mardi,26 octobre 2021
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Flavien Enongoué: «La vocation du philosophe politique est de rendre intelligible la vie publique»

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Ancien Ambassadeur Haut Représentant du Gabon en France et Représentant permanent auprès de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), de juin 2017 à octobre 2020, nommé depuis le 20 novembre 2020 aux fonctions d’Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentière du Gabon en Italie, Flavien Enongoué est Maître-Assistant de philosophie politique à l’Université Omar Bongo (UOB), où il enseigne, depuis bientôt 17 ans, la philosophie politique et les Relations internationales. Il a accordé à Gabon Media Time une interview exclusive, à la faveur de la parution  hier, vendredi 16 juillet 2021, de son dernier ouvrage : Philosopher aujourd’hui hors les murs.  Lecture !

GMT : Vous venez de publier aux Editions Raponda-Walker un ouvrage intitulé « Philosopher aujourd’hui hors les murs ». Quel en est l’objet et pourquoi ce titre ?

Flavien Enongoué :  J’ai opté de réunir sous ce titre, Philosopher aujourd’hui hors les murs, seize tribunes parues d’août 2015 à juin 2021 dans trois des principaux journaux de la presse gabonaise : Gabon Media Time, dont vous avez la charge, le quotidien L’Union, et le journal en ligne Gabonreview. En plus d’ouvrages plus techniques, c’est le deuxième recueil de presse que je publie, après celui paru il y a exactement six ans, donc en juillet 2015, et couvrant une période plus longue, de décembre 1994 à avril 2015, sous le titre Au petit déjeuner de l’esprit.  Mais, à la différence du précédent recueil, où les tribunes étaient simplement classées selon l’ordre chronologique de leur parution, il a été préféré de procéder dans ce deuxième recueil à leur répartition dans trois parties relativement égales, suivant leur objet. 

De quoi est-il alors question dans la première partie ? 

Une orientation globale anime les six textes réunis dans la première partie : l’analyse de la manière dont se construisent les destins d’ensemble dans la société gabonaise. Qu’il s’agisse du rapport entre l’unité nationale et la géopolitique, de l’inachèvement logique du processus de démocratisation, de la place du Gabon dans la Francophonie institutionnelle, de la problématique de la liberté de culte dans le contexte d’état d’urgence sanitaire décidé par les pouvoirs publics pour faire face à la pandémie de Covid-19, de la question de l’émancipation des femmes, ou du conflit homme/faune à la lumière des événements de Mékambo, cette analyse interroge à la fois les dynamiques endogènes et exogènes de la construction simultanée au Gabon de l’Etat et de la nation. 

A la lecture des textes réunies dans la deuxième partie, on constate que votre plume est ouvertement partisane. Ce qui contraste avec les autres parties. Cela ne pose-t-il pas problème quant à l’objectivité de la démarche revendiquée dans le titre de l’ouvrage ? 

Vous avez raison, mais seulement en partie. A l’exception notable de la réflexion autour de la prolifération des partis politiques, les quatre autres textes portent effectivement la marque du climat pré-électoral de la présidentielle du 27 août 2016, en particulier des principales controverses d’alors. Ce qui explique une tonalité relativement partisane, mais qui n’altère en rien l’objectivité de mes analyses autour du thème qui parcourt les tribunes réunies dans cette deuxième partie, à savoir la démocratie électorale. Toujours est-il qu’il revient in fine à chaque lecteur de se faire sa propre opinion.

On découvre avec étonnement que, dans votre art d’écrire, une place importante est accordée aux textes d’hommages, qui représentent près du tiers de l’ouvrage. Pourquoi ce choix ?

La troisième partie de l’ouvrage regroupe en effet cinq textes d’hommages, qui inclinent davantage à l’exercice biographique en philosophie. Comme on le sait depuis Platon, avec l’Apologie de Socrate, la biographie sous une plume qualifiée est un véritable philosophème. Si j’avais tenu à témoigner publiquement de la reconnaissance au Gouverneur Jules Djeki au moment de sa mutation dans le Woleu-Ntem, dans une tribune parue le 13 avril 2020 chez votre confrère Gabonreview, c’est que, après quatre ans de service dans ma province natal, l’Ogooué-Ivindo, il y avait là l’occasion de louer l’efficacité de sa méthode de travail, basée essentiellement sur la proximité avec ses administrés et, surtout, son sens élevé de l’Etat. Les autres textes honorent la mémoire de quatre figures disparues que j’ai rencontrées dans les pérégrinations de ma vie avec la pensée : le Professeur Gilbert Zuè-Nguéma, le Capitaine Charles N’Tchoréré, le Premier ministre Emmanuel Issozè Ngondet et le Frère Jacques Hubert Guérineau.

Finalement, quel est l’intérêt pour le public des lecteurs et pour le philosophe lui-même à remplir son office hors les murs de l’Université ?

J’exerce librement mon « pouvoir d’assiègement de l’espace public » à travers les médias, en me préservant toutefois de l’écueil de « café de commerce » et des travers de l’intellectuel médiatique, surtout en m’en distinguant, par la culture constante de la spécificité du discours philosophique qui réside, d’après Malika Temmar, dans « le recours à la réflexion sur le lexique comme geste spécifiquement philosophique ». Ainsi que je l’avais déjà relevé dans le recueil précédent : la plume du philosophe hors les murs de l’université, si elle perd partiellement en technicité dans l’effort de penser les faits ou les événements pour un large public de lecteurs, elle gagne considérablement en clarté, sans être obligée de faire commerce de l’objectivité et de la rigueur. A cet effet, vous me permettrez de citer la regrettée Monique Castillo qui, évoquant le sens d’un tel exercice dans sa postface audit recueil, affirmait : « Le philosophe-journaliste y retrouve sa vocation qui est de rendre intelligible la vie publique par l’explication, l’argumentation, le partage des raisons : à ce niveau, l’intelligence des faits et des situations agit aussi comme une autolimitation du pouvoir ».  

Quel est votre mot de la fin  ?

Je saisis l’occasion que vous m’offrez pour vous remercier, Gabon Média Time, ainsi que vos confrères, les responsables du quotidien L’Union, et ceux du journal en ligne Gabonreview, d’avoir aimablement accueilli la publication initiale de ces tribunes dans vos journaux respectifs. Mes remerciements vont également à l’endroit du Pr Marc Guillaume, pour sa préface d’une grande densité, et à l’ancien Ministre mauritanien des Affaires étrangères, Ahmadou Ould Abdallah, de m’avoir fait l’honneur d’une remarquable postface. J’associe à ces remerciements les Editions Raponda-Walker pour la confiance renouvelée. 

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