Gabon: «Ali Bongo aux commandes», la tautologie de la communication présidentielle

Ike Ngouoni
Ike Ngouoni, Porte-parole de la présidence de la République © D.R.

Depuis plusieurs mois, il est une expression qui fait l’objet d’une utilisation presque que pédagogique. Répétitive à volonté, elle revient sans cesse et avec insistance dans la communication présidentielle. Ladite expression consiste à faire admettre, voire à imposer dans l’opinion, l’idée selon laquelle le Chef de l’Etat, souverain, serait toujours et ce de façon exclusive, aux commandes du navire Gabon. Si nous ne doutons pas de la bonne foi de la Présidence, la répétition excessive du « Ali Bongo aux commandes » s’apparente à bien des égards, à la vulgarisation d’une prétendue vérité dont les instigateurs n’en sont peut être pas, eux-mêmes convaincus.  


«  La répétition est un moyen agaçant pour implanter une idée » disait Guillaumes Renoux. Cette constatation du satiriste français illustre parfaitement l’entreprise vers laquelle il semblerait que se soit lancée la cellule de communication de la Présidence de la République. Il est d’évidence que depuis le retour définitif du Chef de l’Etat, le 23 mars dernier en provenance du royaume chérifien, où il effectuait sa convalescence, après son accident vasculaire cérébral survenu à Riyad, la communication présidentielle oscille entre nébulosité et volonté irascible de convaincre l’opinion sur la capacité d’Ali Bongo à gouverner le Gabon. 

Dans cette mission de persuasion des masses, la communication présidentielle s’est lancée dans une démarche fort périlleuse, visant à convaincre du contraire et par des mots, ce que l’opinion constate par  les faits. Pour ce faire, elle use d’une méthode de communication rudimentaire, choisie avec soin : La répétition, quitte à flirter avec la tautologie. Cette communication prend forme dès le retour définitif du chef de l’exécutif en terre gabonaise. 

Dans la foulée, les communications officielles véhiculaient un message précis, placé sous le signe de la  restauration de l’autorité du Chef de l’Etat par la consolidation de l’idée qu’il soit en parfaite santé. C’est ainsi qu’on pouvait lire ou entendre « le chef est bien là et en pleine possession de ses facultés ».  Même son de cloche dans les communiqués de la Présidence ayant suivi son retour au Gabon, lesquels se sont inscrits dans le sillage de ce mot d’ordre visant à rassurer les Gabonais quant à la capacité d’Ali Bongo Ondimba à assumer les charges de sa fonction.  

Pour cause, les suspicions et inquiétudes permanentes de l’opinion sur l’état de santé “réel” du numéro un gabonais se font beaucoup plus persistantes. Ancien Premier Ministre d’Ali Bongo ondimba, aujourd’hui membre de l’opposition, Raymond Ndong Sima dans un avis tranché avait estimé que toutes les sorties du Chef de l’Etat depuis son retour, ne font qu’accroître « significativement le doute sur sa capacité réelle à assumer pleinement les charges de sa fonction »

Et la dernière sortie en date à l’occasion des célébrations des festivités du 17 août, n’ont rassuré, pour ainsi dire, pas grand monde. Pire, elles ont consolidé la défiance et le scepticisme des Gabonais sur la stratégie de communication rassurante de la présidence concernant  l’état de santé du Président de la République. 

Si en pareil contexte, la démarche de la Présidence de la République peut sembler noble, ce rappel itératif du « Ali Bongo aux commandes » porte en lui les germes d’une certaine maladresse dans l’élaboration de la politique de communication du Bord de mer. En voulant à tout prix insérer cette idée dans la conscience sociale, la présidence donne aux Gabonais la preuve qu’elle se fourvoie devant le miroir déformant de ses fausses certitudes en amplifiant le doute dans l’esprit de l’opinion nationale et internationale.

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