Gabon: à quand un audit citoyen de la dette?

Le trésor public gabonais © D.R

Passé de 1800 milliards de Fcfa en 2007 à un peu plus de 5400 milliards de Fcfa en 2019, la dette publique gabonaise a connu en une dizaine d’années une évolution exponentielle. Si les pouvoirs publics semblent incapables de stopper l’hémorragie, des outils s’offrent à la société civile, avec notamment l’audit citoyen.



Considéré comme un droit humain fondamental, inscrit dans les textes majeurs de droit international que sont la « Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 » et « le Pacte international sur les droits civils et politiques (PIDCP) de 1966 », l’audit citoyen semble encore méconnu dans la plupart des pays d’Afrique Subsaharienne.

Or, face à l’explosion de la dette publique dans ces pays et notamment au Gabon où la question du remboursement de la dette publique est un sujet tabou, l’audit citoyen apparaît comme un instrument pour lever ce tabou. Cet outil permet aux populations, de se faire une idée précise du montant de la dette en analysant les tenants et les aboutissants du processus d’endettement du pays. En effet, si les autorités semblent affirmer « que la dette est maîtrisée », les méthodes et outils utilisés pour la rembourser, laissent dubitatif.

Si en 2008, l’encours de la dette sur PIB était proche de 20%, il est aujourd’hui à plus de 65% proche du seuil communautaire fixé à 70%. Cette situation est d’autant plus marquée par le niveau de la dette intérieure qui ne cesse d’accroître et se positionne actuellement à environ + 58%. Les engagements du Gabon à gérer le profil de risque du portefeuille de la dette mentionnés dans « la stratégie d’endettement 2017-2019 » de la Direction Générale de la Dette ne peuvent aboutir.

En effet, l’évolution croissante et rapide du service de la dette de ces dernières années empêcherait tout projet de développement et au regard de la progression des agrégats  macroéconomiques et financiers et du profil de l’endettement futur, la dette publique gabonaise ne pourrait demeurer viable. Nous sommes donc loin des 18% du PIB du taux d’endettement espéré par la Direction Générale de la Dette pour la période 2017-2031.

Il serait donc judicieux qu’au nom de l’article 21 de la DUDH, qui dispose que « Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays soit directement, soit par l’intermédiaire des représentants », un audit citoyen soit réalisé. S’il n’a pas de valeur juridique, son intérêt principal réside dans le fait d’offrir un contrepoids aux données fournies par les pouvoirs publics.

De plus, il permettra de mesurer le niveau de « dette illégitime » de la dette publique gabonaise. Car, si les autorités arguent que le niveau de la dette gabonaise reste en dessous du seuil d’acceptabilité de la zone Cémac au regard de la hausse exponentielle de la dette, il n’en demeure pas moins, comme l’indiquait Simon Perrin du CADTM (Comité pour l’abolition des dettes illégitimes), interrogé sur la situation de la dette gabonaise, que « depuis qu’Ali Bongo est arrivé à la présidence en 2009, la dette a au minimum triplé, représentant une hausse du taux d’endettement par rapport au PIB » soit plus de 250%. Il y a matière à se poser des questions sur la destination réelle de la dette gabonaise.

Des lors, pourquoi l’État a-t-il contracté une dette qui ne cesse d’enfler ? Au service de quels choix politiques et de quels intérêts sociaux la dette a-t-elle été contractée ? Qui en a profité ? N’était-il pas possible ou nécessaire de faire d’autres choix ? Autant de questions qui restent entières à ce jour.

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