jeudi,22 avril 2021
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Faut-il désespérer du peuple gabonais ?

Dans un climat socio-politique et économique des plus moroses, les attentes légitimes des  Gabonais sont en priorité portées sur l’amélioration de leurs conditions de vie : lesquelles  consistent essentiellement à se soigner décemment, se loger dignement, assurer  paisiblement l’avenir de leurs enfants, accéder à l’eau potable, à l’éducation, aux transports,  et à l’emploi. Ces problématiques, qui demeurent nos urgences quotidiennes, semblent être  à des années lumières des préoccupations et priorités des « génies éclairés » qui nous  gouvernent. 

La crise sanitaire, liée à la pandémie de COVID-19, demeure une « vraie bénédiction » pour  nos dirigeants, car elle est le coupable désigné pour masquer leur incompétence, l’alibi  parfait pour couvrir la gestion scabreuse de notre pays et le voile pour camoufler les  nombreux maux qui minent notre société. 

Dans un tel contexte, nous nous étonnons qu’une fois encore, une fois de plus, une fois de  trop, ait germé, des fécondes et ténébreuses pensées des idéologues du régime autocratique  établi au Gabon, l’idée de la révision constitutionnelle objet de l’actuel débat. Quand le  gouvernement provoque en permanence des fractures au sein de la société, il ne gouverne  pas, il dépèce le corps social. Et cette tendance autocratique mène inéluctablement vers des  impasses politiques. 

Révisions constitutionnelles, régence notoire et monarchie présidentielle 

Quand nous prenons connaissance des arguments perfides des émergents, débités sans  vergogne ni retenue, nous pouvons légitimement craindre pour l’avenir de ce pays. Soit ces  gens sont excessivement nostalgiques du monopartisme et c’est terrifiant, soit ils ont perdu  tout discernement, et cela est beaucoup plus angoissant. Ce régime s’attache, avec  constance, à s’élever au plus haut niveau de sa pâle caricature. 

D’ailleurs, lorsqu’un chef de l’Etat s’arroge le pouvoir de nommer une partie des  parlementaires, il n’y a plus de séparation de pouvoirs. Nous avons définitivement  abandonné l’édifice démocratique. A cet égard, le régime actuel a-t-il encore besoin  d’élections pour se légitimer ? A quoi sert-il d’en organiser, lorsqu’on affiche notoirement  son désir de présidence à vie et de dévolution monarchique du pouvoir ? N’y a-t-il pas là  quelque chose de profondément infect et hypocrite qui dérange les consciences ? 

Contrairement à ce que pensent les idéologues du régime gabonais, le génie en politique  n’est pas dans l’art de se jouer des règles du jeu pour, sans gloire, triompher indéfiniment.  Le génie en politique est plutôt dans l’art de se mouvoir à l’intérieur des lois pour créer de  la richesse, faire émerger le Gabon tout en consolidant le vivre ensemble. La jeunesse gabonaise rêve, un jour, de s’identifier à ce genre de dirigeants. Tant ils sont nombreux, ces  individus qui n’ont rien d’hommes d’Etat, à occulter qu’ils dirigent une République et non  un regroupement de village. 

Nonobstant, s’il y a un triste constat à relever, à côté des turpitudes de nos dirigeants, c’est  que le peuple semble résigné. 

Désespérante abdication d’un peuple résigné 

Il y a 30 ans, nous avons senti le vent de la démocratie au Gabon. Souffle-t-il encore  aujourd’hui ? Certainement. Mais, comme tout vent, il a changé de direction, s’est transformé en tempête et a emporté bien des espérances 

Au Gabon, la démocratie et l’Etat de droit se meurent ! Les Gabonais sont devenus des  observateurs privilégiés de leur propre avilissement. Cette attitude a une connotation de  consentement, lorsque les citoyens eux-mêmes donnent l’impression de se satisfaire de cette situation. Sous d’autres cieux, ce projet de révision devrait être l’occasion pour le peuple  d’exprimer sa réprobation contre l’obscurantisme manifeste du pouvoir émergent qui use  de subterfuges pour s’éterniser au pouvoir. Mais, comme trop souvent, les Gabonais font  du gabonais, se contentant d’observer tout ceci avec indifférence. Le commun des  Gabonais ne se sent jamais concerné par les tripatouillages de tout genre. Existe-t-il une  sorte de chimiothérapie collective pour soigner ce mal pernicieux qui ronge notre  conscience citoyenne et met en péril notre contrat social ? 

Que les réformes prescrites dans les différents accords politiques consensuels ne soient pas  effectives, et que le PDG et ses alliés circonstanciels confisquent leur destinée, cela ne  semble en rien gêner les Gabonais, qui restent dans leur petit coin. Cette attitude est  l’illustration de la profonde résignation de notre peuple. A tort ou à raison, il ne se sent  plus, dans sa grande majorité, concerné par la lutte pour l’alternance démocratique, la  garantie de l’Etat de droit et la préservation des principes qui fondent notre vivre ensemble.  Pour des manifestations ou contestations, ce sont les activistes et les militants les plus  radicaux de l’opposition qui, seuls, répondent à minima aux appels de leurs leaders, quand  ces derniers daignent se saisir de l’actualité. 

Nous nous comportons comme des cobayes d’expérimentation dans un laboratoire, à qui  l’on arrache progressivement leurs organes vitaux sans que cela ne provoque une  quelconque réaction de notre part. D’ailleurs, nous avons tous décidé de nous coucher face  à l’autoritarisme exacerbé d’un groupuscule qui a compris que la menace répétée  d’arrestation ou de perte de privilèges sont des armes redoutables et redoutées pour tenir  en joue, infantiliser et humilier des générations d’Hommes. 

L’argument massue, traditionnellement brandi par les Gabonais pour justifier leur retrait du  combat citoyen, est la lassitude de voir que la lutte engagée depuis plus de trente (30) ans  n’ait toujours pas abouti. Soit ! Cependant, il demeure constant que toute dictature se  nourrit de la résignation du peuple, et cette assertion se vérifie amplement avec l’équation  gabonaise. 

Des velléités monarchiques nourries par la complicité et l’apathie des Gabonais 

Si nos dirigeants parviennent à se maintenir à vie et à organiser la dévolution monarchique  du pouvoir, c’est parce que certains Gabonais sont d’accord avec le principe de violation 

de l’esprit de la Constitution. Ils sont surtout d’accord avec le principe de tirer de  substantiels privilèges personnels du maintien de ce régime-là au pouvoir. 

La politique, au Gabon, est figée dans des clans. D’un côté, ceux du pouvoir qui sont nourris  au sein des finances publiques et des moyens de l’Etat, de l’autre, ceux de l’opposition et  du peuple, sous anesthésie permanente, méprisés et qui doivent se contenter de la  « générosité » des premiers.  

Quand le peuple reste coi devant autant de scandales financiers, qui privent le Trésor public  des milliards de FCFA à investir pour la satisfaction de ses besoins élémentaires ; lorsque  les populations observent sans broncher autant d’approximations et d’amateurisme dans la  gestion des affaires publiques, il y a de quoi encourager le pouvoir à continuer sur sa lancée.  Le peuple Gabonais est le « peuple élu » dont rêverait n’importe quelle dictature. Les livres  saints nous enseignent d’ailleurs que chaque peuple a le type de dirigeants qu’il mérite. Plus  que les dirigeants, il s’agit surtout de pointer du doigt la responsabilité collective de ceux  qui sont dirigés face aux actes indignes et indigestes de leurs dirigeants. Des dirigeants  autoritaires et tyranniques ont toujours régné sur des peuples laxistes et attentistes. 

L’oxygène pourrait être rationné à chaque Gabonais sans que cela n’émeuve qui que ce soit.  Sommes-nous tous devenus des zombis sans âmes errant dans un pays assimilable à une  prison à ciel ouvert ? Il nous faut tous reprendre nos esprits et de la hauteur pour  comprendre d’où nous sommes partis pour tomber aussi bas et ainsi incarner un peuple 

dans sa version la plus méprisante et humiliante. 

Gregue NGUELE 

Juriste et observateur de la vie politique gabonaise

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