Franck Ndjimbi : «On ne peut pas nous parler d’une loi d’amnistie qui ne serait qu’une auto amnistie »

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Le projet de loi d’armistice annoncé par le Premier ministre, Emmanuel Issoze Ngondet, continu de susciter le débat au sein de l’opinion nationale, et plus particulièrement dans le camp de l’opposition qui y voit une manoeuvre visant à légitimer l’impunité pour les auteurs des violations des droits de l’homme lors de la crise post électorale. Dans un entretien accordé à la rédaction de Gabon Media Time, le membre du bureau exécutif de l’Union nationale, Franck Ndjimbi, revient longuement sur ce sujet qui défraie la chronique.

En effet, lors d’une interview accordé à la presse, Emmanuel Issoze Ngondet, annonçait la possibilité pour le gouvernement de prendre «une loi d’amnistie qui traiterait au cas par cas certaines situations engageant des personnes qui se seraient rendues coupables de violences» durant la crise post-électorale de 2016. Une déclaration, qui pour Franck Ndjimbi, dénote un déni de réalité flagrant de la part du chef du gouvernement et partant du régime d’Ali Bongo.

«Ma première réaction a été purement émotionnelle. Elle oscillait entre colère, étonnement et hilarité. Colère parce que, depuis plus d’un an, le pouvoir essaie de nous faire comprendre qu’il n’y a pas eu de massacres, qu’il n’y a pas eu de tueries de masse, qu’on ne recense que quatre ou cinq morts, qui seraient en réalité des pillards qui auraient perdu la vie durant les événements post électoraux. En tout cas, le chiffre ne dépasse jamais la dizaine. Face un tel déni de réalité, la colère est légitime»; a t-il martelé.

En outre, il souligne que cette décision du gouvernement pourrait sonner comme un aveu de culpabilité suite aux nombreuses violations des droits de l’homme intervenu lors des événements du 31 août 2016. «Tout cela nous montre bien qu’il est désemparé et qu’il n’a ni stratégie ni ligne directrice»; déclare le cadre de l’Union nationale.

Il poursuit en se demandant «si celui qui a parlé de loi d’amnistie sait de quoi il s’agit». Avant d’ajouter «c’est quoi une loi d’amnistie ? Une loi qui supprime les conséquences pénales. Elle ne supprime pas les faits matériels ni conséquences civiles. Mieux, une loi d’amnistie met fin aux poursuites et aux condamnations. Qui a été condamné et qui est poursuivi à jour à la suite des tragiques événements de septembre 2016 ? Que celui qui a parlé de la loi d’amnistie nous dise qui a été condamné ou qui est poursuivi».

«Mais, puisqu’il veut supprimer les conséquences pénales, on lui rappelle que jamais il ne supprimera les faits matériels ni les conséquences civiles. Or, qui parle de conséquences civiles, parle de réparations. Celui qui a parlé de loi d’amnistie admet donc qu’il y a nécessité de procéder à des réparations. Vis-à-vis de qui et pourquoi ? D’un tel aveu de la part d’un Premier ministre, le peuple gabonais et moi-même sommes preneurs»; lance t-il.

A la lumière des faits, il paraît nécessaire que le gouvernement lève le voile sur ce qui s’est réellement passé durant la présidentielle d’août 2016 et entre le 31 août et le 3 septembre 2016 au Gabon. «Nous devons connaître la vérité, toute la vérité. Nous avons aussi droit à la justice, que les coupables soient clairement désignés et qu’ils répondent de leurs actes (…) Les personnes impliquées dans ce vaudeville et ces tueries doivent donc répondre de leurs actes. Après cela, nous pourrons parler des conséquences civiles et donc des réparations vis-à-vis des familles des victimes»; a t-il indiqué.

«Puisqu’ils proclament tous les jours que le Gabon est un Etat de droit, qu’ils en fassent alors la démonstration et se soumettent à la justice de leur pays ! On ne peut pas nous parler d’une loi d’amnistie qui ne serait qu’une auto amnistie. On ne construit pas un Etat, une nation, une destinée commune sur le déni de réalité, la fuite en avant, l’accumulation des frustrations, l’impunité et les cadavres de nos compatriotes. On construit un Etat et une nation sur la vérité, la reddition des comptes et le respect de la dignité humaine»; conclut -il.  

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