Gabon: 2018-2019, une année académique dans la tourmente pour l’Enseignement supérieur

La rentrée académique 2018-2019 est une vue de l’esprit pour de nombreux étudiants gabonais. Pour cause, nombre d’établissements publics de l’enseignement supérieur  n’ont pas encore bouclé leur année précédente et peinent à démarrer celle en cours. Le ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et du Transfert des Technologies, tente de situer l’origine de cette catastrophe, mais ne rassure pas. La société civile quant à elle monte au créneau.


L’enseignement supérieur est dans la tourmente. Depuis l’annonce de la rentrée académique en octobre 2018, nombreuses sont les écoles supérieures publiques qui connaissent un passage à vide. Une situation alarmante, tant elle touche plusieurs établissements qui faisaient la fierté de ce secteur. En effet, l’Ecole Normale Supérieure (ENS), l’Ecole Normale Supérieure de l’Enseignement Technique (ENSET), l’Institut Supérieur de Technologie (IST), l’Université des Sciences et Techniques de Masuku (USTM), l’Institut universitaire des sciences de l’organisation (IUSO), pour ne citer que ceux-là, connaissent d’énormes difficultés dont la principale conséquence est la confiscation de l’avenir de nombreux étudiants.

Réagissant à ce drame touchant son secteur, le ministre d’Etat, ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et du Transfert des Technologies, Jean De Dieu Moukagni Iwangou a sa petite idée.  « La surpopulation et la faiblesse de la capacité d’accueil des établissements publics, et la situation d’arriérés des enseignants en pré-salaires et ceux qui attendent d’être régularisés justifient les difficultés que vivent ces écoles », a-t-il déclaré. Une justification qui ne semble pas convaincre certains acteurs de la société civile et les organisations estudiantines qui pensent que l’Etat laisse faire.

Pour Geoffroy Foumboula Libeka, président de l’ONG Educaf et Essanga Ayira Dave Branlly, Président de l’Union nationale des étudiants du Gabon (UNEG), dans un entretien accordé à Gabon Media Time, « cette situation découle d’un manque de volonté politique, car si le gouvernement avait l’intention de changer les choses, cela se ressentirait aujourd’hui ». Un manque de volonté qui se traduirait dans les faits par l’absence de réformes du secteur, la vétusté des infrastructures, la non-prise en compte des recommandations de la société civile et des organisations estudiantines, alors que chaque année la loi de finances consacre un budget à ce secteur.

Quant à l’avis des étudiants, il ne fait aucun doute, ce chaos est d’abord le fait de mauvais choix de gestion et de gouvernance de la part des administrations. « Chez nous à l’ENS, les étudiants en fin de cycle de master viennent seulement d’apprendre par le biais d’une note signée du Directeur général que les soutenances de mémoire se feront du 15 au 28 février, une période relativement courte quand on tient compte de la population concernée. Voilà deux promotions qui n’ont pas eu de cérémonies de remise de diplômes et qui ont reçu  leurs parchemins près d’un an après leur soutenance. C’est la cacophonie », confie un étudiant de cette école de formation des enseignants.

Même son de cloche à l’Institut Supérieur de Technologie où les étudiants sont abandonnés à eux-mêmes. La gestion de cette crise que connaît l’établissement ne semble pas maîtrisée par l’administration, encore moins par les autorités de tutelle dont une réaction concrète est attendue par ces apprenants désemparés. « Des responsables de l’administration nous ont dit que le problème ne venait pas d’eux mais du ministère de tutelle. Nous attendons », a déclaré un étudiant de l’IST.

Mais le ministre précise que « les établissements supérieurs publics sont régis par le principe d’autonomie de gestion d’une part et protégés dans leur fonctionnement par le principe de franchise universitaire ». Une justification jugée insatisfaisante par certaines organisations de la société civile, dont l’ONG Educaf. « Le ministre ne peut pas se dédouaner. Il a une responsabilité en tant que plus haute autorité de ce secteur », assure Geoffroy Foumboula Libeka, président d’Educaf.

C’est un secret de polichinelle que les problèmes de l’Enseignement supérieur datent de Mathusalem. Si certains établissements étaient épargnés jusque-là, depuis quelques années, la plupart des écoles publiques sont confrontées à des difficultés de tous ordres, notamment la mauvaise gestion, la vétusté des infrastructures, les arriérés de salaires et de vacations… qui ont entraîné de nombreux mouvements de grèves, faisant planer le spectre d’une l’année blanche sur ces établissements publics. Face à ce drame, le silence de la tutelle interpelle et inquiète.

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