Fête de la jeunesse / Bénicien Bouschedy : «C’est une hypocrisie meurtrière que de souhaiter une bonne fête à la jeunesse gabonaise»

En vous impliquant, je m’affranchis de toutes les certitudes du jugement qui effraient les bornes de mon audace pour comprendre à quels jeunes on doit tendre la félicité.

La jeunesse gabonaise est traitée comme ennemie politique de son propre avenir, dans son propre pays, et les lamentations de ses grèves sont considérées comme des insultes à la tranquillité publique des adultes concentrés à détruire ses rêves par la barbarie des projets inhumains à taire. Pauvre jeunesse!
Le temps des rêveries, de promesses, de grâce est rompu par une prise de conscience qui rougit les songes injustifiés portés par des projets faramineux qui obnubilaient son contentement: «Jeunesse sacrée»; lui chantait-on comme une berceuse à chaque fois qu’elle tentait de se réveiller du sommeil de la confiance politique. Ça y est!

A quels jeunes doit-on, aujourd’hui, souhaiter une bonne fête de la jeunesse? Aux étudiants de l’université Omar Bongo et de Masuku dont l’avenir est sodomisé par des grèves continues ou à ceux des écoles professionnelles formés pour être au chômage?

Aux élèves du prytanée militaire logés, nourris et transportés dont les résultats font la fierté de l’enseignement au Gabon ou à ceux du Lycée Technique Omar Bongo abandonnés à la délinquance de leur échec programmé?
Aux jeunes qui remplissent les meetings d’Ali Bongo pour un billet de 5000F, un sandwich et un tee-shirt mais le lendemain grouillent et grenouillent dans la misère la plus plaignante ou à ceux de l’opposition emprisonnés démocratiquement pour avoir revendiqué le respect de leur humanité violée sous l’égide des institutions de la République?

A ces jeunes disparus depuis le 30 août dernier que les parents ne reverront plus ou à ceux qui marchent désormais dans le silence pour avoir été arrêtés, intimidés et relâchés par les gardes à vue au motif d’avoir défini la démocratie dans sa considération universelle?
Dans ce pays, les mœurs s’éloignent désormais de la dignité humaine. Nul besoin de porter l’ombre comme un secret ancestral: les hommes baisent avec leurs filles et les femmes baisent avec leurs fils. Les hommes s’entre-baisent et les femmes s’entre-lchent. Et c’est normal!

A quels jeunes doit-on souhaiter une bonne fête de la jeunesse? Est-ce à ceux qui forniquent comme les diables, boivent comme des trous pour se distraire par manque de structures d’épanouissement, à ceux qui braquent toutes les nuits par manque de politiques d’orientation ou à ceux qui ont un suivi parental strict et dont l’avenir se dessine sans gomme?

A ceux qui se droguent et se poignardent dans des lycées insécurisés parce que le banditisme y a effrayé son chemin ou à ceux que les parents envoient étudier à l’étranger pour sécuriser leur avenir?

A ceux qui mourront ce soir sur les lits des hôpitaux par manque de médicaments et de soins ou à ceux qui, désespérés, parcourent les kilomètres sur le dos des parents à la recherche d’un tradipraticien ou encore à ceux qui pullulent dans les églises de réveil à l’attente du précieux miracle pour guérir d’une fièvre typhoïde?

A ceux de Libreville dont les parents (s’ils me lisent) parleront de cette complainte ou à ceux de Malinga qui ignorent même ce qu’être jeune dans un pays de droit signifie et qui ne seront jamais au courant de ce texte parce qu’il n’y a pas de route pour qu’une voiture au hasard du temps la leur porte?

La jeunesse gabonaise semble vivre dans la résilience et le fatalisme a fini par obscurcir son dévouement. Ainsi, entre être et avoir, elle se contente de vivre chaque jour comme si c’était le dernier. Et par peur de perdre l’essence de chaque instant, elle se permet de tout essayer pour justifier son énergie. Triste sort!
Quels jeunes méritent d’être célébrés ce jour et à qui le dire? A celui vêtu de 30 ans et diplômé contraint aux pratiques sauvages pour avoir un emploi ou à celui qui, malgré ses diplômes, anime un barbecue chaque soir et frit du poisson devant un bar pour subvenir à ses besoins?

A ceux qui se sont inscrits au projet «Un jeune un métier» avec l’espoir de devenir indépendants et soutenir leurs familles que la pauvreté et le manque de tout rouillent dans les quartiers sous-intégrés ou à ceux qui n’espèrent plus et, comme des fantômes errants, accusent Dieu d’être injuste dans sa bonté?

A ces jeunes obligés de rentrer à l’armée par manque d’emplois ou à l’autre millier de jeunes contraint à attendre chaque concours auquel il échoue désespérément sans avoir participé faute de soutien ou de ‘’parrain’’?
A ces jeunes artistes dont le talent pousse à animer les mariages et les bars faute de promotion et de droits d’auteurs ou aux autres qui roulent en Prado pour avoir chanté en faveur du Président de la République lors de la campagne ou encore à cette autre catégorie qui a composé les chants militants qui les ont poussés à l’exil?
A ces enfants qui espèrent un jour réussir leur vie dignement en rêvant comme ces enfants de fonctionnaires ou à ceux qui sont exploités, condamnés à pousser les brouettes aux marchés, à fouiller les sacs et à voler les téléphones des piétons?

A ces jeunes qui ont religieusement écouté les discours des ministres de la présidence des mensonges qu’ils croient réalisables dans un horizon infini inatteignable ou plutôt à ceux qui ont écouté et qui savent que ces discours compatissants ne sont que l’obscure aurore dont l’audace méprise leur avenir?
J’ai voulu prêter l’adresse de ma liberté à la jeunesse qui mérite d’être célébrée mais, perdue dans le labyrinthe des interrogations, je ne sais à quelle catégorie me confier. Ainsi soit-il!

Benicien Bouschedy, Étudiant-Écrivain Engagé

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