de pouvoir

Le feuilleton déclenché par le collectif Appel à agir réunissant des personnalités de l’opposition et de la société civile est loin d’avoir trouvé son épilogue. Après le dépôt d’un recours de contestation de la validité de l’ordonnance n°89/2018-2019 devant la Cour constitutionnelle et la demande de désignation d’un médecin-expert afin d’établir la capacité du président de la République Ali Bongo Ondimba à assumer les devoirs de la charge de président de la République, les membres de cette plateforme, ont dans une correspondance, interpellé le président de l’Assemblée nationale, celui du Sénat et le premier ministre sur la nécessité de se saisir de ce dossier. Nous publions en intégralité de ladite correspondance.  

Objet : Interpellation.

Madame et Messieurs,

Le 28 février 2019, nous avons fait une déclaration publique à la Chambre de Commerce de Libreville pour annoncer une initiative citoyenne en réponse à la situation particulière dans laquelle se trouve notre pays depuis le 24 octobre 2018. Dès le lendemain de cette déclaration, et au regard de votre place dans le dispositif institutionnel de notre pays, nous vous avons formellement saisis pour solliciter une rencontre afin de nous en expliquer auprès de chacune de vos hautes autorités. Nous regrettons que ces demandes n’aient pas rencontré votre écoute. Depuis lors, et ainsi que nous le redoutions, la situation de crise dans laquelle se trouve notre pays n’a cessé de s’amplifier.

Par la présente et avec gravité, en citoyens libres et responsables, devant les Hommes et devant l’Histoire, nous vous interpellons solennellement afin que, dans le cadre de vos responsabilités constitutionnelles respectives,  vous vous saisissiez officiellement de cette question qui engage comme jamais la stabilité de notre pays et son avenir.

Certes, Monsieur Ali Bongo a été ramené au Gabon le 23 mars 2019. Certes, on nous a servi des images le montrant en train de présider quelque quatre conseils des ministres en sept mois. Certes, des images d’entretiens avec des personnalités diverses ont été présentées à l’opinion publique. Mais sa première sortie publique, les 16 et 17 août derniers, a fini de convaincre les personnes les plus sceptiques et les plus avisées de la nécessité de confirmer sa capacité à remplir les charges de la fonction de président de la République, à défaut de la nécessité de déclarer la vacance de la Présidence de la République.

Depuis ce retour du 23 mars 2019, combien de fois Monsieur Ali Bongo a-t-il quitté le Gabon et pour combien de temps ? Nul ne peut contester ces longues absences répétées du territoire national pour des destinations inconnues.

L’appareil d’État est désormais l’otage d’une imposture sans nom. De manière récurrente, les nominations aux emplois supérieurs de l’État se font en violation de l’article 20 de la Constitution ainsi que des textes des différents organismes et services publics, portant aux fonctions les plus sensibles de l’appareil d’État, des personnes qui n’ont ni le statut, ni la qualité pour y être nommés.

Depuis le mois de juin 2019, le Fonds monétaire international (FMI), en annulant la quatrième revue du programme d’ajustement structurel signé en juin 2017 avec le Gabon, a consacré l’échec de ce programme, privant ainsi le pays des appuis financiers extérieurs nécessaires à la survie financière d’un État en faillite. Devant cette situation d’une extrême gravité, l’exécutif fait montre d’une légèreté incompréhensible, voir troublante.

Fait inédit, le Directeur de cabinet du président de la République, donc un agent de l’administration de la Présidence de la République, parcourt le pays, aux jours et heures ouvrables, mobilisant l’ensemble des moyens de l’État et paralysant le fonctionnement régulier des administrations, en se présentant comme le messager de Monsieur Ali Bongo. En cette dernière qualité, les membres du Gouvernement l’accompagnent lors ses déplacements, les honneurs militaires lui sont rendus, les personnels de commandement, notamment les gouverneurs des provinces, en uniformes officiels se placent sous son autorité. Les clefs des villes lui sont remises par les maires et les entreprises décident de cesser toute activité sous le prétexte d’une « tournée républicaine du Directeur de cabinet du président de la République ». Tournée au cours de laquelle il se prévaut, tantôt du titre de Directeur de cabinet du président de la République, tantôt de celui Directeur du cabinet du président du PDG. Le monde entier s’interroge et s’inquiète de cette dérive. Nous aussi.

Ainsi, alors que le pays tout entier est désormais dans l’attente de la réponse légaliste et républicaine que constitue la déclaration de la vacance de la Présidence de la République, on assiste chaque jour un peu plus à ce qui apparaît désormais clairement comme une opération de substitution de Monsieur Ali Bongo dans la fonction de président de la République par son Directeur de cabinet. Le Gabon est humilié !

Madame et Messieurs,

Le silence qui, tel une chape de plomb, pèse sur le pays tout entier ne peut rassurer. Bien au contraire, chacun redoute qu’il ne préfigure une tempête qui n’épargnera rien ni personne.

Dans vos très hautes fonctions respectives, vous exercez au nom du peuple gabonais la souveraineté nationale. Il est dans votre rôle, donc de votre responsabilité, de sortir notre pays de cette imposture d’une nature inédite qui conduit notre pays vers le chaos. La Nation toute entière vous en sera reconnaissante.

Pour notre part, nous avons entrepris de déposer devant la Cour constitutionnelle, à travers notre Conseil Maître Jean Paul Moubembé, un recours pour exiger de manière incidente la désignation d’un médecin-expert afin d’établir la capacité de Monsieur Ali Bongo à assumer les devoirs de la charge de président de la République.

Notre initiative est responsable et ne vise qu’à protéger notre pays de la dérive aventurière dans laquelle il est embarqué depuis plusieurs mois et qui est le contraire de l’État de droit. Nous interpellons donc votre sens patriotique car vous êtes constitutionnellement les derniers remparts de la République et de l’État de droit.

Veuillez agréer, Mesdames et Messieurs, l’expression de notre parfaite considération.

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